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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101663

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101663

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrée le 10 février 2021, M. D A, représenté par Me Antoine Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet de la Loire-

Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par décision du 10 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

19'septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 22'novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant marocain né en 1986, déclare être entré en France le 13'juillet 2011. Il a épousé le 11 mai 2018 une ressortissante française, Madame C B et a sollicité un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 22 septembre 2020, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique, a refusé de faire droit à sa demande.

2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour à M. A, qui vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales, les articles L. 313-11 et 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, indique ainsi avec une précision suffisante ses fondements légaux. En outre, et contrairement à ce que soutient M. A, cette décision fait état des circonstances propres à sa situation personnelle et familiale, le préfet s'étant fondé sur la très grave atteinte à l'ordre public qu'il

représente. Par suite, la décision attaquée, contrairement à ce que soutient le requérant, est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () "

4. Il ressort du bulletin n° 2 du casier judiciaire de Monsieur A qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 24 mai 2012 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour tentative de vol en réunion, le 19 octobre suivant par le même tribunal correctionnel à deux mois d'emprisonnement pour entrée et séjour irrégulier, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants, le 19 septembre 2013 par le tribunal correctionnel d'Angers à huit mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et à deux mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique, le 13 mars 2015 par le même tribunal a deux mois d'emprisonnement pour la même infraction, puis le 3 juin 2016 par la cour d'assises d'Indre-et-Loire à huit mois d'emprisonnement, interdiction définitive du territoire français et interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans pour extorsion en bande organisée commis avec une arme. Eu égard au caractère répété des infractions commises par l'intéressé et à leur gravité, Monsieur A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile en lui refusant le titre sollicité au motif de

l'atteinte à l'ordre public qu'il représente.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Monsieur A se prévaut de la durée de son séjour en France, plus de neuf ans à la date de la décision attaquée, et de la circonstance qu'il a épousé une ressortissante française en 2018. Il est toutefois constant qu'il s'est maintenu sur le territoire de façon continue en méconnaissance de la réglementation relative au séjour. S'il se prévaut de son mariage avec

Madame B, il n'est pas établi que ce lien personnel présentait à la date de la décision contestée une ancienneté et une stabilité significatives, dès lors qu'il était incarcéré à cette date et qu'il ne produit aucun élément relatif à sa situation conjugale. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas, au demeurant, allégué que l'intéressé n'aurait pas conservé des attaches personnelles au Maroc, où il a vécu la plus grande part de sa vie. Ainsi, la décision refusant de l'admettre au séjour ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but qu'elle poursuit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Et, enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté en litige, et dont les dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 313-2'".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du

9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. Monsieur A ne justifie d'aucun élément de nature à justifier ne serait-ce que d'un début d'insertion professionnelle. Les éléments qu'il fait valoir ne constituent par ailleurs pas des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, en refusant une telle admission, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation globale de l'intéressé au regard du large pouvoir dont il dispose en matière de régularisation, et n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Antoine Laplane et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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