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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102973

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102973

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDUSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2021 et 4 mars 2022, M. A C, représenté par Me Dusen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le préfet du Val de Marne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et la décision du 29 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable contre cette mesure ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles n'ont pas été rendues dans le délai prévu à l'article 21-25-1 du code civil ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête dirigées contre la décision préfectorale, à laquelle s'est substituée sa propre décision, sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- et les observations de Me Caracas, substituant Me Dusen, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 11 septembre 1994, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à deux ans par une décision en date du 23 juin 2020 du préfet du Val de Marne. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a, en l'absence de réponse pendant un délai de 4 mois, implicitement confirmé cette décision. Par une décision du 29 mars 2021, le ministre de l'intérieur a expressément maintenu un ajournement à 2 ans de la demande de naturalisation de l'intéressé. M. C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 29 mars 2021, ainsi que la décision préfectorale du 23 juin 2020.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours () constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision du ministre de l'intérieur du 29 mars 2021 s'est substituée à la décision implicite portant rejet du recours de M. C, laquelle s'était elle-même substituée, en application des dispositions citées ci-dessus, à la décision préfectorale du 23 juin 2020. Par suite, le ministre est fondé à soutenir que les conclusions de la requête dirigées contre cette décision préfectorale ne sont pas recevables.

Sur la légalité de la décision en litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'" et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Dès lors, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences des articles 27 du code civil et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le ministre, qui n'avait pas à mentionner dans sa décision l'ensemble des éléments de la situation du postulant, s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle et de la demande de M. C. Il suit de là que le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

6. En troisième lieu, le délai prévu à l'article 21-25-1 du code civil n'étant pas prescrit à peine de nullité, la circonstance que la décision en litige soit intervenue après l'expiration de ce délai est sans incidence sur la légalité de la mesure.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

8. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a fait l'objet d'une procédure pour usage de stupéfiants le 30 octobre 2013.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une procédure pour usage de stupéfiants le 30 octobre 2013 ayant donné lieu à un rappel à la loi. M. C, qui se borne à soutenir que cette infraction est ancienne et isolée, et n'est pas inscrite à son casier judiciaire, ne conteste toutefois pas la matérialité de ces faits. Au regard de ces faits, qui ne sont ni exagérément anciens ni dépourvus de gravité, et compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de M. C pour le motif précité.

10. En dernier lieu, les circonstances que le requérant aurait l'ensemble de ses attaches privées et familiales en France et justifierait de son intégration sociale sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

C. CANTIE

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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