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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101344

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101344

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, M. A B, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité compétente ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- le préfet a omis à tort de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 25 décembre 1992, a fait l'objet d'un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français, le 21 juillet 2020. Le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 3 décembre 2020 dont M. B demande l'annulation, décidé de l'assigner à résidence pour une durée de six mois dans le département de la Sarthe.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais recodifiées par l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut prendre une décision d'assignation à résidence à l'égard de l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsque cet étranger : / () / 5° Fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () / Les huit derniers alinéas de l'article L. 561-1 sont applicables, sous réserve que la durée maximale de l'assignation ne puisse excéder une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois pour les cas relevant des 1° et 2° à 7° du présent I, ou trois fois pour les cas relevant du 1° bis. / () ". Aux termes de l'article L. 561-1 de ce code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article L. 731-3 du même code : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; / () / La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée. / (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour assigner M. B à résidence dans le département de la Sarthe pendant six mois, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe, après avoir rappelé que ce ressortissant fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dont le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré, s'est fondé, pour estimer que l'intéressé justifie être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine ou tout autre pays, sur la circonstance que depuis le 21 mai 2020, M. B ne détient plus de document de voyage en cours de validité.

4. Il résulte des termes mêmes du premier alinéa de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la possibilité d'assigner à résidence un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé, pendant une durée maximale de six mois, est subordonnée à la condition que cet étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays.

5. S'il n'est pas contesté que depuis le 21 mai 2020, M. B ne détient plus de document de voyage en cours de validité, de sorte qu'au regard de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il ne peut quitter immédiatement le territoire français, il ne résulte toutefois pas de cette seule circonstance qu'il justifie ou aurait justifié, soit être dans l'impossibilité de quitter le territoire français, soit ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait justifié d'une impossibilité d'être mis en possession d'un nouveau document de voyage, qui lui permettrait de quitter le territoire français comme de regagner son pays d'origine. Il n'en ressort pas davantage qu'il aurait justifié d'une autre circonstance le plaçant dans l'impossibilité de quitter ce territoire ou de gagner son pays d'origine ou un autre pays. Dès lors, faute qu'il ressorte du dossier que la condition d'application de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelée au point 4 ci-dessus aurait été satisfaite, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe, pour prendre l'arrêté attaqué l'assignant à résidence, s'est livré à une inexacte application des dispositions du premier alinéa de cet article et, pour cette raison, à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ifrah renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a assigné M. B à résidence est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Ifrah la somme de 1 200 euros (mille deux-cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. HUET

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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