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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102855

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102855

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBRANGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars 2021 et 1er mars 2022, M. A B C, représenté par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 15 septembre 2020 par laquelle le préfet de l'Ariège a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations avant que n'intervienne la décision attaquée en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 21-27 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse du 9 avril 2021 ;

- il peut être procédé à la neutralisation du premier motif, la circonstance que le comportement fiscal du requérant est sujet à critiques suffisant à fonder la décision attaquée ;

- aucun des moyens soulevés par M. B C n'est fondé.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant centre-africain né le 24 décembre 1989, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à deux ans par une décision du 15 septembre 2020 du préfet de l'Ariège. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, le ministre de l'intérieur a gardé le silence sur ce recours, faisant naître une décision implicite de rejet, dont M. B C demande l'annulation.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 9 avril 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours administratif préalable de M. B C et a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite contestée par le requérant doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse.

Sur la légalité de la décision en litige :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'" et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences des articles 27 du code civil et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que les décisions prises en réponse à une demande ne sont pas soumises à la procédure contradictoire préalable. Ainsi, la décision attaquée ayant été prise en réponse à la demande de M. B C, celui-ci ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-27 du code civil : " Nul ne peut acquérir la nationalité française ou être réintégré dans cette nationalité s'il a été l'objet soit d'une condamnation pour crimes ou délits constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, soit, quelle que soit l'infraction considérée, s'il a été condamné à une peine égale ou supérieure à six mois d'emprisonnement, non assortie d'une mesure de sursis. () ".

7. La circonstance que la situation de M. B C satisferait à la condition de recevabilité des demandes de naturalisation prévue à l'article 21-27 du code civil est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui ne constate pas l'irrecevabilité de sa demande sur le fondement de ces dispositions, mais prononce son ajournement en application des dispositions de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise au regard de ces dispositions de l'article 21-27 du code civil est, dès lors, inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

9. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'intéressé a fait l'objet d'une procédure pour détention frauduleuse et usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, et pour tentative d'obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation du 9 au 17 octobre 2014 et, d'autre part, son comportement au regard de ses obligations fiscale est sujet à critiques.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que si M. B C a été mis en cause pour avoir, du 9 au 17 octobre 2014, en qualité d'auteur, détenu frauduleusement et fait usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, et pour avoir tenté d'obtenir frauduleusement un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, cette procédure a été classée sans suite par le parquet. Dans ces conditions, alors que la matérialité de ces infractions, que M. B C a toujours contestée, n'est pas établie, le ministre de l'intérieur ne pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner sa demande de naturalisation pour ce seul motif.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B C a indiqué sur sa déclaration de revenus au titre de l'année 2019 avoir à sa charge sa fille dans le cadre d'une résidence alternée alors que celle-ci résidait habituellement chez sa mère. En outre, il ressort des pièces du dossier que de 2017 à 2019, M. B C s'est acquitté systématiquement de ses taxes d'habitation avec retard et après majoration. Par suite, en dépit de l'absence d'intention frauduleuse et des difficultés financières alléguées, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre de l'intérieur, ce dernier n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant le motif tiré du non-respect par l'intéressé de ses obligations fiscales. Il résulte de l'instruction, ainsi que l'indique d'ailleurs le ministre dans son mémoire en défense, qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

12. En cinquième lieu, la circonstance que M. B C justifie d'une insertion professionnelle et de son intégration à la société française est sans incidence sur la légalité de la décision eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me Brangeon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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