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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102586

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102586

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2021, M. D C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielle d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser cette somme dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à son conseil une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le signataire de la décision attaquée n'est pas identifié et n'était pas compétent pour ce faire ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé préalablement et dans une langue qu'il comprend des conséquences du non-respect de ses obligations ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune décision de transfert à destination de l'Allemagne ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 6 décembre 1996, a présenté une demande d'asile enregistrée le 4 octobre 2018. Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté notifié le 17 décembre 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Cet arrêté a été assorti d'un arrêté d'assignation à résidence, dont M. C n'a pas respecté les modalités. M. C a été réacheminé en Allemagne le 8 février 2019. Il a déclaré être revenu en France le 25 septembre 2020. Sa demande d'asile a été placée " en procédure Dublin " le 13 octobre 2020. Par un courrier du 13 octobre 2020, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour non-respect de ses obligations envers les autorités chargées de l'asile. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 6 janvier 2021 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. C n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et n'a pas répondu aux demandes d'informations. La décision attaquée indiquant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". D'une part, la décision attaquée comporte la signature de son auteure et mentionne en caractères lisibles qu'elle a été prise par Mme A B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes. D'autre part, par une décision du 1er janvier 2016, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n°2016-2 du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné à cette dernière délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il en a attesté, M. C a bénéficié de deux entretiens de vulnérabilité, le 4 octobre 2018 et le 13 octobre 2020, dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation a été évaluée. Aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur le compte-rendu de l'entretien d'évaluation, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En quatrième lieu, Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de ses entretiens en préfecture le 4 octobre 2018 et le 13 octobre 2020, M. C a été informé des modalités de retrait, de suspension et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme manquant en fait.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

8. Si les termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

9. D'une part, la décision initiale octroyant au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil date du 4 octobre 2018. Dès lors, la décision en litige, relative à la suspension des conditions matérielles d'accueil, restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en présentant le 13 octobre 2020 une nouvelle demande d'asile en France après avoir été réacheminé le 8 février 2019 vers l'Allemagne, pays responsable du traitement de sa demande d'aile. Ce motif de fait n'est entaché d'aucune inexactitude matérielle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile devant les autorités allemandes chargées du traitement de sa demande ou de faire valoir devant les autorités de ce pays les craintes qu'il éprouverait en cas de retour au Nigéria. En revenant en France, M. C a méconnu son obligation de respecter les exigences des autorités de l'asile, alors même que sa nouvelle demande d'asile présentée en France le 13 octobre 2020 a été enregistrée selon la procédure " Dublin ", l'Etat français ne s'étant pas reconnu responsable de l'examen de cette demande. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de l'entretien du 13 octobre 2020, M.C n'a remis aucun certificat médical à transmettre de façon confidentielle au médecin coordonnateur de zone de l'OFII et ne produit aucun document de nature médicale. Les conditions de son séjour en France ne suffisent pas à le regarder comme se trouvant dans une situation de particulière vulnérabilité, que n'a pas révélée le réexamen de sa situation. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre ni erreur de droit ni erreur d'appréciation suspendre à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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