vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2101658 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 13 février 2021 et le 10 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si l'aide juridictionnelle lui est accordée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- si l'illégalité d'un des deux motifs devait être retenue, il conviendrait de procéder à une neutralisation de motifs, la décision attaquée pouvant être fondée sur le défaut d'insertion professionnelle du demandeur ou le motif tiré de son comportement.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 aout 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 mai 2024 à 9 heures 45.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien, né le 29 aout 1972, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès du préfet du Rhône, lequel, proposant d'accorder la naturalisation à l'intéressé, a transmis au ministre de l'intérieur la demande. Par une décision du 27 avril 2020, le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de M. A aux motifs tirés de son défaut d'insertion professionnelle et d'un comportement sujet à critiques. L'intéressé a, pour contester cette décision, saisi d'un recours gracieux le ministre de l'intérieur, qui l'a rejeté par une décision du 18 novembre 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 18 novembre 2020 confirmant la décision d'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Par conséquent, si M. A dirige sa requête contre la décision du 18 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre la décision du 27 avril 2020 par laquelle cette même autorité a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ses conclusions et moyens doivent être regardés comme étant également dirigés contre cette décision initiale du ministre.
4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.
5. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. A, le ministre s'est fondé sur deux motifs, le premier étant tiré de que l'intéressé n'a, en France, ni activité professionnelle depuis l'année 2013, ni ressources propres pour subvenir, par lui-même, à l'ensemble de ses besoins.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été engagé par la société " Le Ménestrel ", qui exploite une discothèque à Lyon, à compter du 14 juin 2013, à raison de 12 heures par mois réparties sur deux soirées dans le mois de 23h à 5h, en qualité d'employé de discothèque en extra, pour une durée indéterminée. A compter du 5 octobre 2019, son horaire de travail a été porté à 27 heures par semaine et l'intitulé de son poste est devenu " agent de sécurité de discothèque non cadre, niveau 1 et échelon 3 ". Le requérant se prévaut de ces contrats de travail pour soutenir que le ministre a commis une erreur de fait en considérant qu'il ne justifiait d'aucune activité professionnelle depuis 2013. Il ressort cependant des avis d'imposition produits par le ministre que M. A n'a déclaré aucun revenu imposable en 2014 et des revenus nettement inférieurs à 1 000 euros en 2013, 2015 et 2016. Au titre de l'année 2019, il ressort de son bulletin de salaire de décembre 2019 que le montant cumulé de ses salaires imposables s'est élevé à 3 863 euros. S'agissant de l'année 2020, la crise sanitaire ayant entrainé la fermeture de la discothèque à compter du mois de mars, l'insertion professionnelle du requérant est demeurée incertaine, alors même qu'il a bénéficié d'indemnités de chômage partiel. Aussi, si le ministre a commis une erreur de fait en opposant à M. A une absence totale d'activité professionnelle, cette erreur n'est pas de nature à justifier l'annulation des décisions attaquées, l'intéressé ne démontrant pas qu'à la date de ces décisions, il tirait de son activité professionnelle des revenus lui procurant une autonomie financière stable. La circonstance, invoquée par l'intéressé, que la névralgie cervico-brachiale gauche et la tendinopathie du supra épineux à l'épaule gauche dont il est atteint lui occasionnent des douleurs, liées, selon les pièces médicales du dossier, à la pratique intensive de la boxe et non à son activité professionnelle, ne saurait suffire à établir que le ministre de l'intérieur, en lui opposant l'insuffisance de son insertion professionnelle, aurait pris une mesure discriminatoire fondée sur le handicap, en violation des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant le motif tiré de l'incomplétude de l'insertion professionnelle du requérant.
7. Le ministre de l'intérieur s'est également fondé sur un second motif tiré de ce que l'intéressé a fait l'objet d'une procédure pour violences volontaires par conjoint ou concubin avec interruption temporaire de travail de moins de huit jours, faits commis à Lyon le 22 avril 2006.
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'enquête administrative menée par le préfet, que M. A a fait l'objet d'une procédure pour le motif susvisé, qui a fait l'objet d'un rappel à la loi le 30 mai 2006. Toutefois, si les faits en cause ne sont pas dépourvus de gravité, ils remontaient à quatorze ans aux dates des décisions d'ajournement attaquées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. A ait été signalé aux services de police ou de gendarmerie depuis 2014. Il résulte toutefois de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision d'ajournement à deux ans s'il n'avait retenu que le seul motif tiré de l'insuffisance des ressources de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que le second motif serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme inopérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des deux décisions des 27 avril et 18 novembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Yannis Lantheaume.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
J-K. B
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026