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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101667

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101667

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDIEUDONNE DE CARFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2021, M. A B, représenté par Me Dieudonné de Carfort demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 13 juin 2019 contre la décision du préfet du Val-de-Marne du 24 avril 2019 ayant rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française, ensemble la décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française par naturalisation ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet du ministre est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article 27 du code civil ;

- l'entretien n'a duré que 25 à 30 minutes, ce qui est très court pour répondre à 15 questions ; il a donné plusieurs bonnes réponses ; il présente un bégaiement qui s'accentue dans les situations de stress ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est entré sur le territoire français en novembre 1994 ; il a été détenteur de six titres de séjour et de deux cartes de résident, est père de trois enfants scolarisés et travaille en qualité d'agent de conditionnement à la faveur d'un contrat à durée indéterminée ; il démontre une bonne maîtrise de la langue française en dépit de son bégaiement.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 24 avril 2019 sont irrecevables dès lors que sa décision implicite de rejet s'est substituée à cette décision ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 décembre 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 24 avril 2019, le préfet de Val-de-Marne a rejeté la demande de naturalisation présentée par M. A B, ressortissant congolais. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 13 juin 2019, le ministre de l'intérieur a, par une décision implicite de rejet qui s'est substituée à la décision du préfet du Val-de-Marne, rejeté ce recours. M. B demande l'annulation de cette décision implicite de rejet ainsi que celle de la décision préfectorale du 24 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du préfet du Val-de-Marne du 24 avril 2019 :

2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 13 juin 2019 s'est substituée à la décision explicite du préfet du Val-de-Marne du 24 avril 2019. Dès lors, les conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de cette dernière décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé la communication des motifs de la décision ministérielle rejetant implicitement son recours préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes du mémoire en défense que le ministre de l'intérieur a, par cette décision implicite, rejeté la demande de naturalisation en se fondant sur le même motif que celui retenu par le préfet du Val-de-Marne aux termes de sa décision du 24 avril 2019. La décision attaquée a ainsi été prise au motif tiré de ce que les réponses de M. B au cours de l'entretien d'assimilation du 8 mars 2019 témoignaient d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de France et aux règles de la vie en société.

7. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ". Aux termes de l'article 41 du même décret : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande. / Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien d'assimilation du 8 mars 2019, que le requérant n'a pas pu répondre à plusieurs questions simples qui lui ont été posées à l'occasion de cet entretien et portant notamment sur la signification du 14 juillet 1789, du 11 novembre 1918 et du 8 mai 1945, les dates de début des deux Guerres Mondiales, le nombre d'Etats membres de l'Union européenne. Il en ressort également qu'il n'a pas pu citer le nom des départements et régions d'Outre-Mer, des membres du gouvernement français, du maire de sa commune, qu'il n'a pu désigner ni fleuve ni chaîne montagneuse français et qu'il n'a su indiquer le nom que de deux présidents de la Cinquième République. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il était stressé et que cette tension a accentué le bégaiement dont il est affecté, et qu'il justifie par la production de deux certificats médicaux, il ressort du compte rendu de l'entretien d'assimilation que M. B a été capable de s'exprimer " très correctement " en langue française et qu'il a par ailleurs été en mesure d'apporter plusieurs réponses satisfaisantes aux questions qui lui ont été posées. Enfin, si le requérant fait valoir que son entretien n'a duré que 25 à 30 minutes, il ressort, en tout état de cause, du compte-rendu que le nombre de questions qui lui ont été posées était suffisant pour permettre l'appréciation de son degré d'assimilation à la société française par son niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et des institutions, principes et valeurs de la République française. Dans ces conditions, eu égard aux lacunes, susmentionnées, présentées dans les réponses du requérant, et nonobstant les bonnes réponses qu'il a pu apporter, le ministre a pu rejeter la demande de naturalisation de M. B pour le motif mentionné au point 6 du présent jugement sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles M. B serait inséré, notamment professionnellement et familialement, dans la société française et y résiderait depuis de nombreuses années sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, compte tenu du motif qui la fonde.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dieudonné de Carfort.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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