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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101162

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101162

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et des mémoires complémentaires enregistrés le 1er février 2021, le 20 avril 2022 et le 17 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Denis Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les conditions prévues à l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un courrier du 23 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire a été mis en demeure de produire ses observations.

Par ordonnance du 23 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 septembre 2024 à 10h.

Considérant ce qui suit :

1. Le mémoire en défense déposé sur la plateforme Télérecours par le préfet de Maine-et-Loire et qui a été enregistré le 31 mai 2024 à 15h21 dans l'instance n° 2101162 se rattache en réalité à l'instance n° 2401190, dans laquelle il a également été enregistré. Par suite, ce mémoire en défense doit être rayé du registre du greffe du tribunal et joint au dossier de la requête enregistrée sous le n° 2401190.

2. Mme C A, ressortissante comorienne, née le 26 mai 1979, bénéficiait jusqu'au 22 juillet 2019, d'un titre de séjour " vie privée et familiale " délivré par le préfet de Mayotte. Entrée irrégulièrement en France métropolitaine, elle a sollicité le 22 janvier 2020, auprès des services du préfet de Maine-et-Loire, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, lequel préfet l'a refusé par une décision du 9 décembre 2020 dont Mme A demande l'annulation.

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du règlement n° 539/2001 du conseil du 18 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation, ainsi que les articles L. 313-11 6° et

L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le Préfet de Maine-et-Loire a fait application et précise les éléments tirés de la situation personnelle de la requérante qui ont été pris en considération. La décision attaquée mentionne ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions figurent désormais à l'article L. 423-8 du même code, dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; () ". Toutefois, l'article L. 832-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile limite la validité territoriale des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que : " les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte ". Le deuxième alinéa de cet article L. 832-2 dispose que : " les ressortissants de pays figurant sur la liste () des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte après avis du représentant de l'État dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public ". L'article R. 832-2 alors en vigueur du même code précise que : " L'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article L. 832-2 présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination, les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour ainsi que les garanties de son retour à Mayotte. / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ". Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions de l'article L. 832-2, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, que Mme A aurait sollicité et obtenu l'autorisation spéciale prévue par les dispositions précitées. Le préfet de Maine-et-Loire était dès lors fondé à lui refuser, pour ce seul motif, le bénéfice de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue au 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle sollicitait.

6. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Mme A, qui se prévaut de l'état de santé de deux de ses enfants, dont l'un bénéficie d'une allocation d'éducation enfant handicapé, ne donne toutefois aucune précision quant aux contraintes médicales engendrées par ce handicap ou par une prise en charge particulière. Ainsi, la requérante ne fait état d'aucun élément probant de nature à faire obstacle à la reconstitution de la cellule familiale avec ses cinq enfants mineurs hors D métropolitaine, notamment à Mayotte où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A présentées à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour du 9 décembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au Préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

N°2101161

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