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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101155

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101155

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er février 2021, 12 novembre 2021 et 17 décembre 2021, l'association Comité de Liaison du Camping-car, représentée par Me Amson, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de La Turballe a refusé d'abroger l'arrêté n° 2016/67 du 31 mai 2016 " portant sur la réglementation de la circulation et du stationnement des véhicules de type M1 de longueur supérieure à 5 mètres et/ou de largeur supérieure à 2,50 mètres aux cases de stationnement marquées au sol ", ainsi que l'article 15 de l'arrêté n° 12/008 du 5 janvier 2012 réglementant la circulation et le stationnement des véhicules sur le territoire de la commune de La Turballe ;

2°) de donner acte à la commune de La Turballe de l'abrogation de l'arrêté n° 12/008 du 5 janvier 2012 ;

3°) d'enjoindre au maire de La Turballe, d'une part, d'abroger l'arrêté n° 2016/067 dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai et, d'autre part, de procéder, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à la dépose des panneaux de signalisation matérialisant les interdictions édictées par l'arrêté n° 2016/067 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de La Turballe une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié que les arrêtés municipaux du 5 janvier 2012 et du 31 mai 2016 aient été signés par une autorité habilitée ;

- la décision du 5 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de La Turballe a implicitement refusé d'abroger l'arrêté du 31 mai 2016, ainsi que ledit arrêté sont insuffisamment motivés ;

- l'arrêté du 31 mai 2016 applique un traitement discriminatoire aux camping-cars dès lors que les utilisateurs de ces derniers sont, d'une part, privés de la possibilité de stationner sur une partie du territoire de la commune, d'autre part, présumés adopter des comportements nuisibles à la salubrité publique ;

- l'arrêté du 31 mai 2016 méconnaît les articles L. 2212-2 et suivants du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'il ne caractérise pas les risques pour la sécurité, la tranquillité ou la salubrité publiques résultant du stationnement des camping-cars ;

- aucun élément probant ne justifie l'interdiction édictée par l'arrêté litigieux ;

- le principe d'égalité est méconnu dès lors que l'interdiction de stationnement litigieuse ne s'applique pas aux véhicules, autres que les camping-cars, qui appartiennent à la catégorie M1 en application de l'article R. 311-1 du code de la route ;

- l'arrêté du 31 mai 2016 méconnaît le droit des camping-cars à bénéficier d'une halte nocturne ;

- cet arrêté est entaché de détournement de pouvoir, dès lors qu'il a été édicté sur le fondement de préoccupations essentiellement financières, dans le but de contraindre les campings-caristes à fréquenter la halte d'accueil aménagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre 2021 et 9 décembre 2021, la commune de La Turballe, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête tendant à l'abrogation de l'arrêté du 5 janvier 2012 sont dépourvues d'objet dès lors que cet arrêté a été abrogé par un arrêté du 21 mai 2013 ;

- les autres moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public,

- les observations de Me Amson représentant l'association Comité de Liaison du Camping-car,

- et les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, représentant la commune de la Turballe.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'article 15 d'un arrêté du 12 janvier 2012, le maire de la commune de la Turballe a, notamment, interdit le stationnement des caravanes, camping-cars, camions, camionnettes et des véhicules dont la hauteur est supérieure à 2 mètres sur certains parkings de la commune. Par un arrêté du 31 mai 2016, le maire de la commune de la Turballe a réglementé la circulation et le stationnement des camping-cars sur le territoire de la commune. Le 1er octobre 2020, l'association Comité de Liaison du Camping-car (CLC) a adressé au maire une demande tendant à l'abrogation de l'article 15 de l'arrêté du 12 janvier 2012, ainsi qu'à l'abrogation de l'arrêté du 31 mai 2016. En l'absence de réponse dans le délai de deux mois, cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet dont l'association CLC demande l'annulation.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces versées au dossier que, par un arrêté du 21 mai 2013, le maire de la commune de La Turballe a abrogé l'arrêté du 5 janvier 2012 réglementant la circulation et le stationnement de véhicules sur le territoire de la commune de La Turballe.

3. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite du 5 décembre 2020 en ce qu'elle refuse d'abroger l'article 15 de l'arrêté du 5 janvier 2012 étaient dépourvues d'objet dès l'introduction de l'instance, et sont par suite irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 5 décembre 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté municipal du 31 mai 2016 :

4. Si, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : / () / 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains ; / () ".

6. Par arrêté du 10 avril 2014, le maire de la commune de La Turballe a donné délégation permanente à M. D A, adjoint délégué à la sécurité, à l'environnement et à l'aménagement urbain, signataire de l'arrêté litigieux du 31 mai 2016, à l'effet de signer notamment les arrêtés municipaux relatifs à la police générale de la circulation et du stationnement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 31 mai 2016 doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 31 mai 2016 n'est pas suffisamment motivé en fait.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'association CLC ait formulé une demande de communication des motifs de la décision implicite attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite née le 5 décembre 2020 ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques. () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : () / 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains. () ".

11. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une mesure prise en vertu des pouvoirs de police que le maire tient des dispositions citées ci-dessus, de vérifier qu'elle est justifiée par la nécessité de prévenir ou faire cesser un trouble à l'ordre public et de contrôler son caractère proportionné en tenant compte de ses conséquences pour les personnes dont elle affecte la situation, en particulier lorsqu'elle apporte une restriction à l'exercice de droits.

12. L'arrêté litigieux du 31 mai 2016 du maire de La Turballe énonce en son article 1 que " l'arrêt et/ou le stationnement de tous les véhicules dont la longueur et/ou la largeur est supérieure aux aménagements matérialisés au sol, à l'exception des véhicules de secours et des véhicules professionnels, est considéré comme gênant sur les voies et parcs de stationnement suivant de la commune : parking de Ker Elisabeth, parking Phaidra, quai Saint Paul, boulevard du commandant C B, quai Saint Jacques, boulevard Bellanger face au numéro 1 jusqu'au numéro 11, parking du complexe sportif rue Julien Jaunais, parking de la Poste, parking du foyer des vignes rue E. Michelet, parking Gaby Vallot, place François Mitterrand (sauf emplacements réservés aux bus) et parking école de voile. " L'article 2 précise que " hors les dispositions prévues à l'article 1, et sous réserve des règles édictées par les règlements en vigueur et notamment du code de la route, les véhicules dont le gabarit est supérieur à 5 mètres de longueur et/ou 2,50 mètres de largeur sont autorisés à stationner ou s'arrêter sur l'ensemble des voies de la commune. " Enfin, l'article 3 de cet arrêté énonce : " le stationnement des véhicules doit se limiter au seul contact de ses pneumatiques avec le sol. Toute forme d'appropriation temporaire du domaine public autour du véhicule est strictement interdite. Il est notamment interdit d'étaler à la vue les équipement annexes tels qu'auvent, marche pied, linge et mobilier divers. ".

13. Il ressort des termes de cet arrêté dont il est demandé l'abrogation que le maire de la Turballe a ainsi entendu interdire, de façon permanente, le stationnement des véhicules de grand gabarit, notamment des camping-cars, sur plusieurs parkings situés dans le bourg de la Turballe, ainsi que sur les quais. Selon les motifs de l'arrêté, le stationnement des véhicules dont le gabarit excède la largeur et/ou la longueur des cases de stationnement marquées au sol peut représenter un danger et une gêne pour les autres véhicules et les piétons en raison de leur longueur et/ou largeur. Les parkings et les voies sur lesquels le stationnement est considéré comme gênant ont été définis en tenant compte de la configuration des lieux et des difficultés de manœuvre.

14. Il ressort des pièces du dossier que les zones interdites au stationnement des camping-cars représentent une partie limitée du territoire communal, correspondant principalement au centre-bourg. En outre, ainsi que le fait valoir la commune de La Turballe, plusieurs parkings situés en centre-bourg, pour un total de 111 places, peuvent être occupés par des camping-cars. La commune dispose en outre, pour les véhicules de type camping-cars, de deux aires de stationnement aménagées, l'une située rue Alphonse Daudet en centre-ville pouvant accueillir 20 camping-cars, l'autre située rue du Clos Mora située à 800 mètres du centre-ville dotée de 23 places. Il n'est pas établi, ni même allégué, que les possibilités de stationnement ainsi offertes aux camping-cars, notamment en centre-bourg, seraient insuffisantes. En outre, même en l'absence de statistiques ou constatations précises, le stationnement croissant des camping-cars en de multiples lieux de la commune de La Turballe, qui connaît une fréquentation touristique importante, n'est pas sérieusement contestable, de même que les nuisances et les risques occasionnés par ces véhicules pour la sécurité des autres usagers des voies publiques, en particulier des piétons, qui sont inhérents à leur gabarit. Dans ces conditions, la limitation ainsi apportée au stationnement des camping-cars ne revêt pas le caractère d'une interdiction d'une généralité excessive au regard de l'objectif recherché de préservation de la sécurité et de la tranquillité publiques au sens des dispositions précitées des articles L. 2212-2 et L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales.

15. En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

16. Eu égard au gabarit des camping-cars, la réglementation relative au stationnement, en ce qu'elle vise la protection des intérêts sus-rappelés, ne porte pas atteinte au principe d'égalité entre les usagers du domaine public routier au détriment de ceux qui utilisent ce type de véhicules, notamment, par rapport à ceux qui utilisent d'autres véhicules de la catégorie M1 au sens de l'article R. 311-1 du code de la route.

17. En cinquième lieu, la limitation apportée au stationnement des camping-cars dans certains secteurs de la commune ne porte pas atteinte aux possibilités de halte nocturne, compte tenu de la faculté que l'arrêté préserve de stationner sans restriction sur le reste du territoire communal, ou sur les aires spécialement aménagées pour les camping-cars rue Alphonse Daudet et rue du Clos Mora. A cet égard le caractère onéreux du séjour sur ces aires est sans influence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance du " droit à une halte nocturne " doit être écarté.

18. En dernier lieu, la circonstance que les aires de stationnement affectées aux camping-cars rue Alphonse Daudet et rue du Clos Mora appartiennent à des personnes privées et que leur utilisation soit payante ne suffit pas à établir l'existence d'un détournement de pouvoir.

19. Il résulte de tout ce qui précède que l'association CLC n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du maire de La Turballe en ce qu'elle refuse de faire droit à sa demande d'abrogation de l'arrêté du 31 mai 2016.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

20. Le présent arrêt n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par l'association CLC ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Turballe la somme demandée par l'association CLC. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu non plus de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de La Turballe.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Comité de Liaison du Camping-car est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Turballe sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Comité de Liaison du Camping-car et à la commune de La Turballe.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

L. MARTIN La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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