mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2102102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPLANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2021 et 22 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 4 décembre 2020 par laquelle la commission de discipline du centre pénitentiaire de Nantes l'a sanctionné de dix jours de cellule disciplinaire ;
2°) d'enjoindre à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes de réexaminer son recours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, dès lors que son recours préalable n'était pas tardif.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 aout 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que le recours du requérant n'aurait pu prospérer compte tenu de la nature des faits commis et que les moyens qu'il soulève ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de procédure civile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pons,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes du 4 août 2020 au 21 mai 2021. Par une décision du 4 décembre 2020, la commission de discipline du centre pénitentiaire l'a sanctionné de dix jours de cellule disciplinaire. Le requérant a formé un recours administratif préalable obligatoire le 21 décembre 2020 contre cette sanction. Par une décision du 23 décembre 2020, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté ce recours administratif au motif de sa tardiveté. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".
3. A moins qu'un texte n'en dispose autrement, les délais de procédure administrative contentieuse sont francs et les délais de procédure administrative sont non francs. Dans le silence des textes, et en l'absence de référence au délai de recours contentieux, le délai de quinze jours, prévu par l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, dont dispose la personne détenue pour former un recours administratif préalable obligatoire contre la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline n'est pas un délai franc. Toutefois, en vertu de la règle rappelée à l'article 642 du code de procédure civile, dans les cas où ce délai de recours, qui n'est pas un délai franc, expire normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 4 décembre 2020 par laquelle la commission de discipline du centre pénitentiaire de Nantes a infligé à M. B une sanction de dix jours de cellule disciplinaire a été notifiée le même jour à l'intéressé et précisait, d'une part, que cette décision pouvait être contestée auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, d'autre part, que ce recours, conformément aux dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, constituait un préalable à tout recours contentieux ultérieur. Ainsi, le délai de quinze jours dont M. B disposait pour contester cette sanction auprès de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes expirait le 21 décembre 2020. Le recours administratif préalable obligatoire de M. B ayant été adressé par courriel à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Rennes le 21 décembre 2020 à 21h42, ce recours était recevable, et c'est donc à tort que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté ce recours comme tardif.
5. L'administration peut toujours, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. En l'espèce, le ministre, en soutenant que le recours du requérant n'aurait pu prospérer compte tenu de la nature des faits commis, doit être regardé comme demandant une substitution de motifs. Toutefois, le recours administratif préalable obligatoire de M. B a été rejeté pour irrecevabilité par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes et n'a donc pas été examiné. Dès lors que la substitution sollicitée est de nature à priver le requérant d'une garantie procédurale liée à l'examen de ce recours par l'autorité supérieure, il ne peut être fait droit à la demande présentée par le ministre.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, la décision du 23 décembre 2020 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes réexamine le recours administratif préalable obligatoire formé le 21 décembre 2020 par M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à ce titre à Me Laplane, avocat de M. B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve que Me Laplane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
D E C I D E :
Article 1er : La décision en date du 23 décembre 2020 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes de réexaminer le recours administratif préalable obligatoire formé le 21 décembre 2020 par M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait.
Article 3 : L'Etat versera à Me Laplane, avocat de M. B, la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laplane et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
M. Pons, premier conseiller,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. PONS
Le président,
C. CANTIÉLa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. DUMONTEIL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026