mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BALOUKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, et un mémoire, enregistré le 4 octobre 2022, M. A E, représenté par Me Sarah Balouka, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors qu'elle a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée, méconnaissant ainsi l'article 27 du code civil, et procède d'un défaut d'examen ;
- motivée uniquement par l'absence de pleine réalisation de son insertion professionnelle, cette même décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, alors que son épouse, sans emploi, a été naturalisée le 7 février 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. E.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances étrangères au motif de la décision attaquée sont sans incidence sur sa légalité ;
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins six mois.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E par une décision du 6 septembre 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 avril 2024 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. G ;
-et les observations de Me Arthur Delaunay, substituant Me Balouka, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E est un ressortissant turc qui est né le 4 février 1973. Il a présenté, auprès des services de la préfecture du Calvados, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 6 novembre 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il puisse en présenter une nouvelle. M. E a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 2 décembre 2020, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 6 novembre 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.
3. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, dans sa version résultant de sa modification par la décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme B F, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à M. D C, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux au sein de la sous-direction de l'accès à la nationalité française de la direction générale des étrangers en France, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ". Une telle décision doit ainsi comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement afin de permettre à l'intéressé de connaître les raisons pour lesquelles cette décision a été prise et de pouvoir, le cas échéant, la contester. Eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, est sans incidence sur le respect de celle-ci la circonstance que l'énoncé de ces considérations révèlerait un défaut d'examen de la situation du demandeur.
5. La décision attaquée du 2 décembre 2020, qui se réfère aux articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 permettant au ministre de l'intérieur d'ajourner jusqu'à l'expiration d'un certain délai une demande de naturalisation, mentionne que la demande de naturalisation présentée par M. E est ajournée à deux années au motif que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables. Quand bien même la formule utilisée pour opposer ce motif est stéréotypée, elle permet, en se référant à l'insuffisance et à l'absence de stabilité des ressources perçues par M. E, de connaître les raisons pour lesquelles l'ajournement à deux ans de sa demande a été décidé et lui permet ainsi de le contester. Dès lors, la décision attaquée est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil.
Sur les moyens de légalité interne :
6. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Il peut, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la naturalisation, prendre en considération l'insertion professionnelle du postulant.
7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la décision attaquée, laquelle énonce que le parcours professionnel de l'intéressé a été pris en compte dans sa globalité, et qui se réfère aux éléments que M. E a adressés à l'appui de son recours administratif, que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant d'ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir exercé une activité professionnelle de dessinateur en bâtiment au cours des années 1987 à 1989 puis de ravaleur dans différentes entreprises entre 1989 et 1993, M. E a occupé jusqu'en 1999 des emplois de chef d'équipe dans le bâtiment en qualité de salarié avant de diriger pendant quinze ans une société exerçant dans le même secteur d'activité puis d'être recruté comme conducteur de travaux. A la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité, M. E occupait, en qualité de salarié, un emploi de chef de chantier pour lequel il a été recruté en vertu d'un contrat de travail à durée indéterminée. Cependant, à compter du début de l'année 2018, soit bien avant le dépôt de sa demande de naturalisation, l'intéressé s'est retrouvé privé d'emploi jusqu'au début de l'année 2020. Au cours de cette même année, il a, avant de conclure le contrat de travail à durée indéterminée précité, exercé des activités de chef d'équipe, de maçon et de coffreur bancheur mais uniquement dans le cadre de missions d'intérim exécutées au cours de la seconde quinzaine du mois de janvier, puis les 16 et 17 mars, pendant le mois de juin, quelques jours en juillet puis en août et, enfin, pendant le mois de septembre. Le contrat de travail à durée indéterminée qui s'exécutait à la date de la décision attaquée a pris effet le 17 novembre 2020 et stipulait une période d'essai d'un mois. Au regard de la période d'environ deux ans durant laquelle M. E est resté sans emploi, de la nature des quelques missions qu'il a exercées au cours de l'année 2020 avant de conclure un contrat de travail à durée indéterminée et du caractère récent de la conclusion de ce contrat à la date de la décision attaquée, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a, le 2 décembre 2020, décider d'ajourner à deux ans à compter du 6 novembre 2019, date de la décision préfectorale, la demande de naturalisation présentée par M. E.
9. La demande de naturalisation a un caractère personnel. Dans ces conditions, et compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre de l'intérieur pour déterminer s'il y a lieu d'accorder la naturalisation, la circonstance que la demande de naturalisation déposée par l'épouse du requérant, concomitamment à la sienne, ait été accueillie alors que cette dernière ne travaille pas, est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
10. En dernier lieu, eu égard au motif qui fonde cette décision et au large pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre de l'intérieur, la circonstance que des éléments de la situation de M. E relatifs notamment à sa période de résidence en France, pays dans lequel il est entré à l'âge de 6 ans, à l'acquisition de la nationalité française de son épouse et de leurs enfants, et à son intégration à la société française lui permettraient de satisfaire à certaines des conditions pour ne pas se voir opposer un refus d'acquérir la nationalité française est également sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 2 décembre 2020, ajournant à deux ans à compter du 6 novembre 2019 la demande de naturalisation présentée par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
12. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. E présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 6 novembre 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Sarah Balouka.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le rapporteur,
D. G
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026