vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2102293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GAILLOT |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2010648, par une requête enregistrée le 22 octobre 2020, Mme A D, représenté par Me Gaillot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 19 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Gaillot en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision préfectorale a été signée par une autorité compétente ;
- les décisions préfectorale et ministérielle sont insuffisamment motivées ;
- la décision implicite du ministre de l'intérieur est entachée d'un vice de procédure, la procédure contradictoire prévue par l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n'ayant pas été respectée ;
- l'ajournement litigieux est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 21-27 du code civil ;
- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, l'infraction qui lui est reprochée ayant fait l'objet d'un classement sans suite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2102293, par une requête enregistrée le 24 février 2021, Mme D, représentée par Me Gaillot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 19 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Gaillot en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du ministre a été signée par une autorité compétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- l'ajournement litigieux est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 21-27 du code civil ;
- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, l'infraction qui lui est reprochée ayant fait l'objet d'un classement sans suite.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante marocaine née le 8 décembre 1989, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Haute-Garonne, qui a rejeté sa demande par une décision du 19 décembre 2019. Elle a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a rejeté sa demande par une décision du 1er décembre 2020. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de ces deux décisions. Si Mme D demande également au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours, ces conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse intervenue le 1er décembre 2020, qui s'y est substituée.
2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2010648 et 2102293 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne :
3. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de Mme D s'est substituée à la décision préfectorale du 19 décembre 2019. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables, et la requête de Mme D doit être regardée comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 1er décembre 2020. En outre, les moyens tirés de ce que la décision préfectorale aurait été signée par une autorité incompétente et serait insuffisamment motivée doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :
4. Par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme B C, attachée d'administration de l'État, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires au bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
7. Le ministre de l'intérieur ayant statué sur une demande de naturalisation déposée par Mme D, cette dernière ne saurait utilement faire valoir que le principe du contradictoire n'a pas été respecté.
8. En quatrième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer l'ajournement litigieux, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée a fait l'objet d'une procédure pour délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre le 27 mai 2019 à Muret (Haute-Garonne), qui a donné lieu à " d'autres poursuites ou sanctions de nature non pénales ".
9. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le postulant. En conséquence, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'administration a commis une erreur de droit en prononçant l'ajournement litigieux, quand bien même elle remplirait les conditions de recevabilité fixées par l'article 21-27 du code civil.
10. En cinquième lieu, Mme D fait valoir que si elle a été impliquée dans un accident en mai 2019, elle n'a pas commis de délit de fuite, un constat amiable ayant été rempli après cet accident et son assurance ayant indemnisé l'assurance adverse. Toutefois, la requérante ne conteste pas que le constat n'a été établi que le 27 mai 2019 quand le sinistre s'est produit le 24 mai 2019, soit 3 jours auparavant. Il ressort en outre du " soit transmis " au parquet de Toulouse du 4 juillet 2019 que Mme D a initialement refusé de faire un constat. Les faits reprochés à la requérante devant ainsi être regardés comme établis, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
11. En dernier lieu, au regard du caractère récent de ces faits à la date de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de Mme D.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2010648 et 2102293 de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Gaillot.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La rapporteure,
L. FRELAUT
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2010648, 2102293
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026