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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101116

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101116

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDENIS - MESCHIN - LE TAILLANTER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, M. C G, l'association Thermouthis et Mme E D, représentés par Me Levrard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de Maine-et-Loire a interdit à M. G l'accès à certains locaux départementaux (maison et pôles départementaux des solidarité et sites annexes, village Saint-Exupéry) ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Maine-et-Loire de respecter le droit des usagers à être accompagnés par l'association Thermouthis, M. G et Mme D, ainsi que tout autre accompagnant de l'association, des usagers ayant affaire à la protection de l'enfance, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Maine-et-Loire de " circulariser " auprès des personnels concernés la décision à intervenir, et le rappel du droit à être accompagnés des usagers ayant affaire à la protection de l'enfance, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros ;

4°) de mettre à la charge du département de Maine-et-Loire une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de base légale ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 223-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, le département de Maine-et-Loire, représenté par Me Meschin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. G, de Mme D et de l'association Thermouthis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par l'association Thermouthis et Mme D, lesquels n'ont pas intérêt à agir contre la décision attaquée qui ne vise que M. G ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Dias, rapporteur public,

- et les observations de Me Trebous, représentant le département de Maine-et-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Par leur requête, M. G, en son nom propre et ès-qualités de président de l'association Thermouthis, l'association Thermouthis et Mme D, ès-qualités de

vice-présidente de cette association, demandent au tribunal d'annuler la décision du

20 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de Maine-et-Loire a interdit à M. G l'accès à certains locaux départementaux (maisons et pôles départementaux des solidarités et sites annexes, village Saint Exupéry), ainsi que la décision par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La décision attaquée constitue une mesure d'organisation du service concernant

M. G à titre individuel et personnel et n'emporte d'effet que sur sa personne. Elle ne fait donc pas grief à l'association Thermoutis, dont il est le président, ni à Mme Moreau,

vice-présidente de cette association. Dès lors, le département de Maine-et-Loire est fondé à soutenir que la requête est irrecevable en tant qu'elle a été formée par l'association Thermoutis et Mme D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par arrêté n° 2018-05-AR-0517 du 24 mai 2018 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de Maine-et-Loire n° 8 de juin 2018, le président du conseil départemental de Maine-et-Loire a donné délégation à M. F A, administrateur hors classe, directeur général adjoint chargé du développement social et des solidarités et signataire de la décision attaquée, délégation pour signer notamment les arrêtés et décisions relatifs aux règlements intérieurs et de fonctionnement du centre départemental de l'enfance et de la famille également dénommé " village Saint-Exupéry ". Ainsi, M. A était compétent pour signer la mesure litigieuse en tant qu'elle interdit à M. G l'accès au centre départemental de l'enfance et de la famille " village Saint-Exupéry ". En revanche, il ne résulte pas des termes de l'arrêté mentionné ci-dessus du 24 mai 2018, que M. A aurait reçu délégation pour prendre une telle mesure en ce qui concerne les maisons et pôles départementaux des solidarité et sites annexes. Par suite, M. G est fondé à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle concerne ces sites, est entachée d'incompétence en tant qu'elle concerne d'autres sites et locaux que le village Saint-Exupéry.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, en dépit que de ce qu'elle n'emporte d'effet que sur M. G, constitue une mesure d'organisation du service et présente dès lors un caractère réglementaire. Par suite, elle ne constitue pas une décision individuelle défavorable devant être motivée au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la décision attaquée mentionne que le comportement et l'attitude de M. G ont nui au bon fonctionnements et au bon déroulement des entretiens menés entre les services départementaux et une famille, qu'il a tenu des propos outranciers et de graves menaces à l'encontre d'agents départementaux dans l'exercice de leurs fonctions et que ceux-ci donneront lieu à des poursuites judiciaires. Les termes de cette décision permettent utilement d'identifier que l'auteur de la décision attaquée s'est fondé sur le pouvoir d'organisation du service qu'il détient même sans texte et les faits ayant motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, en tout état de cause, être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il résulte des responsabilités qui incombent de manière générale à tous les chefs de service qu'il leur appartient de prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement de l'administration placée sous leur autorité. Ils peuvent ainsi, dans la mesure où l'exige l'intérêt du service, interdire l'accès des locaux qui y sont affectés aux personnes dont la présence serait susceptible de troubler le fonctionnement régulier de ce service.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par jugement du tribunal correctionnel du

23 juin 2020, M. G a été condamné pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission public commis le 19 février 2019 à l'encontre de deux éducateurs référents à l'aide sociale à l'enfance dans le cadre ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions, et le 19 novembre 2019 à l'encontre d'un agent chargé d'une mission de service public dans le cadre où à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, a une amende délictuelle de mille euros avec sursis à hauteur de

500 euros. Si l'intéressé fait valoir qu'il a fait appel de la condamnation prononcée à son encontre, il ne conteste pas sérieusement les faits qui lui sont ainsi reprochés. Compte tenu du comportement de M. Chenière, le président du Conseil départemental a pu, dans le cadre des pouvoirs qu'il détient en tant que chef de service, interdire à celui-ci l'accès aux locaux du centre départemental de l'enfance et de la famille sans priver sa décision de base légale ni excéder ce qui était strictement nécessaire au bon fonctionnement du service.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne qui demande une prestation prévue au présent titre ou qui en bénéficie est informée par les services chargés de la protection de la famille et de l'enfance des conditions d'attribution et des conséquences de cette prestation sur les droits et obligations de l'enfant et de son représentant légal. / Elle peut être accompagnée de la personne de son choix, représentant ou non une association, dans ses démarches auprès du service (). ".

8. La décision attaquée, qui interdit à M. G seul d'accéder aux locaux du centre départemental de l'enfance et de la famille de Maine-et-Loire au regard de son comportement personnel outrageant à l'égard des agents de ce service, n'a pas pour effet de priver les usagers du service de l'aide sociale à l'enfance de la possibilité de se faire accompagner par toute autre personne de leur choix dans leurs démarches auprès de ce service, y compris celles œuvrant dans le cadre de l'association dont l'intéressé est le président. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 223-1 du code de l'action sociale et des familles, lesquelles ne font pas obstacle par principe à l'usage par le chef de ce service de son pouvoir de prendre les mesures nécessaires à son bon fonctionnement, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu d'annuler les décision attaquées en tant qu'elles interdisent à M. G l'accès aux maisons et pôles départementaux des solidarité et sites annexes.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions mentionnées ci-dessus.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental de Maine-et-Loire du

20 novembre 2019 et la décision par laquelle le président du conseil départemental de Maine-et-Loire a rejeté le recours gracieux de M. G et autres sont annulées en tant qu'il est interdit à M. G d'accéder aux maisons et pôles départementaux des solidarité et sites annexes.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à l'association Thermouthis, à Mme E D et à la présidente du département de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022

Le rapporteur,

P-E. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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