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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102173

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102173

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2102172 enregistrée le 25 février 2021, Mme B C, représentée par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-27 du 8 février 2021 par lequel le maire de la commune de Montigné-le-Brillant (Mayenne) a ordonné le placement d'un de ses chevaux dans un lieu de dépôt ;

2°) d'enjoindre à la commune de Montigné-le-Brillant de lui restituer tous ses animaux, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montigné-le-Brillant une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, car il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire à défaut de lui avoir laissé un délai suffisant pour remédier à la divagation de son cheval ;

- il est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'il ne lui a pas été laissé un délai suffisant pour se conformer aux prescriptions de la mise en demeure qui lui a été adressée, la décision ayant été prise le même jour que la mise en demeure ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ordonne le placement de l'animal dans un lieu de dépôt le même jour que celui au cours duquel le maire l'a mise en demeure de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser la divagation de ses chevaux et prévenir le danger pour les personnes ou les animaux domestiques et réparer les clôtures ou enfermer les animaux en bâtiments clos.

Une mise en demeure de produire un mémoire en défense a été adressée à la commune de

Montigné-le-Brillant le 26 février 2024.

Par une ordonnance du 27 aout 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 septembre 2024.

II. Par une requête n° 2102173 enregistrée le 25 février 2021, Mme B C représentée par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montigné-le-Brillant (Mayenne) a ordonné le placement de vingt-quatre bovins lui appartenant dans un lieu de dépôt ;

2°) d'enjoindre à la commune de Montigné-le-Brillant de lui restituer tous ses animaux, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montigné-le-Brillant une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'il ne lui a pas été laissé un délai suffisant pour se conformer aux prescriptions de la mise en demeure qui lui a été adressée, la décision ayant été prise le même jour que la mise en demeure ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ordonne le placement des animaux dans un lieu de dépôt le même jour que celui au cours duquel le maire l'a mise en demeure de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser la divagation et prévenir le danger pour les personnes ou les animaux domestiques et réparer les clôtures ou enfermer les animaux en bâtiments clos.

Une mise en demeure de produire un mémoire en défense a été adressée à la commune de

Montigné-le-Brillant le 26 février 2024.

Par une ordonnance du 27 aout 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 novembre 2024 à 10h00 :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, propriétaire de chevaux et de bovins, réside sur la commune de Montigné-le-Brillant dans le département de la Mayenne. Par deux arrêtés du 31 décembre 2020 et du 8 février 2021, dont Mme C demande l'annulation par les deux requêtes visées ci-dessus, numérotées 2102172 et 2102173, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, le maire de la commune de Montigné-le-Brillant a ordonné le placement d'un cheval et de 24 bovins appartenant à l'intéressée dans un lieu de dépôt.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Les deux arrêtés attaqués mentionnent l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime, ainsi que les articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. Ils précisent, par ailleurs, que le cheval de Mme C, qui n'était pas maintenu dans un espace clôturé, a fait l'objet de divagations répétées ainsi que ses bovins qui divaguaient sur le territoire de la commune et notamment sur la route départementale 578. Par suite, les arrêtés sont suffisamment motivés en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime : " I- Si un animal est susceptible, compte tenu des modalités de sa garde, de présenter un danger pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire () peut prescrire à son propriétaire ou à son détenteur de prendre des mesures de nature à prévenir le danger. ()/ En cas d'inexécution () des mesures prescrites, le maire peut, par arrêté, placer l'animal dans un lieu de dépôt adapté à l'accueil et à la garde de celui-ci. / Si, à l'issue d'un délai franc de garde de huit jours ouvrés, le propriétaire ou le détenteur ne présente pas toutes les garanties quant à l'application des mesures prescrites, le maire autorise le gestionnaire du lieu de dépôt, après avis d'un vétérinaire désigné par le préfet, soit à faire procéder à l'euthanasie de l'animal, soit à en disposer dans les conditions prévues au II de l'article L. 211-25. / Le propriétaire ou le détenteur de l'animal est invité à présenter ses observations avant la mise en œuvre des dispositions du deuxième alinéa du présent I. / II.- En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie ".

5. Il ressort des termes des deux arrêtés attaqués, qu'ils visent l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime et s'intitulent " arrêté municipal ordonnant le placement d'un animal dans un lieu de dépôt/ Danger immédiat ". Ils précisent, par ailleurs, que les animaux de Mme C présentent, par leur divagation, " un danger pour la sécurité publique, et notamment pour la circulation routière ". Ainsi, le maire de la commune de Montigné-le-Brillant doit être regardé comme ayant entendu fonder les arrêtés attaqués sur les dispositions du II de l'article

L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime. Or, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résulte pas des dispositions précitées que le maire doive inviter le propriétaire à présenter ses observations avant d'ordonner le placement de ses animaux, lorsqu'il fonde la mesure de placement de l'animal dans un lieu de dépôt sur le danger grave et immédiat qu'il présente. La requérante fait valoir que le maire de Montigné-le-Brillant, en même temps qu'il a pris, les 31 décembre 2020 et 8 février 2021, les arrêtes attaqués ordonnant le placement immédiat de ses animaux dans un lieu de dépôt, l'a mise en demeure, par deux arrêtes distincts, de prendre, dans un délai de dix jours, les mesures nécessaires pour faire cesser la divagation de ses animaux en réparant ses clôtures ou en enfermant ses animaux dans un bâtiment clos. Toutefois, ces mises en demeure rappelaient dans leurs motifs le placement de ces animaux dans un lieu de dépôt au vu du danger grave et immédiat représenté par leur divagation. Contrairement à ce que soutient Mme C qui ne peut utilement invoquer des dispositions du code de l'environnement étrangères au présent litige, ces mises en demeure n'entraient pas en contradiction avec les ordres de placement immédiat de ses animaux mais visaient seulement à lui permettre de récupérer ces derniers, après avoir pris des mesures garantissant qu'ils ne pourraient plus divaguer. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire aurait commis une erreur de droit en ne lui accordant pas un délai suffisant pour se conformer aux prescriptions des mises en demeure doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces des dossiers, que, suite à plusieurs plaintes, il avait été constaté que les animaux de Mme C se trouvaient en état de divagation, en ce qui concerne les bovins, les 12, 13 et 14 octobre ainsi que les 29, 30 et 31 décembre 2020, en ce qui concerne le cheval, le 7 février 2021, aux abords de la route départementale 578, ainsi qu'aux abords des propriétés riveraines. La requérante, qui ne conteste aucunement que ses animaux étaient en état de divagation et qu'ils n'étaient pas gardés dans un espace clôturé, ne justifie aucunement avoir réalisé, préalablement à la prise des arrêtés attaqués, des travaux permettant de remédier aux divagations de ses animaux. Ainsi, le maire de la commune de Montigné le Brillant n'a pas inexactement appliqué les dispositions précitées de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés par lesquels le maire de Montigné-le-Brillant a placé ses animaux dans un lieu de dépôt. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction de restituer les animaux, doivent, en tout état de cause, être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2102172 et n° 2102173 de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Montigné-le-Brillant.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2102172-2102173

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