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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101195

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101195

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés les 2 février et 31 mars 2021, M. A B, représenté par Me Stephan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 18 septembre 2020 contre la décision du préfet de l'Aveyron du 11 août 2020 ayant ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble la décision du 15 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a explicitement rejeté ce même recours administratif et a confirmé l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française, ainsi qu'à ses enfants mineurs résidant habituellement avec lui ou de manière alternée, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une absence de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors, d'une part, que les faits de violences volontaires par conjoint ou concubin avec une incapacité temporaire de travail (ITT) de huit jours, constatés le 22 novembre 2013, ont fait l'objet d'un classement sans suite pour défaut de caractérisation des faits et, d'autre part, qu'aucune autre mention ne figure sur les relevés des antécédents judiciaires de la police nationale et de la gendarmerie ; il n'aurait jamais pu travailler au service de la police technique et scientifique s'il avait été l'auteur des faits qui lui sont reprochés ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une intégration exemplaire ; il est entré sur le territoire français au mois d'octobre 2008 à la faveur de son intégration au sein de la Légion étrangère et y réside depuis cette date ; il a obtenu de multiples distinctions dans le cadre de sa carrière au sein de la Légion puis au sein de la police technique et scientifique ; les faits qui lui sont reprochés, et qui ont été constatés le 22 novembre 2013 sont anciens et peu graves ; il vit toujours avec son épouse et leurs trois enfants, tous étant en situation régulière.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sa décision implicite de rejet s'étant substituée à celle du préfet de l'Aveyron du 11 août 2020, les conclusions dirigées contre cette dernière sont irrecevables ;

- sa décision du 15 mars 2021 a implicitement mais nécessairement procédé au retrait de sa décision implicite de rejet ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des articles 21-23 et 21-27 du code civil est inopérant ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 août 2020, le préfet de l'Aveyron a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. A B, ressortissant brésilien. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 25 septembre 2020, le ministre de l'intérieur a, par une décision expresse du 15 mars 2021, qui s'est substituée à la décision du préfet de l'Aveyron et à sa propre décision implicite, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement ainsi prononcé. M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du ministre ainsi que celle de sa décision du 15 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le ministre doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 15 mars 2021, par laquelle le ministre a explicitement rejeté son recours administratif et ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur du 15 mars 2021 :

4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 15 mars 2021, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a fait l'objet d'une procédure n° 2013-032413 pour violences volontaires par concubin ou conjoint avec ITT de moins de 8 jours le 22 novembre 2013 à Marseille. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la " fiche navette à destination de l'autorité administrative " produite par le ministre, que M. B a effectivement fait l'objet d'une procédure n° 2013-032413 pour violences volontaires par concubin ou conjoint avec ITT de moins de 8 jours le 22 novembre 2013 à Marseille, qui a été classée sans suite et a fait l'objet d'un rappel à la loi/avertissement, les faits reprochés à l'intéressé n'ayant, dès lors, pas été considérés comme insuffisamment caractérisés, contrairement à ce que soutient le requérant. Comme cela a été dit au point précédent, cette procédure constitue le seul fait retenu par le ministre de l'intérieur aux termes de la décision attaquée, à la différence de la décision préfectorale qui était, quant à elle, fondée sur plusieurs faits. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une procédure n° 2013-032413 pour violences volontaires par concubin ou conjoint avec ITT de moins de 8 jours le 22 novembre 2013 à Marseille, qui a été classée sans suite et a fait l'objet d'un rappel à la loi/avertissement. Par suite, eu égard à la gravité des faits qui sont reprochés au requérant, et en dépit de leur relative ancienneté à la date de la décision attaquée, le ministre, qui dispose d'un large pouvoir pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner la demande de naturalisation présentée par l'intéressé sur le motif cité au point 4 du présent jugement.

8. En dernier lieu, les circonstances invoquées par le requérant et relatives à son intégration professionnelle et familiale sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ainsi que, par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

La greffière,

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