mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2101273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SAVARY & TOURRE A.A.R.P.I. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, M. B A, représenté par Me Julien Savary, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours qu'il a formé contre la décision du 30 juin 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a ajourné à trois ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à un nouvel examen de sa demande.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 21-27 du code civil ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que :
- il a expressément statué sur le recours formé contre la décision préfectorale par une décision du 9 février 2021 ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours ne sont pas recevables dès lors que sa décision du 9 février 2021 s'y est substituée, mais elles doivent être requalifiées comme tendant à l'annulation de cette décision ;
- le motif de cette décision n'est pas entaché d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21-27 est inopérant ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par le requérant, sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins six mois.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 avril 2024 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant bangladais qui est né le 20 avril 1983. Il a présenté, auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 30 juin 2020, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de trois ans avant qu'il puisse en présenter une nouvelle. M. A a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été implicitement rejeté le 5 décembre 2020 compte tenu du silence gardé par cette autorité pendant plus de quatre mois à la suite de sa réception. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
2. Si le silence gardé par une autorité administrative sur un recours obligatoire fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet prise postérieurement à cette décision implicite se substitue à cette décision. Les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision sont, dès lors, irrecevables, mais il appartient au juge de considérer que ces conclusions tendent en réalité à l'annulation de la décision expresse de rejet.
3. À l'expiration du délai d'instruction de quatre mois du recours formé devant le ministre de l'intérieur contre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 juin 2020, est née une décision implicite de rejet de ce recours. Par la suite, cette autorité a expressément statué sur ce même recours le 9 février 2021, soit postérieurement à l'enregistrement de la requête. Il y a lieu, dès lors, de regarder les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A comme étant dirigées à l'encontre de cette décision qui ajourne à trois ans à compter du 30 juin 2020 sa demande de naturalisation et qui s'est substituée à la décision implicite de rejet attaquée.
4. La décision expresse du 9 février 2021 a été prise au motif que M. A a été l'auteur de faits de conduite sans permis le 16 août 2017, après avoir fait l'objet d'une procédure pour des faits de même nature commis le 2 juin 2017.
5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de cette personne.
6. En premier lieu, aux termes de l'article 21-27 du code civil : " Nul ne peut acquérir la nationalité française () s'il a été l'objet soit d'une condamnation pour crimes ou délits constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, soit, quelle que soit l'infraction considérée, s'il a été condamné à une peine égale ou supérieure à six mois d'emprisonnement, non assortie d'une mesure de sursis. () ". Ces dispositions énoncent des conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation.
7. Le motif pour lequel il n'a pas été accédé à la demande de naturalisation présentée par M. A est en relation avec l'engagement de poursuites pénales à son encontre. Cependant, cette demande n'a pas été déclarée irrecevable au motif que l'intéressé ne satisfaisait pas à la condition inscrite à l'article 21-27 du code civil. Elle a donné lieu, à la suite de l'exercice, par le ministre, de son large pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la naturalisation sollicitée, à une décision d'ajournement à trois ans prise sur le fondement de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'ajournement de sa demande de naturalisation aurait été opposé en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 21-27 du code civil.
8. En second lieu, il est constant que sur une période de deux mois et demi, M. A a fait l'objet de deux procédures à raison de faits de conduite sans permis, la seconde ayant abouti au prononcé à son encontre d'une amende d'un montant de 200 euros avec sursis. Ces faits paraissent isolés mais ils ne sont pas dénués de gravité et ont été commis de manière rapprochée au cours d'une période qui n'est antérieure que d'environ trois ans et demi par rapport à la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. Dans ces conditions, quand bien même M. A a obtenu son permis de conduire le 4 juillet 2018 et qu'il n'a pas fait l'objet de nouvelles condamnations, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a, le 9 février 2021, ajourné à trois ans sa demande de naturalisation. Si ce dernier fait valoir son intégration professionnelle, le respect de ses obligations fiscales et sa connaissance de la langue française, de tels éléments, même s'ils sont dignes d'intérêt, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard à son motif qui permet à lui seul de la justifier compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre de l'intérieur pour apprécier l'intérêt d'accorder la nationalité française.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 9 février 2021, ajournant à trois ans à compter du 30 juin 2020 la demande de naturalisation présentée par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
10. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. A présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 30 juin 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026