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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101074

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101074

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité d'apatride ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides la somme de 1 500 euros à verser à Me Kaddouri en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1990 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- il ne détient la nationalité d'aucun pays ; il n'est reconnu ni par l'Erythrée, ni par le Soudan comme un de leurs nationaux ;

- il remplit les conditions pour se voir reconnaître la qualité d'apatride en application de la convention de New York ;

- il n'est pas indigne de bénéficier de la protection de la France, qui est son pays de résidence ;

- il craint d'être persécuté par les autorités érythréennes du fait de son insoumission et de son départ illégal de ce pays ;

- de multiples circonstances se sont opposées à ce qu'il puisse demander la nationalité soudanaise ; il se trouve de ce fait dans une situation d'apatridie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par la décision du 3 août 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes chargée d'examiner les demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Labouysse, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 23 février 1990 à Tesseney, en Erythrée, est entré en France au cours du mois de septembre de l'année 2017. Il y a sollicité l'asile mais cette demande a été rejetée le 11 janvier 2019 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFRPA). Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 avril 2019. L'intéressé a de nouveau saisi l'OFPRA, le 20 novembre 2019, d'une demande tendant cette fois-ci à la reconnaissance de la qualité d'apatride. Cette demande a été rejetée par une décision du directeur général de l'OFPRA du 6 janvier 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Selon les dispositions alors inscrites à l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. (). ", aux termes duquel : " () le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation. ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande présentée au nom de M. A, le directeur général de l'OFPRA a relevé que sa qualité d'apatride n'était pas démontrée dès lors que l'intéressé ne justifiait pas de l'accomplissement de démarches sérieuses auprès des autorités érythréennes et soudanaises aux fins d'établir sa nationalité.

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ces démarches.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait valoir les origines érythréennes de ses grands-parents et a indiqué avoir vécu au Soudan à compter de 1997 jusqu'en 2008, puis y être revenu au cours de cette même année et y être resté jusqu'en 2017, année au cours de laquelle il est entré en France.

6. En ce qui concerne l'Erythrée, le requérant, qui indique être né dans ce pays, ne conteste pas les mentions de la décision attaquée relatives à la nationalité érythréenne de ses grands-parents et de ses parents. Or, il résulte du 2 de la Proclamation n° 21/1992 sur la nationalité érythréenne que toute personne née d'un père ou d'une mère d'origine érythréenne en Erythrée est un ressortissant érythréen de naissance. Il est constant qu'il n'a accompli aucune démarche auprès des autorités érythréennes afin qu'elles prennent position sur sa nationalité érythréenne. S'il explique cette absence de démarche par la crainte d'être persécuté par lesdites autorités en raison de ses opinions politiques, de son insoumission et de son départ illégal du pays, alors que le directeur général de l'OFPRA puis la CNDA ont rejeté sa demande d'asile au motif que ces craintes n'étaient pas établies, ces allégations, ne sont, en tout état de cause, pas étayées. La circonstance que le directeur général de l'OFPRA ait indiqué dans la décision attaquée que " lors de l'examen de la demande d'asile, l'Office et la Cour nationale du droit d'asile, qui l'ont respectivement auditionné, n'avaient pas tenus pour établis sa provenance d'Erythrée " n'induit pas, par elle-même, qu'il n'aurait pas nationalité de cet Etat.

7. En ce qui concerne le Soudan, alors que le requérant a indiqué y avoir séjourné en dernier lieu entre 2008 et 2017, il ne conteste pas les mentions de la décision attaquée faisant état de sa possibilité d'obtenir la nationalité soudanaise par la voie de la naturalisation sur le fondement de la loi relative à la nationalité soudanaise de 1994. Or, il est également constant qu'il n'a accompli aucune démarche auprès des autorités soudanaises afin qu'elles déterminent s'il pouvait acquérir cette nationalité par cette voie. Le requérant n'étaye pas, en tout état de cause, ses allégations relatives à une impossibilité d'accomplir de telles démarches en se bornant à relever que " de multiples circonstances se sont opposées à ce qu'il puisse demander la nationalité soudanaise " et " qu'il ne pouvait davantage demander la nationalité soudanaise, à une époque où le Soudan et l'Erythrée étaient en conflit ".

8. Il suit de là qu'alors que le requérant aurait été susceptible de se voir reconnaître la nationalité érythréenne ou la nationalité soudanaise, le directeur général de l'OFPRA, en refusant de lui reconnaître la qualité d'apatride, n'a pas fait une application inexacte des articles L. 821-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 1er de la convention du 28 septembre 1954.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du directeur général de l'OFPRA du 6 janvier 2021. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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