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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102152

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102152

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMFENJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2021, Mme B A, représentée par Me Mfenjou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2020 du ministre de l'intérieur a substitué à la décision du 14 février 2020 du Préfet de police de Paris une décision ajournant à deux ans sa demande de naturalisation à compter du 14 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle vit de son travail, elle a brillé par le travail et ses formations diverses ; elle est rentrée en France munie d'un visa régulier, n'a jamais souhaité se maintenir sans régulariser sa situation et n'est pas connue des forces de l'ordre ; elle est bien intégrée socialement et maîtrise parfaitement l'histoire et la langue françaises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité

Par ordonnance du 13 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 21 novembre 1968, demande au tribunal d'annuler la décision du 7 décembre 2020 du ministre de l'intérieur ajournant à deux ans sa demande à compter du 14 février 2020, laquelle décision s'est substituée à celle du 14 février 2020 du Préfet de police de Paris.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant.

3. Pour ajourner à deux ans la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme A, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressée ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, produites par le ministre de l'intérieur, et n'est pas contesté, qu'à la date de la décision attaquée Mme A exerçait son activité professionnelle sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, à hauteur de 20 heures hebdomadaires, depuis le 1er septembre 2016, en qualité de serveuse, et que ses revenus s'élevaient, au titre des années 2019 à 2017, respectivement à 9 278,52 euros, 9 072 euros et 8 733,51 euros. Ainsi, Mme A ne contredit pas sérieusement le motif de la décision attaquée en soutenant qu'elle vit de son travail et qu'elle a réussi par le travail et par ses formations diverses, et en produisant diverses attestations de suivi de formations en 2007, 2010 et 2011. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à la ressortissante étrangère qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de Mme A pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième et dernier lieu, les circonstances selon lesquelles Mme A est rentrée régulièrement en France munie d'un visa, n'a jamais souhaité se maintenir sans régulariser sa situation, n'est pas connue des forces de l'ordre, est bien intégrée socialement et maîtrise parfaitement l'histoire et la langue françaises, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYERLa présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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