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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101641

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101641

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNEVEU- CHARLES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 février, 24 juin et 27 août 2021, M. B A, représenté par la SELARL Neveu-Charles et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'Agence française pour l'enseignement français à l'étranger a mis fin de manière anticipée à son contrat d'expatrié à compter du 31 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière ; en effet, lors de la réunion de la commission consultative paritaire, le quorum n'était pas atteint ; le dossier soumis à la commission consultative paritaire ne comportait pas le rapport du chef d'établissement ; les droits de la défense n'ont pas été respectés ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- l'arrêté du 27 février 2007 relatif aux commissions consultatives paritaires centrales et locales à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

- et les observations de Me Neveu, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, personnel de direction hors classe, a été placé en position de détachement auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et recruté, dans le cadre d'un contrat d'expatrié, pour exercer les fonctions de proviseur du lycée Chateaubriand de Rome du 1er septembre 2019 au 31 août 2022. Par une décision du 25 septembre 2020, le directeur de l'AEFE a suspendu M. A de ses fonctions à compter du 29 septembre 2020. Puis, par une décision du 14 décembre 2020, le directeur de l'AEFE a mis fin de manière anticipée au contrat d'expatrié de M. A à compter du 31 décembre 2020. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 décembre 2020.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, d'une part, l'article D. 911-43 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, dispose : " Ces fonctionnaires sont détachés auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger pour servir, à l'étranger, dans le cadre d'un contrat qui précise la qualité de résident ou d'expatrié, la nature de l'emploi et les fonctions exercées, la durée pour laquelle il est conclu et les conditions de son renouvellement. Les types de contrat sont arrêtés par le directeur de l'agence après consultation du comité technique. Pour les expatriés, le contrat est accompagné d'une lettre qui précise leur mission. / Les personnels expatriés sont recrutés par l'agence, après avis de la commission consultative paritaire centrale compétente, hors du pays d'affectation, sur des postes dont la liste limitative est fixée chaque année par le directeur de l'agence. () ". Aux termes de l'article D. 911-52 du même code : " Il peut être mis fin de manière anticipée au contrat d'un personnel résident ou expatrié sur décision du directeur de l'agence après consultation des commissions consultatives paritaires compétentes de l'agence. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 février 2007 relatif aux commissions consultatives paritaires centrales et locales à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger : " Les commissions consultatives paritaires centrales sont consultées sur : / () / - la fin de contrat anticipée des agents contractuels de droit public de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger () "

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article D. 911-52 du code de l'éducation et de l'article 3 de l'arrêté du 27 février 2007 que, pour faire usage de son pouvoir de résiliation d'un contrat d'un agent contractuel de droit public, le directeur de l'AEFE doit préalablement consulter la commission consultative paritaire compétente.

4. D'autre part, aux termes de l'article 4 l'arrêté du 27 février 2007 précité : " Chaque commission consultative paritaire centrale comprend : / - cinq représentants titulaires de l'administration, dont le président de la commission, et un nombre égal de suppléants ; / - cinq représentants titulaires du personnel et un nombre égal de suppléants. ". Enfin, aux termes de l'article 24 du même arrêté : " Une commission consultative paritaire ne délibère valablement qu'à la condition d'observer les règles de constitution et de fonctionnement édictées par le présent arrêté. / Lors de l'ouverture de la réunion, les trois quarts au moins des membres de la commission doivent être présents. Lorsque ce quorum n'est pas atteint, une nouvelle convocation est envoyée dans un délai de huit jours aux membres de la commission qui siège alors valablement si la moitié de ses membres est présente. "

5. Les dispositions précitées, applicables aux commissions paritaires centrales, compétentes pour se prononcer sur la situation de M. A, prévoient que l'instance comprend dix membres, les membres suppléants n'étant amenés à siéger avec voix délibérative qu'en l'absence des membres titulaires qu'ils suppléent. Par suite, le quorum fixé par l'article 24 précité est atteint lorsque huit membres sont présents. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de la commission qu'étaient présents, lors de l'ouverture de la séance du 14 décembre 2020, trois représentants de l'administration et cinq représentants du personnel, soit huit membres au total. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette commission était irrégulièrement composée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la circulaire du 26 juin 2002 du directeur de l'AEFE précise que la fin de mission ne sera prononcée qu'après avis de la commission consultative paritaire à laquelle est soumise un dossier contenant l'intégralité des documents en rapport avec les faits reprochés à l'intéressé, et devant notamment comprendre un rapport circonstancié du chef d'établissement et un rapport circonstancié du chef de mission diplomatique. En l'espèce, le dossier soumis à la commission comportait une note diplomatique datée du 20 octobre 2020 relatant le contexte dans lequel est intervenue la mesure de suspension des fonctions de M. A. Si, ainsi que le fait valoir le requérant, le dossier ne comportait en revanche pas de rapport circonstancié du chef d'établissement, la mesure envisagée concernait la situation du chef d'établissement, en sorte que la formalité était sans objet.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Toutefois, en application du dernier alinéa de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. "

8. La décision de mettre fin de manière anticipée au contrat d'expatrié, dans l'intérêt du service, aux motifs de difficultés rencontrées par M. A dans la gestion de la rentrée scolaire inédite de 2020, se trouve prise en considération de la personne. Eu égard aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et du dernier alinéa de l'article L. 121-2 de ce code, l'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de fin anticipée de contrat, qu'après l'intervention d'une procédure contradictoire préalable. Toutefois, un agent public ne pouvant, en application des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 121-2 du même code, se prévaloir des dispositions du code des relations entre le public et l'administration imposant une procédure contradictoire dans les cas où la décision qui lui est opposée doit être motivée, les dispositions de l'article L. 122-1 ne sont pas applicables à la procédure contradictoire qui doit alors être menée, laquelle impose seulement que l'intéressé ait été averti de l'intention de l'administration afin d'être mis à même de demander son dossier et de faire valoir ses observations.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé, par un courriel du 30 novembre 2020, de la saisine de la commission consultative paritaire centrale le 14 décembre 2020, une fin anticipée de sa mission étant envisagée. Ce courriel, qui comportait en pièces jointes le dossier soumis à la commission, précisait en outre à l'intéressé qu'il avait la possibilité, dans un délai de huit jours, de faire parvenir ses observations écrites. M. A a eu ainsi accès à l'ensemble des éléments soumis à la commission paritaire et a d'ailleurs formé des observations écrites qui ont été soumises à la commission. Par suite, le moyen invoqué à ce titre ne saurait être accueilli.

10. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. "

11. Si M. A soutient que les stipulations précitées auraient été méconnues, il ne fait état d'aucune atteinte qui aurait été portée à son droit à un procès équitable et n'assortit donc pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En cinquième lieu, l'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut, à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre celui-ci à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation. Il n'appartient au juge de l'excès de pouvoir de censurer l'appréciation ainsi portée par l'autorité administrative qu'en cas d'erreur manifeste.

13. Pour prononcer la fin de mission anticipée litigieuse, le directeur de l'AEFE s'est fondé sur l'intérêt du service, eu égard aux difficultés rencontrées par M. A dans la gestion de la rentrée scolaire inédite de 2020, aux problèmes relationnels avec certains parents d'élèves et son équipe, aux problèmes de communication ayant entraîné une perte de confiance et de la défiance de la communauté scolaire, irréversibles à son endroit.

14. Il ressort des pièces du dossier que la gestion de la rentrée scolaire 2020-2021 au sein de l'établissement Chateaubriand à Rome a été complexe à raison du contexte sanitaire lié à l'épidémie de covid-19, et aux mesures prises par le gouvernement italien autorisant la reprise des cours à condition que soit respectée une distanciation physique d'un mètre entre les élèves. A raison de cette contrainte, et de l'espace disponible dans les locaux du lycée, la rentrée ne pouvait se faire sur site en classes complètes. Une solution de dédoublement des classes, entraînant une diminution des heures de cours, a été mise en place sur l'impulsion de M. A. Il ressort des pièces du dossier que certains parents d'élèves ont fortement contesté les solutions adoptées par la direction de l'établissement, reprochant au proviseur son manque de communication et remettant en cause son professionnalisme. Si ces critiques véhémentes, relayées par la presse nationale tant en Italie qu'en France, n'étaient pas partagées par la majorité des parents d'élèves et notamment par l'association représentative des parents d'élèves, M. A a cependant été alerté à plusieurs reprises, tant par l'ambassade que par l'AEFE, sur la nécessité de renforcer sa communication à destination des familles dans un contexte d'une rentrée scolaire complexe pour tous. Ainsi, des réunions ont été organisées, avec le soutien de l'ambassade, en présence des parents d'élèves afin d'envisager les différentes solutions possibles afin de tenter de répondre aux questions soulevées. Pour autant, malgré ces efforts, les tensions ont perduré. La mission de l'AEFE dépêchée à Rome en octobre 2020 a mis en évidence un manque de communication de M. A notamment vis-à-vis des parents d'élèves. En outre, il ressort des pièces du dossier que des dissensions importantes sont apparues entre M. A et son adjointe. Dès lors, les conditions pour un apaisement de la situation à la suite de cette rentrée scolaire complexe n'apparaissaient pas réunies. La circonstance que M. A ait toujours été très bien noté avant son arrivée à Rome est sans incidence sur le constat des difficultés rencontrées par l'intéressé pour s'adapter à un nouvel environnement professionnel. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des responsabilités qui étaient celles de M. A, dirigeant un établissement français à l'étranger, du fort mécontentement exprimé par un groupe de parents d'élèves ayant réuni environ 300 signatures pour remettre en cause les conditions de la rentrée au lycée Châteaubriand, mécontentement relayé par la presse nationale tant en France qu'en Italie, et des tensions générées par cette situation que l'intéressé n'a pas su apaiser, quand bien même une partie de l'équipe éducative lui aurait conservé sa confiance, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur de l'AEFE a entaché sa décision de mettre fin, dans l'intérêt du service, de façon anticipée à son contrat d'expatrié d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'AEFE qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIELa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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