vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2021, Mme D C, représentée par Me Boucher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2021 par lequel le maire de Laval lui a infligé la sanction d'avertissement ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Laval le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il devra être justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée de son droit à communication de son dossier ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de qualification juridique des faits.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024, la commune de Laval, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de Me Raimbault, substituant Me Boucher, représentant Mme C, et celles de Me Couëtoux du Tertre, substituant Me Marchand, représentant la commune de Laval.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est technicienne principale titulaire, employée par la commune de Laval sur le poste de responsable de géomatique, depuis le 1er janvier 1990. Par un arrêté du 21 janvier 2021, le maire de Laval lui a infligé la sanction d'avertissement. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". L'article L. 2131-2 du même code précise que sont soumis à ces dispositions, notamment, les actes réglementaires pris par les autorités communales. Enfin aux termes de l'article L. 2122-18 : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ".
3. Par un arrêté du 26 août 2020, dont les mentions attestent du caractère exécutoire à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, le maire de Laval, a donné délégation de fonctions et de signature à M. A B, adjoint au maire en charge notamment du personnel, en matière notamment de " gestion du personnel ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
4. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté attaqué se fonde en fait sur " le comportement inadapté de Mme D C à l'encontre des agents de la direction des ressources humaines [qui] ne répond pas aux obligations qui lui incombent, et notamment l'article 25 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ". Il ressort des pièces du dossier qu'accompagnait l'arrêté en litige notifié par voie postale un courrier du maire de la commune informant Mme C de l'édiction d'un avertissement à son encontre, par un arrêté joint, rappelant la procédure préalable à l'édiction de la sanction et faisant état des considérations de fait se trouvant au fondement de celle-ci à savoir une insistance excessive envers les agents de la direction des ressources humaines, les jugements de valeur émis à l'encontre de ces derniers par Mme C, les injonctions que celle-ci leur adressait, la pression permanente assurée sur les services et le discrédit du travail accompli. Il suit de là que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.
6. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. / L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. (). ". Aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. ".
7. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 15 septembre 2020, Mme C a été convoquée à un entretien préalable à une éventuelle sanction disciplinaire, à raison de son comportement inadapté, programmé le 30 septembre 2020. Si ce courrier ne faisait pas état du droit de l'intéressée à consulter son dossier, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation signée par Mme C, que celle-ci a effectivement consulté son dossier le 25 septembre 2020. Par suite, le vice affectant le déroulement de la procédure administrative préalable à l'édiction de la sanction en litige n'ayant en l'espèce pas privé Mme C d'une garantie, le moyen tiré de ce que la procédure aurait été irrégulière doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme () ".
10. Pour infliger un avertissement à Mme C, le maire de Laval s'est fondé sur comportement inadapté de Mme D C à l'encontre des agents de la direction des ressources humaines, se traduisant par une insistance excessive envers les agents de la direction des ressources humaines, les jugements de valeur émis à l'encontre de ces derniers par Mme C, les injonctions que celle-ci leur adressait, la pression permanente assurée sur les services et le discrédit du travail accompli.
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des échanges de courriers électroniques entre Mme C et le service du personnel produits en défense, que Mme C a sollicité à compter du 8 janvier 2019 divers agents du service du personnel afin de connaître le bien-fondé du calcul de la base de souscription pour la couverture prévoyance, le montant de sa rémunération brute pour le mois de janvier 2019 et de savoir " si des évolutions importantes [étaient] susceptibles d'être mise en place dans le courant de l'année 2019 (PPCR, RIFSEEP) ". Il ressort des pièces du dossier qu'alors que les agents du service du personnel ont répondu rapidement et dans la mesure des informations à leur disposition, notamment s'agissant des évolutions à venir, aux demandes de Mme C, celle-ci a toutefois réitéré à plusieurs reprises sa demande d'informations, en des termes parfois comminatoires et remettant en cause le professionnalisme de ses collègues. Si Mme C expliquait son insistance par le délai fixé par l'organisme mutualiste pour modifier la base de souscription à la couverture prévoyance, cette circonstance n'était pas de nature à justifier la fréquence de ses courriers électroniques, ni le ton de ceux-ci.
12. Il ressort également de ces échanges de courriers électroniques que le 18 mai 2020, Mme C a contesté auprès de la responsable adjointe du service du personnel la " fiche de critère " renseignée dans le cadre de la procédure de promotion interne au grade d'ingénieur ou au grade d'attaché, sur la cotation de trois critères, à savoir son ancienneté, son niveau de diplôme et le mode d'accès au cadre d'emploi actuel. Après deux relances de la requérante, la responsable adjointe du service du personnel a, le 25 mai 2020, répondu à Mme C, lui donnant raison sur un point mais confirmant la cotation de deux autres critères dont celui de l'ancienneté. Les lendemains et surlendemain, Mme C a réitéré sa demande de modification de sa fiche sur le critère de l'ancienneté et a demandé pourquoi un autre agent du service du personnel ne répondait pas à ses courriers électroniques. A la suite, le 27 mai 2020, d'une nouvelle réponse du service du personnel, confirmant celle du 25 mai 2020, Mme C a le jour même de nouveau contesté cette réponse, proposé des calculs alternatifs et demandé une confirmation ou infirmation de ses propositions. Le 29 mai 2020, date limite de retour des " fiches de critères ", Mme C a par deux fois relancé le service du personnel, qui, le même jour, a de nouveau confirmé la cotation du critère de l'ancienneté. Les 1er, 4 et 5 juin 2020, Mme C a de nouveau contesté la cotation du critère de l'ancienneté et relancé le service du personnel aux fins d'obtention d'une nouvelle réponse. L'insistance de l'intéressée à obtenir du service du personnel une modification de sa fiche de critère, après plusieurs refus motivés, y compris après la date fixée pour la modification de la fiche, et l'usage à plusieurs reprises d'un ton condescendant, traduisent une remise en cause de la qualité du travail du service du personnel et était susceptible de perturber le fonctionnement de ce service.
13. Il ressort enfin du compte-rendu de l'entretien préalable à une sanction disciplinaire organisé le 30 septembre 2020, versé au dossier par la requérante elle-même, que le directeur général des services s'est également plaint d'avoir reçu de la part de Mme C des courriers électroniques rédigés en des termes " discourtois et inopportuns ", exigeant des réponses par retour de courrier électronique. Si cette circonstance, non remise en cause par la requérante, ne constitue pas un des motifs de la décision litigieuse, elle est toutefois de nature à corroborer les faits reprochés à la requérante concernant sa manière inadaptée de communiquer avec certains de ses interlocuteurs.
14. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à la requérante doit être regardée comme étant établie.
15. Si la requérante soutient enfin que son comportement n'est pas fautif, l'insistance injustifiée manifestée par Mme C auprès des agents du service du personnel et le ton inadapté voire dénigrant de certains des messages électroniques adressés à ceux-ci sont constitutifs d'un manquement de l'intéressée à ses obligations de nature à justifier l'édiction d'une sanction disciplinaire.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être écartées.
Sur les faits liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Laval, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Laval sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Laval présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune de Laval.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026