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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101872

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101872

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, M. A B, représenté par Me Régent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-malienne du

26 septembre 1994 et les dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2021, le 7 juin 2021 et le

12 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il sollicite une substitution de base légale et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mars 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né en 1997, est entré en France en 2015, alors âgé de 17 ans. Il a bénéficié, de 2015 à 2020, de titres de séjour en qualité d'étudiant et suivi des études de comptabilité et gestion au sein de l'établissement " INTEC Nantes ". Par une décision du

25 janvier 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention "étudiant". () ". Aux termes de l'article 9 de la convention conclue entre la France et le Mali le 26 septembre 1994 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions n'excluent pas la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat et conformément à la législation de celui-ci des cycles de formation ou des stages dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'Etat d'origine. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Aux termes de l'article 15 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par la législation de l'Etat d'accueil. ". Lorsque le préfet est saisi par un étranger d'une demande tendant à la délivrance ou au renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions et de ces stipulations, il lui appartient, sous le contrôle du juge, de s'assurer du caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressé.

3. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant ", en application de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des stipulations précitées de l'article 15 de la convention conclue entre la France et le Mali le

26 septembre 1994, que l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants du Mali désirant poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser la délivrance du titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de droit.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. La décision de refus de titre de séjour portant la mention " étudiant " en litige, motivée par l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies, trouve son fondement dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-malienne. Ces stipulations peuvent être substituées à celles de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations. Par conséquent, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est inscrit depuis la rentrée scolaire 2015 à l'Institut national des techniques économiques et comptable (INTEC) de Nantes. Si l'intéressé n'a obtenu aucun diplôme durant cette période de scolarité, il ressort des pièces du dossier que son établissement scolaire, affilié au conservatoire national des arts et métiers (CNAM), autorise, à titre dérogatoire, l'inscription aux cours du diplôme supérieur de gestion et de comptabilité (DSGC) des personnes n'ayant pas validé la totalité des unités d'enseignements du diplôme de gestion et de comptabilité (DGC). L'intéressé a ainsi été admis, au titre de l'année scolaire 2020-2021, à la préparation d'unités d'enseignements entrant dans la composition du DSCG, justifiant ainsi d'une évolution dans son parcours. Par ailleurs, dans le cadre de son cursus, M. B a réalisé deux stages conventionnés par l'INTEC, l'un au sein d'un cabinet d'expertise comptable du 8 octobre 2018 au 8 février 2019, l'autre au sein d'un cabinet d'avocats du 8 avril au 30 juin 2020. Enfin, pour justifier des faibles résultats qu'il a obtenus aux examens, en particulier en 2017 et 2018, M. B soutient qu'il a dû prendre soin de son père, qui présente un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% qui nécessite une aide régulière. Il produit à l'appui de ces allégations la déclaration d'intervenant de son père le désignant comme 1er aidant familial et une procuration sur le compte bancaire de son père. Dans ces circonstances, le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation en estimant que les études en France de M. B n'étaient ni réelles ni sérieuses. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant ".

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour " étudiant " à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B un titre de séjour " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Régent la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Régent et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

La rapporteuse,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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