mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2101078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Denis Seguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- le refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 juin 2021 et le 17 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 3 juin 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes chargée d'examiner les demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Par un jugement du 8 juin 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, à la suite de l'assignation à résidence de M. A, prononcée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 26 mai 2021, statué sur les conclusions de la requête visée ci-dessus tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, le 6 mai 2024, de ce que le jugement serait susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de ce que le refus de délivrance d'une nouveau titre de séjour portant la mention "étudiant" est entaché d'une méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que les conditions de délivrance d'un tel titre de séjour sont fixées par l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et non par l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le tribunal envisage de procéder à une substitution de base légale du refus de séjour en litige.
La clôture de l'instruction sur le surplus des conclusions est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 3 juin 2021 prononçant l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 7 août 1991, est entré en France le 14 août 2012, muni d'un passeport revêtu d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'étudiant, valable du 6 août 2012 au 6 août 2013. Il a, par la suite, séjourné au moyen de cartes de séjour temporaire qui lui ont été délivrées pour suivre des études en France au cours de la période allant du 6 novembre 2013 au 5 novembre 2020. Le 7 novembre 2020, M. A a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la même mention. Par un arrêté du 7 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, enregistrée le 31 mai 2021, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2021.
2. Par un arrêté du 26 mai 2021, le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence M. A pour une durée de quarante-cinq jours. En conséquence, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, en application des dispositions des articles L. 614-7 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, statué sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, qu'il a rejetées par un jugement du 8 juin 2021. Il appartient à la formation collégiale du tribunal de statuer, d'une part, sur les conclusions du requérant tendant à l'annulation du refus de séjour, d'autre part, sur ses conclusions à fin d'injonction.
3. Il ressort de la motivation du refus de séjour que, pour rejeter la demande tendant à la délivrance, à M. A, d'une nouvelle carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", le préfet de Maine-et-Loire a relevé les multiples redoublements de l'intéressé et sa stagnation dans son parcours universitaire. Il en a déduit que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir le titre de séjour sollicité.
4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 de ce code alors en vigueur, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes du I de l'article L. 313-7 du même code : " La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention "étudiant". ". Selon l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures (), sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études (), ainsi que de la possession de moyens d'existence ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".
5. Il résulte des stipulations précitées de l'article 13 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 que l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, le refus de délivrance à M. A d'une nouvelle carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge peut substituer ce texte à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. Les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 peuvent en l'espèce être substituées aux dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leur application ne prive le requérant d'aucune garantie.
8. Pour l'application de l'article 9 de la convention conclue entre la France et le Sénégal le 1er août 1995, il appartient à l'autorité préfectorale, saisie d'une demande tendant à la délivrance d'une nouvelle carte de séjour présentée en qualité d'étudiant par un ressortissant sénégalais, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études.
9. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que M. A a été inscrit, au titre de l'année universitaire 2012-2013, en première année de licence sciences technologies santé (STS) mention "informatique", au titre de l'année universitaire 2013-2013, en première année de licence mathématiques, physique, chimie, informatique, économie (MPCIE), au titre de l'année universitaire 2014-2015, en première année de licence STS/MPCIE, au titre de chacune des trois années universitaires 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018, en deuxième année de licence STS/MPCIE, et au titre de chacune des deux années universitaires 2018-2019 et 2019-2020, en 3ème année de licence physique, chimie. La demande de titre de séjour en litige a été présentée par M. A pour lui permettre de suivre, pour la troisième année consécutive, cette 3ème année de licence physique, chimie. Le parcours d'étude du requérant, ainsi retracé à partir de la motivation de la décision attaquée, n'est pas contesté par l'intéressé qui se borne à soutenir à l'appui de sa requête, laquelle ne contient pas la moindre pièce relative à ses études en France, qu'il est inscrit pour l'année 2020-2021 en licence et que la décision attaquée le prive de la possibilité d'obtenir son diplôme. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé ne pouvait être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 7 janvier 2021 restant en litige. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, contenue dans l'arrêté attaqué du préfet de Maine-et-Loire du 7 janvier 2021, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A et celles fondées sur les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 2 : Le jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président-rapporteur,
L. B
L'assesseur le plus ancien,
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026