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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102206

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102206

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2021, et un mémoire, enregistré le 9 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Amandine Le Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, opposées par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 19 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) à défaut, de lui enjoindre, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente de la décision prise à l'issue de cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- le motif tiré du défaut de justification de sa minorité est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il revient à remettre en cause la décision de la juridiction judiciaire ;

- ce motif est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article 47 du code civil ;

- le motif tiré de ce qu'il ne serait pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa propre situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée au regard de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle procède d'une absence d'examen au regard de ces mêmes dispositions qui renvoient à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021 et 10 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, a été présenté par le préfet de la Loire-Atlantique. Il n'a pas été communiqué.

La Défenseure des droits, en application de l'article 33 de la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011, a présenté des observations, enregistrées le 3 juin 2022.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 4 mars 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961

- la convention de Vienne sur les relations consulaires du 24 avril 1963 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;

- la décision n° 2021-972 QPC du 18 février 2022 du Conseil constitutionnel ;

- la décision nos 448296, 448305, 454144 et 455519 du Conseil d'Etat, statuant au

contentieux, du 7 avril 2022 ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45 :

- le rapport de M. G,

- et les observations de Me Le Roy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant se présente sous l'identité de M. C A, ressortissant guinéen né le 3 mars 2002. Il est entré en France au cours du mois de juillet de l'année 2018. Il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, le juge des tutelles du tribunal de grande instance de Nantes ayant, par une ordonnance du 16 octobre 2018, confié la tutelle de l'intéressé au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique. Le 18 mai 2020, il a saisi le préfet de ce département d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement, à titre principal, des dispositions alors inscrites au 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de celles de l'article L. 313-15 du même code. Par un arrêté du 19 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de l'intéressé en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. () ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir fait état d'une impossibilité, en raison du défaut de justification de l'identité du demandeur, d'apprécier si l'intéressé relevait des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a mentionné, après avoir indiqué que le demandeur n'était pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il ne pouvait se prévaloir d'un titre de séjour sur le fondement de ces mêmes dispositions. Le préfet de la Loire-Atlantique doit être ainsi regardé, contrairement à ce qu'il soutient dans son mémoire en défense, comme ayant entendu apprécier la possibilité d'accorder la carte de séjour temporaire sollicitée par M. A au titre de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En premier lieu, lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

5. Au titre de cette première étape, le préfet de la Loire-Atlantique, qui relève dans son arrêté que la minorité du demandeur n'est pas établie, doit être regardé comme ayant estimé qu'il n'avait pas été confié à l'aide sociale à l'enfance entre seize et dix-huit ans et qu'il n'était pas dans l'année qui suivait son dix-huitième anniversaire. Pour considérer que cette minorité n'était pas justifiée, l'autorité préfectorale a relevé que les documents d'état civil produits par M. A, c'est à dire un jugement supplétif n° 9170 tenant lieu d'acte de naissance du 20 avril 2018 rendu par le tribunal de première instance de Conakry, indiquant que M. C A est né le 3 mars 2002, ainsi qu'un extrait du registre de l'état civil de la commune de Dixinn (Ville de Conakry) faisant état d'une transcription sous le n° 2928 de ce jugement supplétif le 4 mai 2018, étaient dépourvus de valeur probante.

6. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que, pour écarter la valeur probante de ces documents, le préfet de la Loire-Atlantique a notamment relevé que leur légalisation n'était pas régulière dès lors que l'autorité l'ayant effectuée n'était pas compétente pour y procéder.

7. Aux termes du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu / Un décret en Conseil d'Etat précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation. " Aux termes de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, applicable aux légalisations intervenues à compter du 1er janvier 2021 : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et

destiné à être produit en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français

doit être légalisé pour y produire effet. La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la

véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant,

l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Elle donne lieu à l'apposition d'un cachet

dont les caractéristiques sont définies par arrêté conjoint des ministres chargés de la justice et

des affaires étrangères ".

8. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil, auxquelles renvoient celles alors inscrites à l'article L. 111-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un tel acte, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

9. A moins d'engagements internationaux contraires, la légalisation était imposée, s'agissant des actes publics étrangers destinés à être produits en France, sur le fondement de l'article 23 du titre IX du livre Ier de l'ordonnance de la marine d'août 1681, jusqu'à ce que ce texte soit abrogé par le II de l'article 7 de l'ordonnance du 21 avril 2006 relative à la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques. L'exigence de légalisation est toutefois demeurée, sur le fondement de la coutume internationale, reconnue par une jurisprudence établie du juge judiciaire, jusqu'à l'intervention des dispositions citées ci-dessus du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019. Les dispositions des premier et troisième alinéas de cet article ont été déclarées contraires à la Constitution, au motif qu'elles ne prévoient pas de voie de recours en cas de refus de légalisation d'actes d'état civil, par la décision n° 2021-972 QPC du 18 février 2022 du Conseil constitutionnel, qui a toutefois reporté au 31 décembre 2022 la date de leur abrogation. Par une décision nos 48296, 448305, 454144 et 455519 du 7 avril 2022, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé le décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, pris pour l'application de ces dispositions législatives, en reportant la date et l'effet de cette annulation au 31 décembre 2022. Il en résulte que les dispositions citées au point 7, qui se sont substituées à compter de leur entrée en vigueur comme fondement de l'exigence de légalisation à la coutume internationale, demeurent applicables jusqu'à cette date.

10. Lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation.

11. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

12. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient. En particulier, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative d'y répondre, sous le contrôle du juge, au vu de tous les éléments disponibles, dont les évaluations des services départementaux et les mesures d'assistance éducative prononcées, le cas échéant, par le juge judiciaire, sans exclure, au motif qu'ils ne seraient pas légalisés dans les formes requises, les actes d'état civil étrangers justifiant de l'identité et de l'âge du demandeur.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme E B, attachée chargée des affaires financières et consulaires auprès de l'ambassade de la République de Guinée à Paris, a légalisé, tout d'abord, la signature du greffier en chef apparaissant sur le jugement supplétif produit par le demandeur, ensuite, la signature de Mme D F, juriste au sein du ministère des affaires étrangères et des Guinéens de l'étranger, qui a elle-même légalisé, en cette qualité, la signature du président de section du tribunal ayant rendu ce jugement ainsi que celle de Mme H B, officière de l'état civil au sein de la commune de Dixinn ayant transcrit ce jugement dans les registres de l'état civil de cette commune, enfin, la signature de cette officière de l'état civil.

14. Le préfet de la Loire-Atlantique soutient que Mme E B n'était pas compétente pour procéder à ces différentes légalisations. Pour étayer cette allégation, il produit un courriel du 25 juin 2018 indiquant que Mme B ne dispose pas de cette compétence. Toutefois, ce courrier émane, non pas de l'ambassade de la République de Guinée à Paris, mais de l'Ambassade de France à Conakry, laquelle ne procède, au demeurant, à aucune légalisation des actes guinéens. Le requérant produit en revanche une attestation de l'Ambassadeur de la République de Guinée en France du 9 juin 2020 qui indique que Mme E B est bien habilitée à procéder à des légalisations.

15. Comme cela a été indiqué au point 10, en cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. Ainsi, contrairement à ce que soutient le préfet de la Loire-Atlantique, il n'appartient pas à M. A de produire la copie de l'acte par lequel Mme B a, selon les termes de l'attestation du 9 juin 2020, été habilitée à légaliser. Ensuite, si le préfet de la Loire-Atlantique allègue que les services de l'Ambassade de Guinée en France ne dispose "d'aucune bibliothèque de signatures", il n'assortit cette allégation d'aucun commencement de justifications de nature à en établir le bien-fondé. Par ailleurs, la circonstance que les actes légalisés ne visent aucun acte de délégation ne permet pas, en elle-même, de remettre en cause l'existence d'un tel acte. En outre, si, comme le soutient le préfet de la Loire-Atlantique, Mme B ne figure pas dans l'exéquatur, c'est à dire l'autorisation accordée par l'Etat de résidence à l'exercice des fonctions de chef de poste consulaire dans cet Etat, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée exercerait de telles fonctions. Enfin, si le préfet soutient que la France n'a pas consenti à ce que Mme B accomplisse des actes diplomatiques contrairement à ce qu'exige l'article 70 de la convention de Vienne sur les relations consulaires du 24 avril 1963, la formalité de la légalisation ne saurait être regardée comme relevant de l'exercice de missions diplomatiques telles que définies par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961, mais se rattache à l'exercice de fonctions essentiellement administratives. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'est pas fondé à remettre en cause la réalité et de l'authenticité des légalisations auxquelles a procédé Mme B.

16. Pour remettre en cause la force probante, au sens de l'article 47 du code civil, de l'acte n° 2928 du 4 mai 2018 dressé par l'officière d'état civil de la commune de Dixinn en transcription du jugement supplétif n° 9170 du 20 avril 2018 rendu par le tribunal de première instance de Conakry, le préfet de la Loire-Atlantique relève qu'il existe un contexte de fraude générale en Guinée, que le jugement supplétif a été rendu le jour même que la requête sans enquête, que le demandeur n'explique pas les raisons pour lesquelles ce jugement n'a été sollicité qu'en 2018, qu'il n'est revêtu d'aucune formule exécutoire, ni d'un timbre fiscal de 1 000 francs CFA et que les articles 175, 180 et 182 du code civil ont été méconnus.

17. L'existence d'un contexte de fraude générale en République de Guinée, à la supposer établie par les pièces produites en défense, ne saurait faire obstacle à l'examen, au cas d'espèce, de la force probante, au regard de l'article 47 du code civil, d'un acte d'état civil. Il en va de même de la force probante d'un jugement supplétif, dont la transcription est assurée par cet acte d'état civil, dont il appartient à l'autorité administrative française de tenir compte sauf à ce qu'il ait fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

18. Le jugement supplétif produit par le requérant, qui est revêtu d'un timbre fiscal dont le montant n'est pas inférieur à celui requis par la législation guinéenne, vise les dispositions de l'article 193 du code civil guinéen en vertu desquelles lorsqu'une naissance n'aura pas été déclaré dans le délai légal, l'officier d'état civil ne pourra la relater sur ses registres qu'en vertu d'un tel jugement et mention sommaire sera faite en marge à la naissance. Un jugement supplétif est établi selon la procédure gracieuse au sens de l'article 58 du code de procédure civile guinéen. Les articles 60 et 63 de ce code prévoient en particulier que le juge procède à toutes les investigations utiles et qu'en matière d'état et de capacité des personnes, le dossier doit être communiqué au ministère public. Aucune des dispositions relatives à cette procédure ne fait obstacle à ce qu'un tel jugement puisse intervenir le jour même de la requête alors qu'il ressort des mentions du jugement produit qu'il a été rendu après enquête réalisée lors de l'audience au cours de laquelle sont intervenus deux témoins et après avoir entendu les observations du ministère public. Par ailleurs, il est de la nature même de la procédure d'obtention d'un jugement supplétif d'acte de naissance d'être initiée au moment où l'intéressé a besoin d'un tel document pour justifier de son identité, en particulier de sa date de naissance et le bien-fondé de la requête a été reconnu par le jugement supplétif. En outre, les dispositions de l'article 175 du code civil guinéen régissent le contenu des actes de naissance dressés dans le délai légal et non celui des jugements supplétifs d'actes de naissance et des actes de transcription du dispositif de ces jugements. De surcroît, selon l'article 68 du code de procédure civile, applicable à la procédure gracieuse, dont relève l'établissement d'un jugement supplétif, la décision rendue par le juge est exécutoire sur présentation de l'original de sorte que le dispositif d'un tel jugement pouvait être transcrit dans les registres de l'état civil sans qu'il soit nécessaire d'y inscrire la formule exécutoire qui est apposée sur les expéditions des jugements. Ensuite, le dispositif du jugement supplétif produit par le requérant a été transcrit dans les registres de l'état civil de la commune de Dixinn pour l'année 2018, qui était en cours à la date de cette transcription, et non dans ceux de l'année de naissance de l'intéressé de sorte que, comme le préfet de la Loire-Atlantique l'admet finalement dans son mémoire en défense, cette transcription n'a pas été effectuée au sein d'un registre clos au sens de l'article 180 du code civil guinéen. Enfin, la circonstance que la date de délivrance du jugement supplétif et celle de l'acte de transcription de ce jugement ne seraient pas inscrites en toutes lettres est sans incidence sur la valeur probante du contenu de ces documents d'état civil. Dans ces conditions, l'acte n° 2928 du 4 mai 2018 dressé par l'officière d'état civil de la commune de Dixinn en transcription du jugement supplétif n° 9170 du 20 avril 2018 rendu par le tribunal de première instance de Conakry doit être regardé comme revêtu de la force probante au sens de l'article 47 du code civil. Ainsi, le motif tiré de l'absence de justification par le demandeur de son identité et de son âge, et, par suite, de ce qu'il a bien été confié à l'aide sociale à l'enfance entre seize et dix-huit ans et qu'il était dans l'année qui suivait son dix-huitième anniversaire est entaché d'erreur d'appréciation.

19. En second lieu, lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit porter, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de la formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

20. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le préfet, qui se borne à relever, dans son arrêté, l'existence de liens familiaux dans le pays d'origine de M. A, d'une part, que le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation est établi et que l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de l'intéressé dans la société française est favorable. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier des termes de cet avis, que la mère de M. A est décédée bien avant son arrivée et France et que son père est également décédé peu de temps après son départ. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le requérant entretiendrait effectivement des relations avec d'autres membres de sa famille résidant en Guinée. Dans ces conditions, en estimant que la situation de l'intéressé, au sens de la règle rappelée au point 19, ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que le refus de séjour opposé à M. A est entaché d'illégalité. Comme le soutient le requérant, l'illégalité de ce refus de séjour prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'annulation de cette décision résultant de cette illégalité entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant son pays de destination.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions, opposées par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 19 janvier 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement annule la décision refusant la délivrance à M. A d'une carte de séjour temporaire au motif qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à ce motif et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait intervenu depuis la décision annulée, le présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année à M. A, lequel est, depuis le 9 juin 2022, père d'un enfant né de sa relation avec une ressortissante de Côte d'Ivoire, rencontrée au cours de l'année 2019, et qui est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2031. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer cette autorisation de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés au litige :

24. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Le Roy, son avocate, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 19 janvier 2021 à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année.

Article 3 : L'Etat versera à Me Le Roy la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Amandine Le Roy.

Une copie en sera adressée à la Défenseure des droits.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

D. G

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BARBERA

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