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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101071

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101071

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGOUEDO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, sous le n° 2101071, M. D E, représenté par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 11 décembre 2020 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier du Haut-Anjou l'a placé en congé de maladie ordinaire dans l'attente de la décision de la commission de réforme ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier du Haut-Anjou de le placer en accident du travail à compter du 6 avril 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'a pas été signée par une autorité compétente pour ce faire ;

- elle est dépourvue de motivation en droit ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme n'aurait pas dû être saisie puisque l'imputabilité au service est présumée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dès lors que l'imputabilité au service aurait dû être présumée.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2021, le centre hospitalier du Haut-Anjou conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer partiel sur les conclusions à fin d'annulation dès lors que par une décision du 20 mai 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, le centre hospitalier du Haut-Anjou a reconnu l'imputabilité au service de la pathologie de M. E pour la période du 4 avril 2020 au 4 mai 2020.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2021 et le 24 septembre 2021, sous le n° 2109671, M. D E, représenté par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 21 juillet 2021 par laquelle le directeur adjoint chargé des ressources humaines du centre hospitalier du Haut-Anjou a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des rechutes du 3 juin 2020 et du 19 janvier 2021 de l'accident de travail du 4 avril 2020 ;

2°) à titre subsidiaire de surseoir à statuer dans l'attente de la désignation d'un expert par le juge des référés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que l'expertise a été réalisée en méconnaissance du principe du contradictoire puisqu'il n'a pas pu s'exprimer sur les rechutes de son accident de service du 4 avril 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant des troubles post consolidation dont il souffre et qui présentent un lien direct et certain avec l'accident de service initial, justifiant ainsi qu'ils soient reconnus imputables au service.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2021, le centre hospitalier du Haut-Anjou conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024:

- le rapport de M. Ravaut, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Heng, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E a été recruté par le centre hospitalier du Haut-Anjou en qualité d'agent de sécurité titulaire. A la suite d'une altercation avec l'un de ses collègues lors de sa prise de fonction, le 4 avril 2020, il a été placé en arrêt de travail le 6 avril 2020 et a effectué une déclaration d'accident du travail. Le centre hospitalier du Haut-Anjou a fait procéder à une première expertise médicale, qui a conclu le 24 septembre 2020 à l'imputabilité au service de l'accident. Il a alors sollicité la commission de réforme du département de la Mayenne, qui a sursis à statuer dans l'attente d'une expertise par un médecin spécialisé agréé. Par un courrier du 11 décembre 2020, M. E a été convoqué à une expertise médicale avec le docteur A, puis placé en congé de maladie ordinaire dans l'attente de l'avis de la commission de réforme et d'une décision sur l'imputabilité au service. Par la requête enregistrée sous le n° 2101071, M. E demande au tribunal l'annulation de cette première décision.

2. A la suite de l'expertise réalisée par le docteur A le 28 janvier 2021 et de l'avis favorable de la commission de réforme du 20 avril 2021, le centre hospitalier du Haut-Anjou a reconnu, par une décision en date du 20 mai 2021, l'imputabilité au service de l'accident du 4 avril 2020. En revanche, par une décision du 29 juin 2021, il a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des troubles ayant donné lieu aux arrêts de travail de M. E les 3 juin 2020 et 19 janvier 2021. M. E demande au tribunal l'annulation de cette seconde décision par une requête enregistrée sous le n° 2109671. Ces requêtes sont relatives à la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur le non-lieu à statuer partiel :

3. Postérieurement à l'introduction de la requête n° 2101071, le centre hospitalier du Haut-Anjou a, par une décision du 20 mai 2021, reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 4 avril 2020 et pris en charge les arrêts de travail au titre de la période du 4 avril au 4 mai 2020. Ainsi, la décision attaquée du 11 décembre 2020 a implicitement mais nécessairement été retirée en tant qu'elle porte sur cette période. Dans ces conditions, les conclusions de M. E aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte relatives à cette période sont devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, la décision en date du 11 décembre 2020 a été signée par M. C B, directeur adjoint en charge des ressources humaines qui bénéficie d'une délégation de signature du directeur général du centre hospitalier du Haut-Anjou aux fins de signer les actes administratifs en lien avec le recrutement, la carrière, les conditions de travail et l'organisation du travail. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision du 11 décembre 2020 qu'elle ne comporte pas la mention des dispositions législatives et réglementaires sur lesquelles elle se fonde. Toutefois, cette décision a été prise au visa de l'avis de la commission de réforme en date du 17 novembre 2020 dont M. E ne conteste pas qu'il en avait eu communication au préalable. Il ressort de cet avis qu'il comporte la mention des dispositions relatives à l'imputabilité au service des accidents. Dès lors la décision comporte des éléments suffisants de motivation en droit de sorte qu'elle ne prive pas M. E des garanties que l'exigence de motivation visait à lui apporter. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. E se prévaut d'une méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense en faisant valoir que la décision attaquée a été prise sur la base de l'expertise du 28 janvier 2021, qui n'avait pas pour objet de se prononcer sur l'imputabilité au service des troubles post consolidation ayant donné lieu aux arrêts de travail du 3 juin 2020 et du 19 janvier 2021 mais sur l'imputabilité au service de l'accident du 4 avril 2020 et qu'il n'a donc pas pu présenter ses observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'expertise a été réalisée postérieurement à ces arrêts, qui ont été pris en compte par l'expert, et que M. E a été mis en mesure de faire valoir ses observations sur le lien entre l'accident de service du 4 avril 2020 et les troubles post consolidation dont il allègue souffrir. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi susvisée du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".

8. Il résulte des dispositions précitées que le droit de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la pathologie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

9. M. E soutient que les troubles post consolidation dont il a souffert et qui ont donné lieu aux arrêts de travail du 3 juin 2020 et du 19 janvier 2021 sont en lien direct et certain avec l'accident de service du 4 avril 2020. Il ressort du rapport d'expertise du docteur A du 28 janvier 2021, que les arrêts de maladie invoqués par le requérant ont bien été pris en considération dans l'évaluation de son état de santé et que M. E était en mesure de faire valoir de nouveaux arguments devant la commission de réforme. En outre, il ressort des pièces du dossier que le docteur A a refusé que soit menée une nouvelle expertise à la suite de la demande du centre hospitalier du Haut-Anjou. Il ressort également du rapport d'expertise, que le médecin expert a considéré que M. E souffrait d'un stress aigu léger dont la durée ne pouvait excéder quatre semaines et qu'il ne présentait pas de stress post-traumatique qui entrainerait un caractère chronique de sa pathologie. Il a ainsi fixé la date de consolidation au 4 mai 2020. Ce même expert a considéré que les éléments cliniques observés lors de l'expertise, laquelle a eu lieu pendant l'arrêt de travail du 19 janvier 2021, relevait du registre de la personnalité. M. E n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constatations et conclusions de l'expert. Dans ces conditions, les troubles dont a souffert M. E postérieurement à la date de consolidation de son accident de service ne présentent pas un lien suffisamment direct et certain avec cet accident. Par suite, le centre hospitalier du Haut-Anjou n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des troubles dont a souffert M. E et ayant donné lieu aux arrêts de travail des 3 juin 2020 et 19 janvier 2021.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 11 décembre 2020 et aux fins d'injonction de la requête 2101071 en tant que cette décision refuse l'imputabilité au service de l'accident du 4 avril 2020 pour la période du 4 avril au 4 mai 2020.

Article 2 : Le surplus de la requête n° 2101071 et la requête n° 2109671 de M. E sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au centre hospitalier du Haut-Anjou.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2101071, 2109671

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