mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | LEHIDEUX TANNEGUY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2103078, les 18 mars et 27 mai 2021, la société Manitou BF, représentée par Me Calvayrac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2020 par laquelle l'inspectrice du travail de la section 1 de la 4ème unité de contrôle de l'unité départementale de Loire-Atlantique de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier Mme A pour motif disciplinaire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique formé auprès de la ministre chargée du travail, par courrier du 21 septembre 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui accorder l'autorisation de procéder au licenciement de Mme A pour motif disciplinaire, à défaut de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la matérialité des faits reprochés est établie et leur gravité est suffisante pour justifier le licenciement pour motif disciplinaire de l'intéressée.
Par des mémoires, enregistrés les 9 et 15 décembre 2022, Mme A, représentée par Me Lehideux, conclut au rejet de la requête de la société Manitou BF et demande à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le règlement intérieur de la société est inopposable aux fautes qu'elle aurait commises le 13 novembre 2019 ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du comité social d'établissement est entaché de plusieurs irrégularités ;
- le respect du principe du contradictoire, tel que prévu par les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respecté ;
- les faits ne sont pas matériellement établis ;
- le licenciement est en lien avec ses mandats et constitue une rupture d'égalité entre salariés.
La requête a été communiquée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) des Pays de la Loire et au ministre du travail, de l'emploi, et de l'insertion, qui n'ont pas produit de mémoires en défense.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2104753, les 28 avril et 29 juillet 2021, Mme D A, représentée par Me Lehideux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la ministre chargée du travail a retiré le rejet implicite du recours hiérarchique de la société Manitou BF contre la décision du 29 juillet 2020 de l'inspectrice du travail de la section 1 de l'unité départementale n°4 de Loire-Atlantique rejetant sa demande d'autoriser son licenciement, a annulé cette décision du 29 juillet 2020, et a autorisé son licenciement ;
2°) de confirmer la décision de l'inspectrice du travail de la section 1 de l'unité départementale n°4 de la Loire-Atlantique rejetant la demande d'autoriser son licenciement, présentée par la société Manitou BF ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le règlement intérieur de la société est inopposable aux faits reprochés à la salariée le 13 novembre 2019 ;
- le respect du principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors que le ministre a méconnu les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du comité social d'établissement est entaché de plusieurs irrégularités ;
- les faits ne sont pas matériellement établis ;
- le licenciement est en lien avec ses mandats et constitue une rupture d'égalité entre salariés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, la société Manitou BF conclut au rejet de la requête, à la condamnation de Mme A aux éventuels dépens et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au DREETS des Pays-de-le-Loire et à la ministre du travail, de l'emploi, et de l'insertion, qui n'ont pas produit de mémoires en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Pétri, rapporteure publique,
- et les observations de Me Franceschini, substituant Me Calvayrac, avocat de la société Manitou BF.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 14 février 2020, la société Manitou BF a sollicité l'autorisation de procéder au licenciement pour motif disciplinaire de Mme D A, recrutée le 3 janvier 2008 en qualité de soudeuse, et titulaire d'un mandat de membre du conseil économique et social de cette société depuis le 14 juin 2019. Par une décision du 29 juillet 2020, l'inspectrice du travail de la section 1 de l'unité de contrôle n°4 du département de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande. La ministre chargée du travail a implicitement rejeté le recours hiérarchique formé contre cette décision par la société Manitou BF, puis, a, par une décision du 31 mars 2021, retiré ce refus implicite, annulé la décision de l'inspectrice du travail et autorisé le licenciement de Mme A. Sous le numéro 2103078, la société Manitou BF demande au tribunal d'annuler le refus de licencier Mme A opposé le 29 juillet 2020 par l'inspectrice du travail et le rejet implicite par le ministre chargé du travail du recours hiérarchique formé contre le refus de l'inspectrice du travail. Sous le numéro 2104753, Mme A demande l'annulation de la décision du 31 mars 2021 de la ministre chargée du travail.
Sur la jonction :
2. Les requêtes portant les numéros 2103078 et 2104753 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mars 2021 de la ministre chargée du travail :
3. Aux termes de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévu par le présent chapitre () le salarié investi de l'un des mandats suivants : () / 1° Délégué syndical () 3° Représentant syndical au comité social et économique () ". Selon l'article L. 2411-5 du même code : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. ".
4. Les salariés qui, en vertu du code du travail, bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspectrice du travail. S'il est envisagé, le licenciement d'un de ces salariés ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où le licenciement est motivé par un comportement fautif, il appartient à l'inspectrice du travail et, le cas échéant, au ministre du travail, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
5. Aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " () le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () Si un doute subsiste, il profite au salarié ".
6. Pour autoriser la société Manitou BF à prononcer le licenciement de Mme A pour motif disciplinaire, la ministre chargée du travail a retenu qu'elle avait manqué à plusieurs reprises à ses obligations de sécurité, pouvant entrainer des conséquences graves pour sa santé et sa sécurité, en ayant soudé sans porter de cagoule à ventilation assistée, équipement de protection individuelle correspondant au poste de soudeur. La ministre a, en outre, estimé que ce grief, constitutif d'une faute, était d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de la salariée.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel qu'il a adressé au service des ressources humaines de la société, le 13 novembre 2019 à quatre heures quarante-cinq, M. C, supérieur hiérarchique de Mme A, a indiqué l'avoir surprise sans cagoule ventilée pendant une opération de pointage de pièces, entre trois heures et trois heures quinze et avoir, en conséquence, effectué un rappel à l'ordre. Par ce même courriel, M. C a précisé que Mme A lui a soutenu que le port d'une telle cagoule n'était pas obligatoire pour une telle opération de pointage. Par un second courriel du 29 novembre 2019, envoyé à trois heures trente-cinq, M. C a signalé que ces faits s'étaient reproduits et que Mme A lui avait expliqué qu'il était possible de ne pas utiliser sa cagoule, en se protégeant le visage avec la main. Outre que M. C a porté très rapidement à la connaissance de la direction des ressources humaines de l'entreprise ces faits et les a relatés en des termes circonstanciés, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte-rendu du 7 juillet 2020 de l'enquête interne, effectuée par une commission d'enquête composée de trois représentants du personnel et d'un représentant de cette direction des ressources humaines et constituée à la suite de signalement de faits de harcèlement dont Mme A s'estimait victime de sa part, qu'il porte une attention particulière, eu égard aux tâches qui leur sont dévolues, à la sécurité des personnels placés sous son autorité pour en conclure que les tensions avec Mme A ne pouvaient s'apparenter à ce qu'elle lui reprochait. En outre, si Mme A se prévaut également du témoignage d'une de ses collègues, indiquant qu'elle prend habituellement une pause entre trois heures et trois heures quinze et ne pouvait donc pas avoir été surprise sur son lieu de travail sans cagoule ventilée à la même heure, ou que M. C était agacé le 13 novembre 2019, ces éléments sont peu probants. Par ailleurs, lors d'une première procédure d'autorisation de licenciement exercée par la société Manitou BF en octobre 2019, l'inspecteur du travail de l'unité de contrôle n°4 de Loire-Atlantique avait considéré que Mme A, avait, lors d'une opération de soudure, manqué à ses obligations de sécurité en ne portant pas un équipement de protection individuelle auditive. Enfin, Mme A ne conteste ni ne pas avoir été informée qu'elle était soumise à des obligations de sécurité lors de la réalisation de travaux de pointage et de soudure, conformément à la consigne de sécurité n°24, portant la référence STD-FO-MA-028 et à la fiche hygiène-sécurité-environnement au poste de Pointage/Soudage imposant qu'une cagoule à ventilation assistée soit portée par le soudeur lors d'opérations de pointage, ni, ainsi que le précise la ministre chargée du travail dans sa décision du 31 mars 2021, avoir déjà suivi une formation sur le port des équipements de protection individuelle. Dès lors, au vu de l'ensemble de ces éléments, les faits reprochés à Mme A doivent être regardés comme matériellement établis et fautifs, la circonstance que le règlement intérieur de l'établissement ne lui aurait pas été opposable le 13 novembre 2019 étant sans incidence.
8. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que la faute commise par Mme A en octobre 2019 n'a pas donné lieu à sanction par la société Manitou BF et qu'elle a reçu uniquement un avertissement en 2017, pour des manquements à ses obligations de sécurité. Par suite, les faits en litige, qui lui sont reprochés, qui ne mettent pas en cause la sécurité des autres salariés, s'ils peuvent donner lieu à une sanction disciplinaire, ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la ministre du travail du 31 mars 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail, ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé contre cette décision :
10. L'annulation de la décision du ministre chargé du travail du 31 mars 2021 autorisant le licenciement de Mme A a pour effet de rétablir dans l'ordonnancement juridique la décision de l'inspectrice du travail du 29 juillet 2020 refusant d'autoriser ce licenciement. Il y a, en conséquence, lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière décision.
11. Ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit aux points 7 et 8, si la matérialité des faits reprochés à Mme A, et son le licenciement. Par suite, l'inspectrice du travail a pu, sans commettre d'illégalité refuser de l'autoriser.
12. Il résulte de tout ce qui précède, que la société Manitou BF n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 29 juillet 2020.
Sur les frais liés au litige :
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Manitou BF doivent, dès lors, être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à verser à Mme A au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mars 2021 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La requête n° 2103078 de la Société Manitou BF et les conclusions qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans la requête n° 2104753 sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la Société Manitou BF, et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Marina André, première conseillère,
M. Emmanuel Bernard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
La rapporteure,
Marina B
La présidente,
Claire Chauvet
La greffière,
Cécile Guillas
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,, 2104753
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026