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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102103

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102103

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARDOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 février 2021 et le 21 décembre 2022, la SCI du Plessis et M. C D, représentés par Me Bardoul, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a mis en demeure la SCI du Plessis et M. D de régulariser leurs plans d'eau et de respecter les dispositions prévues à l'article L. 214-18 du code de l'environnement ;

2°) dire et juger que les étangs sis au lieu-dit Le Plessis, à La Salle-de-Vihiers, sur la commune de Chemillé-en-Anjou sur les parcelles cadastrées section B n°s 514, 518 et 522 doivent être regardés comme étant fondés en titre ;

3°) dire et juger que les étangs sis au lieu-dit Le Plessis, à La Salle-de-Vihiers, sur la commune de Chemillé en Anjou sur les parcelles cadastrées section B n°s 514, 518 et 522 sont conformes aux dispositions de l'article L. 214-18 du code de l'environnement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision méconnaît l'article L. 214-6 du code de l'environnement, les étangs litigieux étant fondés en titre et dès lors réputés autorisés ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, le préfet n'apportant aucun élément prouvant que les prescriptions de l'article L.214-18 du code de l'environnement ne sont pas respectées ;

- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits, les plans d'eau en litige n'étant pas implantés dans le lit mineur d'un cours d'eau au sens de l'article L 215-7-1 du code de l'environnement ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article 1E-3 du schéma régional d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire-Bretagne ;

- les mesures prescrites par l'arrêté attaqué sont soumises à des délais trop brefs et auraient des conséquences écologiques et sur la sécurité incendie.

Une mise en demeure a été adressée le 13 septembre 2022 au préfet de Maine-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

L'instruction a été close le 30 mai 2023 par une ordonnance du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Bardoul, avocate de la SCI du Plessis et de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI du Plessis et M. C D sont propriétaires de trois plans d'eaux situés au lieu-dit " Le Plessis " sur les parcelles cadastrées B514, B518 et B522 à La-Salle-de-Vihiers, sur le territoire de la commune de Chemillé-en-Anjou (Maine et Loire). A la suite d'un rapport de manquement administratif établi le 2 décembre 2020, le préfet de Maine et Loire a, par un arrêté du 23 décembre 2020 dont les requérants demandent l'annulation, mis en demeure M. D de régulariser ses plans d'eau et de respecter les dispositions prévues à l'article L. 214-18 du code de l'environnement.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier. Toutefois, l'acquiescement ne peut porter que sur les faits à l'exclusion de toute question de droit et de qualification juridique des faits.

3. En l'espèce, la requête a été communiquée le 25 février 2021 au préfet de Maine-et-Loire qui a été mis en demeure le 13 septembre 2022 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est toutefois demeurée sans effet à la date de la clôture de l'instruction, fixée au 30 mai 2023. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, le préfet de Maine-et-Loire doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits exposés dans la requête de la SCI du Plessis et de M. D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 17 mars 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 mars 2020, M. A B, directeur départemental des territoires et signataire de la décision attaqué, a reçu délégation du préfet du Maine et Loire aux fins de signer notamment les décisions de mise en demeure et prononçant des sanctions suite à constat de non-conformité ou de manquement à la réglementation de l'eau et des milieux aquatiques. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire manque en fait et doit être écarté.

Sur la reconnaissance des droits fondés en titre :

5. Aux termes de l'article L 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ". Aux termes de l'article L. 214-6 du même code : " " () II. Les installations, ouvrages et activités déclarés ou autorisés en application d'une législation ou réglementation relative à l'eau antérieure au 4 janvier 1992 sont réputés déclarés ou autorisés en application des dispositions de la présente section. Il en est de même des installations et ouvrages fondés en titre () ".

6. Sont notamment regardés comme fondés en titre ou ayant une existence légale, les plans d'eau et cours d'eau non domaniaux qui, soit ont fait l'objet d'une aliénation comme bien national, soit sont établis en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux. Une prise d'eau ou une retenue d'eau est présumée établie en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux dès lors qu'est prouvée son existence matérielle avant cette date. La preuve de cette existence matérielle peut être apportée par tout moyen.

7. Il ressort des pièces du dossier que la présence d'un étang sur la propriété de M. D antérieurement à l'abolition des droits féodaux est attestée par l'acte notarié du 13 août 1676 retranscrit et produit dans la présente instance. Toutefois, cet acte ne mentionne que la présence d'un seul étang, dont la localisation exacte n'est pas connue. En outre, il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'expertise effectué à la demande du requérant par la société A.T.M.O, que les étangs en litige ne figurent ni sur la carte de Cassini établie au XVIIIe siècle, ni sur la carte d'état-major établie au XIX è siècle. En revanche, deux étangs apparaissent sur une carte IGN de 1950. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'existence matérielle des trois étangs antérieurement à l'abolition des droits féodaux. Ainsi, ces plans d'eau ne peuvent être regardés comme fondés en titre. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que les étangs en litige peuvent bénéficier des dispositions prévues au II de l'article L. 214-6 du code de l'environnement précitées et être réputés déclarés ou autorisés. Il en résulte que le moyen tiré de ce que l'arrêté de mise en demeure attaqué méconnaîtrait les dispositions de cet article doit être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article L. 214-8 du code de l'environnement

8. Aux termes de l'article L. 214-8 du code de l'environnement : " Tout ouvrage à construire dans le lit d'un cours d'eau doit comporter des dispositifs maintenant dans ce lit un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces vivant dans les eaux au moment de l'installation de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, des dispositifs empêchant la pénétration du poisson dans les canaux d'amenée et de fuite. / Ce débit minimal ne doit pas être inférieur au dixième du module du cours d'eau en aval immédiat ou au droit de l'ouvrage correspondant au débit moyen interannuel, évalué à partir des informations disponibles portant sur une période minimale de cinq années, ou au débit à l'amont immédiat de l'ouvrage, si celui-ci est inférieur. (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D établit avoir fait construire un " moine d'étang " complémentaire permettant de régler le débit d'eau de ses étangs en 2015, suite à la première inspection effectuée par les services de la direction départementale des territoires de Maine-et-Loire. Ni le rapport de manquement du 2 décembre 2020 ni l'arrêté attaqué ne mentionnent ce dispositif, alors que M. D a indiqué dans ses observations en réponse à ce rapport avoir mis en place cet ouvrage. Il en résulte que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait sur l'absence d'équipement des plans d'eaux par un dispositif permettant de restituer le débit minimum biologique et sur la non-conformité de ces plans d'eaux aux dispositions de l'article L. 214-18 du code de l'environnement.

Sur la méconnaissance de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement

10. Aux termes de l'article L 215-7-1 du code de l'environnement : " " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales. "

11. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'expertise réalisé par la société A.T.M.O à la demande de M. D, que le lit d'écoulement présent sur sa propriété ne possède pas de source, ni de lit naturel, et présente des débits insuffisants la majeure partie de l'année. Ainsi, cet écoulement ne répond pas aux critères de qualification d'un cours d'eau, mais correspond à un fossé. En l'absence d'éléments contraires dont justifierait le préfet de Maine-et-Loire, M. D et la SCI du Plessis sont ainsi fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits, les plans d'eau en litige n'étant pas implantés dans le lit mineur d'un cours d'eau au sens de l'article L 215-7-1 du code de l'environnement.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a mis en demeure la SCI du Plessis et M. D de régulariser leurs plans d'eau et de respecter les dispositions prévues à l'article L. 214-18 du code de l'environnement doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État, le versement d'une somme de 1'500 euros au titre des frais exposés par la SCI du Plessis et M. D.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a mis en demeure la SCI du Plessis et M. D de régulariser leurs plans d'eau et de respecter les dispositions prévues à l'article L. 214-18 du code de l'environnement est annulé.

Article 2 : L'État versera à la SCI du Plessis et M. D une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Plessis, représentant unique des requérants, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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