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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101637

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101637

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 février et 15 juin 2021, M. A B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours préalable obligatoire contre la décision du 16 juin 2020 par laquelle le préfet des Yvelines a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision expresse du 21 janvier 2021 confirmant le rejet de son recours préalable ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites avant l'adoption de la décision attaquée ;

- elle méconnait l'article 21-23 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 30 octobre 1972, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à trois ans par une décision en date du 16 juin 2020 du préfet des Yvelines. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a implicitement confirmé cette décision puis, par une décision du 21 janvier 2021, a expressement rejeté le recours préalable obligatoire formé par l'intéressé.

Sur l'étendue du litige :

2. Le silence gardé par l'administration sur un recours hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que, dans cette hypothèse, des conclusions aux fins d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Dès lors, les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 21 janvier 2021, qui s'est substituée à la décision implicite portant rejet du recours formé par M. B contre la décision préfectorale du 16 juin 2020,

Sur la légalité de la décision en litige :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'" et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 du code civil et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences des articles 27 du code civil et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Aux termes de l'article de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que les décisions prises en réponse à une demande ne sont pas soumises à la procédure contradictoire préalable dont les modalités de mise en œuvre sont définies par les articles L. 122-1 et L. 122-2 de ce code. Ainsi, la décision du ministre de l'intérieur attaquée ayant été prise sur la demande de M. B, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

7. Pour confirmer l'ajournement de la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé a fait l'objet d'une procédure pour recel de vol le 16 avril 2003, d'une procédure pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduire et conduite d'un véhicule en état d'ivresse le 14 août 2005, ainsi que de procédures pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduire les 27 décembre 2007 et 3 mai 2008, et qu'en outre, son comportement au regard de ses obligations fiscales est sujet à critiques.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 10 juillet 2017, M. B était redevable d'une dette fiscale de 18 259 euros au titre des cotisations d'impôt sur le revenu et de taxe d'habitation impayées, établies sur la période couverte par les années 2005 à 2013. Si le requérant soutient avoir, depuis lors, apuré sa dette fiscale, l'administration a cependant, ainsi que le fait valoir le ministre, dû faire pratiquer, le 10 février 2020, une saisie à tiers détenteur pour un montant de 2 396 euros au titre de cotisations impayées, établies au titre des années 2016 à 2018. Dans ces conditions, le ministre a pu, sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, faire usage de son large pouvoir d'appréciation dans l'opportunité d'accorder ou non la nationalité à l'étranger qui la sollicite, pour confirmer l'ajournement à trois ans de la demande présentée par M. B, pour le motif précité.

9. Si le ministre s'est également fondé sur d'autres motifs pour prendre la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif relatif au comportement de l'intéressé au regard de ses obligations fiscales.

10. En dernier lieu, compte tenu du motif fondant la décision attaquée, la circonstance que M. B remplirait les conditions de recevabilité prévues aux articles 21-17, 21-24 et 21-27 du code civil est sans incidence sur la légalité de cette mesure, le ministre de l'intérieur n'ayant pas déclaré irrecevable la demande de l'intéressé.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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