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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101771

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101771

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantBEN YOUNES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 14 février 2021, sous le numéro 2101771, M. B A, représenté par Me Ben Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 28 mai 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée compte tenu de l'insuffisante motivation de la décision préfectorale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par une décision du 6 mai 2021 qui s'est substituée à la décision attaquée, il a rejeté le recours hiérarchique formé par M. A et a confirmé le rejet de sa demande de naturalisation, de sorte que les conclusions d'annulation dirigées contre sa décision implicite initiale sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II - Par une ordonnance de renvoi du 1er juillet 2021, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée par M. A.

Par une requête enregistrée le 14 février 2021, sous le numéro 2107355, M. B A, représenté par Me Ben Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 28 mai 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée compte tenu de l'insuffisante motivation de la décision préfectorale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par une décision du 6 mai 2021 qui s'est substituée à la décision attaquée, il a rejeté le recours hiérarchique formé par M. A et a confirmé le rejet de sa demande de naturalisation, de sorte que les conclusions d'annulation dirigées contre sa décision implicite initiale sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III - Par une requête enregistrée le 17 juillet 2021, sous le numéro 2107998, M. B A, représenté par Me Ben Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 28 mai 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par une décision du 6 mai 2021 qui s'est substituée à la décision attaquée, il a rejeté le recours hiérarchique formé par M. A et a confirmé le rejet de sa demande de naturalisation, de sorte que les conclusions d'annulation dirigées contre sa décision implicite initiale sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par trois requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. A, ressortissant syrien né en 1996, demande au tribunal l'annulation de la décision implicite et de la décision du 6 mai 2021 par lesquelles le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 28 mai 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Le 6 mai 2021 est intervenue une décision expresse de rejet du recours formé contre la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 28 mai 2020. Il y a lieu, par suite, de regarder les conclusions présentées par M. A comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision expresse du ministre de l'intérieur du 6 mai 2021 rejetant ce recours et maintenant l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation du requérant. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur sont, comme le fait valoir ce dernier en défense, irrecevables et doivent être rejetées.

3. La décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit qui la fondent, le ministre n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du postulant. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté. Il ressort en outre de cette motivation que le ministre de l'intérieur a procédé à un examen suffisant de la situation particulière de M. A.

4. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française.

5. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. A, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement du postulant est sujet à caution au motif qu'il a fait l'objet d'une composition pénale pour des faits de travail dissimulé commis du 1er août 2010 au 14 juin 2011.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est rendu coupable de faits d'exécution d'un travail dissimulé, en sa qualité de gérant, du 14 juin 2011 au 1er août 2011, sanctionnés par une composition pénale validée le 3 octobre 2011 par le président du tribunal de grande instance de Bobigny consistant dans le versement d'une amende de 1 000 euros. Ces faits ne sont pas dépourvus de gravité et ne présentaient pas à la date à laquelle la décision attaquée a été prise un caractère exagérément ancien de sorte que le ministre de l'intérieur a pu les prendre en compte pour apprécier le comportement de M. A. Si la décision est entachée d'une erreur de fait dans l'indication des limites temporelles des faits délictuels en cause, il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur la seule période du 14 juin 2011 au 1er août 2011. Dans ces conditions, quand bien même ces faits présentent un caractère isolé et que M. A a acquitté l'amende susmentionnée dans le délai qui lui était imparti pour le faire, le ministre de l'intérieur a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, ajourner pour la brève période de deux ans la demande de naturalisation de M. A pour ce motif sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

7. La décision litigieuse a été prise en opportunité par le ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, de sorte que le requérant ne peut utilement se prévaloir que sa demande de naturalisation remplit les conditions de recevabilité énoncées par le code civil, pas davantage que de la méconnaissance de la circulaire du 21 juin 2013 du ministre de l'intérieur, qui ne présente pas de caractère réglementaire.

8. La décision par laquelle une demande d'acquisition de la nationalité française est rejetée ou ajournée n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la personne qui la sollicite. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2101227, 2107355, 2107998

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