mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2102187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | DE CAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 février 2021, M. A C, représenté par Me Eric de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré, du capital de son permis de conduire, six points à la suite d'une infraction commise le 21 mai 2017, un point à la suite d'une infraction relevée le 29 septembre 2017, six points à la suite d'une infraction commise le 7 octobre 2018 et deux points à la suite d'une infraction constatée le 19 janvier 2020 ;
2°) d'annuler les décisions du 29 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un point de ce même capital à la suite d'une infraction relevée le 7 novembre 2020 et prononcé la perte de validité de son permis de conduire ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de restituer les points illégalement retirés dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les retraits de points intervenus à la suite des infractions relevées les 29 septembre 2017, 19 janvier 2020 et 7 novembre 2020 ont été prononcés sans qu'aient été délivrées les informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- les deux retraits de six points sont chacun entachés d'insuffisante motivation et méconnaissent ainsi la loi du 11 juillet 1979 dès lors qu'il n'est pas précisé si le jugement de condamnation est devenu définitif, alors que le caractère définitif de la condamnation conditionne l'établissement de la réalité de l'infraction ;
- l'annulation de ces retraits entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. C.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs à l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;
- l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire ;
- l'arrêté du 4 décembre 2014 relatif au paiement immédiat des amendes forfaitaires des contraventions constatées par procès-verbal électronique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 avril 2024 à partir de 10h45.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre de l'intérieur a, le 29 janvier 2021, procédé au retrait d'un point du capital du permis de conduire de M. A C D la suite d'une infraction commise le 7 novembre 2020 et prononcé la perte de validité de ce permis. Le courrier destiné à porter à sa connaissance ces décisions récapitule également les retraits de points antérieurs auquel il a été procédé à la suite d'infractions commises les 21 mai et 29 septembre 2017, les 10 janvier et 7 octobre 2018 et le 19 janvier 2020. M. C demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits d'un total de quatre points procédant des infractions relevées le 29 septembre 2017 et les 19 janvier et 7 novembre 2020 :
2. M. C soutient que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée au titre de chacune de ces infractions, pour la poursuite desquelles la procédure de l'amende forfaitaire a été mise en œuvre.
3. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité d'un retrait de points. Lorsque la procédure d'amende forfaitaire est mise en œuvre, l'information doit porter sur le fait que le paiement de l'amende ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée établit la réalité de l'infraction, dont la qualification doit être précisée, et entraîne un retrait de points, ainsi que sur l'existence du traitement automatisé de points et la possibilité d'exercer un droit d'accès.
4. En premier lieu, il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions figurant à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du même code est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention. Cet avis comprend, en bas de page, la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
5. M. C a payé l'amende forfaitaire correspondant à chaque infraction relevée les 29 septembre 2017 et 7 novembre 2020 au moyen d'un radar automatique. Le requérant ne produit pas l'avis de contravention, qu'il a nécessairement reçu, correspondant à chacune de ces infractions. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur apporte la preuve de de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route.
6. En second lieu, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, issues de l'arrêté ministériel du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, un avis de contravention est adressé au contrevenant. Cet avis comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ainsi qu'une notice de paiement, laquelle comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention mentionné par les dispositions évoquées ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'autorité administrative doit être regardée comme s'étant acquittée, envers le titulaire du permis, de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
7. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral de la situation de M. C que l'infraction relevée à son encontre le 19 janvier 2020 a été constatée au moyen d'un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé et que le paiement de l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, qui établit leur réalité au sens de l'article L. 223-1 du code la route, n'est pas intervenu immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, mais le 5 février 2020. Ainsi, M. C a nécessairement reçu l'avis de contravention émis à la suite de chacune de cette infraction. L'intéressé n'a pas produit cet avis de sorte qu'il doit être regardé, compte tenu de ce qui a été rappelé au point précédent, comme contenant l'ensemble des informations devant être délivrées au contrevenant préalablement au paiement de l'amende forfaitaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de délivrance de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des retraits d'un total de quatre points procédant des infractions relevées le 29 septembre 2017 et les 19 janvier et 7 novembre 2020 à l'encontre de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions :
9. En premier lieu, M. C soutient que la décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire n'est pas suffisamment motivée et qu'elle méconnait ainsi "la loi du 11 juillet 1979". Il estime plus précisément qu'en tant qu'elle se réfère aux retraits de six points auxquels il a été procédé à la suite de l'infraction relevée le 21 mai 2017 puis à la suite de l'infraction commise le 7 octobre 2018, elle se borne à reproduire la mention 'sanction pénale ou exécution d'une composition pénale' puis à indiquer, respectivement, 'jugement du 21/09/2017' et 'jugement du 22/11/2018' sans "caractériser le caractère définitif" de chacun de ces jugements.
10. En vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont les dispositions sont issues de l'article 3 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979, lequel est abrogée depuis le 1er janvier 2016 : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".
11. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. " Selon le III de l'article R. 223-3 du même code : " Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. (). Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet () ".
12. Il résulte de ces dispositions que la lettre, adressé par pli recommandé avec accusé de réception, formalisant la décision prononçant la perte de validité d'un permis de conduire doit, s'agissant des retraits de points qui ont précédé celui qui génère la perte des derniers points de ce permis et, par suite, le nombre nul de points, et qui ont concouru à ce solde nul, se borner à récapituler ces retraits de points, lesquels ont chacun été formalisés par une décision antérieure notifiée au moyen d'une lettre simple ou, sur la demande de l'intéressé, par voie électronique. Ni les dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni celles des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, n'imposent de motiver un retrait de point lorsqu'il est simplement rappelé dans le courrier formalisant la décision prononçant la perte de validité d'un permis de conduire. Dans ces conditions, et alors au demeurant que l'obligation de motiver un retrait de points à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie par une condamnation pénale devenue définitive n'induit pas celle de "caractériser le caractère définitif" de cette condamnation, le moyen énoncé au point 8 ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, les moyens dirigés contre les retraits de points qui ont concouru à faire perdre l'intégralité des points dont était doté le capital du permis de conduire de M. C étant écartés, la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis de conduire, qui, en tout état de cause, est suffisamment motivée, n'est pas privée de base légale.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré un total de douze points du capital de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 21 mai 2017 et 7 octobre 2018 doivent être rejetées. Il n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé la perte de validité de ce permis.
15. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de rétablir les points illégalement retirés et celles que présente M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le magistrat désigné,
D. B
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026