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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101749

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101749

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2021, Mme A B épouse C, représentée par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020 ayant ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et a confirmé cet ajournement, ensemble cette dernière décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.

Elle soutient que :

- la décision ministérielle attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation n'a pas été examinée dans son ensemble, en méconnaissance des circulaires du 16 octobre 2012 et du 21 juin 2013 ; elle a fait preuve de persévérance dans ses efforts pour s'insérer professionnellement, est titulaire de trois contrats à durée indéterminée, réalise une activité bénévole et a élevé quatre enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sa décision du 23 novembre 2020 s'étant substituée à celle du préfet de l'Isère du 9 juin 2020, les conclusions dirigées contre cette dernière sont irrecevables ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme B épouse C a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 août 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 juin 2020, le préfet de l'Isère a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme A B épouse C, ressortissante algérienne. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 23 novembre 2020, qui s'est substituée à la décision du préfet de l'Isère, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement ainsi prononcé. Mme A B épouse C demande l'annulation de la décision ministérielle du 23 novembre 2020 ainsi celle de la décision préfectorale.

Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020 :

2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du ministre en date du 23 novembre 2020 s'est substituée à la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020. Dès lors, les conclusions de l'intéressée tendant à l'annulation de cette dernière décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables et les moyens soulevés à l'encontre de cette décision sont inopérants et doivent être écartés.

Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision ministérielle du 23 novembre 2020 :

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susmentionné : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de l'insertion professionnelle du postulant ainsi que son degré d'autonomie matérielle, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.

5. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'". Il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 23 novembre 2020, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme A B épouse C, le ministre de l'intérieur, qui n'avait pas à énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision, s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si, à la date de la décision attaquée, Mme B épouse C était titulaire de trois contrats à durée indéterminée, en qualité d'employée familiale et d'agente d'entretien, pour un total de 137 heures mensuelles, elle avait déclaré, au titre des années 2017, 2018 et 2019 des salaires d'un montant annuel respectif limité à 10 950, 11 054 et 8 449 euros. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'attestation de la caisse d'allocations familiales du 9 mai 2019 que Mme B épouse C et son conjoint, parents de quatre enfants, étaient bénéficiaires, à cette date, du versement de prestations familiales pour un montant de 1 067,70 euros mensuel. Dans ces conditions, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre, qui a bien procédé à un examen de la situation de l'intéressée, a pu légalement, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de fait, considérer que Mme B épouse C n'avait pas réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes et ajourner, pour ce motif, la demande de naturalisation de la requérante.

7. En dernier lieu, Mme B épouse C ne peut utilement se prévaloir du contenu des circulaires du 16 octobre 2012 et du 21 juin 2013, qui ne présentent pas de caractère réglementaire et dont les énonciations ne constituent pas des lignes directrices dont l'intéressée pourrait se prévaloir devant le juge.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B épouse C ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

La greffière,

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