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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101312

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101312

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHALGAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 février 2021 et le 7 avril 2022, M. et Mme D H, représentés par Me Halgand, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2020 par lequel le maire de Saint Nazaire a accordé un permis de construire à Monsieur I B F et Madame A C en vue de la construction d'une maison individuelle sur un terrain sis allée Pierre-Jakez Hélias à Saint-Nazaire, ainsi que de la décision du 3 décembre 2020 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nazaire la somme de 3 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6.1 du règlement de la zone UA2 du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6 du règlement du lotissement ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 7.1 du règlement de la zone UA2 du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 13.2 du règlement de la zone UA2 du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 13.3 du règlement de la zone UA2 du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 avril 2022 et le 12 mars 2024, la commune de Saint-Nazaire conclut au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir, et ne justifiant pas de la notification de leur recours contentieux aux pétitionnaires et à la commune de Saint-Nazaire ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Lefèvre, substituant Me Halgand, avocat de M. et Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 août 2020, le maire de Saint-Nazaire a accordé à M. B F et Madame C un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section VH numéro 173 située allée Pierre-Jakez Hélias à Saint-Nazaire. Monsieur et Madame H, voisins immédiats du projet, ont formé le 13 octobre 2020 un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 3 décembre 2020. Par un arrêté du 31 mai 2021, le maire de Saint Nazaire a transféré le permis de construire attaqué à M. E G. Par un arrêté du 3 août 2022, le maire de Saint-Nazaire a accordé à M. G un permis de construire modificatif modifiant notamment la volumétrie du bâtiment et son alignement. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 août 2020, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme : " " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ;/ f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / (). ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " " a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier que la notice jointe au dossier de demande de permis de construire présente l'état initial du terrain et de ses abords et indique que la construction autorisée sera implantée en limite séparative nord et sud, à 3,20 mètres de la voie et à 9,58 mètres du fond de lot. En outre, le document graphique permet d'apprécier l'insertion de la construction par rapport à la maison mitoyenne et le retrait par rapport à la voie publique. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le service instructeur a ainsi été en mesure d'apprécier la conformité du projet par rapport aux dispositions de l'article UA2 6.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions à l'alignement des emprises publiques, et par rapport aux dispositions de l'article UA2 7.1 du même règlement relatif à l'implantation par rapport au front bâti. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande du permis de construire attaqué ne répond pas aux exigences des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA2-6 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire, dans sa version applicable au présent litige : " 6.1/ Tout ou partie des façades des constructions doit s'implanter à l'alignement de droit ou de fait des emprises publiques et/ou à la limite des voies et espaces communs privés et/ou à 5 m de ceux-ci. / En cas d'altération de la continuité du front bâti, cette implantation peut être refusée, sauf si elle se justifie au regard des articles 6.2 et 6.3 suivants. () / 6.3/ Des implantations autres ou cumulatives à celles autorisées ci-dessus sont autorisées : / () Pour un projet de construction intéressant la totalité ou la majeure partie d'un îlot. ().

6. Il ressort des pièces du dossier que la construction autorisée par le permis de construire initial du 14 août 2020 était implantée avec un recul en partie de 3,20 mètres et en partie de 5,95 mètres par rapport à la voie publique, et n'était pas alignée par rapport à celle-ci, mais par rapport aux constructions du lotissement " Ilot Fanal ". Le projet de construction de ce lotissement intéressant la majeure partie de l'ilot, la construction initiale pouvait ne pas être implantée à l'alignement de la voie publique. En outre, le permis de construire modificatif délivré le 3 août 2022 modifie l'implantation de la construction, avec un positionnement à l'alignement de l'allée Pierre-Jakez Helias. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la construction en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article UA2-6 du règlement du plan local d'urbanisme manque en fait et ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 du règlement du lotissement " Ilot Fanal " : " Toute construction est à réaliser dans les zones d'implantation définies au plan de règlement graphique (PA10.2) () "

8. Si les requérants soutiennent que l'arrêté du 14 août 2020 attaqué méconnaît les règles d'urbanisme comprises dans le règlement du lotissement autorisé le 26 mars 2018, il ressort des pièces du dossier que, comme indiqué au point 6, la construction initiale était implantée en retrait de la voie publique, dans la zone définie au plan de règlement graphique du lotissement. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 14 août 2020 attaqué méconnaissait les dispositions de l'article 6 du règlement du lotissement " Ilot Fanal ".

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire, dans sa version applicable au présent litige : " " Dans une profondeur maximale de 13 m, ou de 17 m si 80% des logements ont une double orientation, à partir des marges de recul édictées aux articles 6.1. à 6.3., les constructions, par rapport aux limites séparatives aboutissant aux voies, forment un front bâti en ordre continu d'une limite à l'autre. / Toutefois, si la trame urbaine le justifie, des retraits sont possibles par rapport à une ou deux de ces limites. En ce cas, tout point des constructions (hors débord de toit) doit être distant de celles-ci de 3 m minimum ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la construction initialement autorisée, dont une partie était en retrait de 2,75 mètres par rapport à l'autre, ne formait pas un front bâti en ordre continu par rapport aux limites séparatives aboutissant aux voies. Toutefois, comme indiqué au point 6, la construction initiale était insérée dans la trame urbaine du lotissement " Ilot Fanal ", dont les lots donnant sur l'allée Pierre Jakez Hélias comportent tous un retrait identique. En outre, ce retrait était distant de 3,18 mètres de la limite séparative sud, soit une distance supérieure au minimum de 3 mètres exigé par les dispositions de l'article UA 7.1. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 14 août 2020 attaqué méconnaissait les dispositions de l'article 7.1 du règlement de la zone UA2 du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article UA2 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire, dans sa version applicable au présent litige : " () Tout espace en pleine terre, laissé libre, doit être planté d'au moins un arbre de haute tige, d'au moins 2 m de haut, par tranche de 100 m². / Les essences régionales seront privilégiées (liste non exhaustive) : Sorbus torminalis (Alisier torminale), Alnus glutinosa (aulne glutineux), Betula pendula (bouleau verruqueux), Castanea sativa (Châtaignier commun), Quercus robur (chêne pédonculé), Quercus ilex (chêne vert), Sorbus domestica (Sorbier domestique), Acer campestre (érable champêtre), Fraxinus excelsior (frêne commun), Fagus sylvatica (hêtre), Prunus avium (merisier), Ulmus campestris (orme champêtre), Salix alba (saule blanc), Sorbus aucuparia (sorbier des oiseleurs), Tilia cordata (Tilleul à petites feuilles). ()".

12. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire initial ne mentionne pas l'essence de l'arbre qui sera planté dans la partie ouest du terrain d'assiette du projet, ils n'établissent pas en quoi l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article UA2 13.2 précitées, alors même que celles-ci indiquent une liste non exhaustive d'essences régionales à privilégier. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article UA2 13.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire, dans sa version applicable au présent litige : " En dehors du volume principal de la construction, les toitures terrasses doivent être aménagées et paysagées de façon minérale ou végétale ".

14. Il ressort des pièces du dossier que la construction autorisée par le permis de construire initial délivré le 14 août 2020 comportait un toit terrasse situé en dehors du volume principal de la construction pour lequel aucun aménagement paysager n'était prévu, et méconnaissait en cela les dispositions de l'article UA2 13.3 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. Toutefois, la notice jointe au permis de construire modificatif délivré le 3 août 2022 indique que ce volume sera traité en toiture terrasse inaccessible de type minéral avec du gravier roulé. Ainsi, le permis de construire modificatif du 3 août 2022 régularise le projet au regard des dispositions de l'article UA2 13.3 du règlement du plan local d'urbanisme. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

15. Il résulte de tout de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, M. et Mme H ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 14 août 2020, ni de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants soit mise à la charge de la commune de Saint-Nazaire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme H est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D H, à la commune de Saint-Nazaire, à M. I B F et Mme A C et à M. E G

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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