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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102449

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102449

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2021, M. A B, représenté par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 août 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait au regard de la date de son entrée en France et de sa situation familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malgache né en 1965, est entré en France en 2004. Il a sollicité, en décembre 2019, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 août 2020, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 313-11, L. 313-14 et L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le requérant ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " salarié " dès lors qu'il ne fournit ni bulletin de salaire ni contrat de travail et indique que ses conditions de résidence pour les années 2007 à 2013 sont incertaines. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

5. Le préfet de la Loire-Atlantique a relevé, dans la décision attaquée, que M. B ne justifiait pas de sa présence continue sur le territoire entre 2007 et 2013 et en 2018. Il ressort des pièces du dossier que M. B produit, au titre de l'année 2007, des attestations de consultations au centre hospitalier universitaire de Nantes aux mois de janvier, février, mars, avril et août. Pour les années suivantes, l'intéressé produit les résultats d'une radiographie du thorax réalisée 21 septembre 2008, des ordonnances du 11 octobre 2009, du 18 octobre 2010, du

22 avril 2011 du 15 janvier 2013, du 7 avril 2015, du 8 septembre 2015, du 12 septembre 2016, du 24 août 2017, du 2 mars 2018 et du 2 mars 2020. Il produit également le résultat d'un test de sérologie effectué le 9 mai 2011, des tickets de pharmacie du 24 décembre 2011 et du

29 mars 2012, d'avis de rendez-vous à l'hôpital Lariboisière le 6 novembre 2012 et le

22 avril 2014, des reproductions de carte d'aide médicale d'Etat valables de 2011 à 2018, un relevé d'ouverture de Livret A le 27 février 2012, une ordonnance du 15 janvier 2013, un récépissé de transfert d'argent du 29 août 2013, des attestations de remboursement de l'assurance maladie pour des prestations du 8 avril 2014, des 24 et 28 août 2017, du 14 octobre 2017 et du

21 septembre 2017, des feuilles de soin du 22 août 2016 et du 22 août 2019, le résultat d'une radiographie pulmonaire réalisée le 26 janvier 2018, et des tickets de caisse pour des achats effectués en octobre 2017, en juin 2019 et en janvier 2020. Si ces éléments attestent de la présence ponctuelle en France de M. B depuis 2007, les seules preuves de consultations médicales ne suffisent pas à attester que l'intéressé réside de manière stable et continue en France depuis dix ans à la date de la décision attaquée. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû saisir la commission de titre de séjour avant de refuser son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la circonstance que la décision attaquée mentionne une date erronée de l'entrée en France de l'intéressé est sans incidence sur sa légalité.

7. En cinquième lieu, le préfet n'avait pas à faire état de la présence en France des frères de l'intéressé dès lors que la décision attaquée n'est pas fondée sur ces éléments.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article

L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. En l'espèce, M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2004 et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée de six mois en qualité de technicien en mécanique. Pour attester de sa présence en France, M. B produit de nombreux certificats médicaux, des attestations de consultation en centre hospitalier et des attestations de remboursement de soins. Si ces éléments permettent d'établir l'ancienneté du séjour en France de l'intéressé, ils ne démontrent pas, par leur teneur, des attaches personnelles et familiales en France de nature à caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la seule production d'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée de six mois ne suffit pas à justifier d'une insertion professionnelle durable en France, alors que M. B ne soutient pas avoir exercé une activité professionnelle depuis son arrivée en France. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer un titre de séjour à M. B.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

12. Eu égard à ce qui a été exposé au point 10 du présent jugement, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas à M. B une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pollono et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteuse,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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