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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103279

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103279

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2021, M. C N'Kuy Ngolawi, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée le 8 décembre 2020 dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de faire droit à sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit en l'absence de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire enregistré le 3 mars 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. N'Kuy Ngolawi a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n°2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. N'Kuy Ngolawi, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 1990, a sollicité le 22 janvier 2019 la reconnaissance du statut de réfugié et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le préfet de Maine-et-Loire a décidé de le remettre aux autorités lettonnes, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013. L'intéressé ne s'est pas rendu à deux convocations en préfecture aux fins de mise à exécution de la décision de transfert, les 6 et 13 mai 2019, de sorte qu'il a été considéré comme étant " en fuite ". A compter du 19 juin 2019, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées à M. N'Kuy Ngolawi, lequel n'a pas contesté cette décision. Le 8 décembre 2020, M. N'Kuy Ngolawi s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure accélérée par le préfet de Maine-et-Loire. Le 28 décembre 2020, l'intéressé a demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. M. N'Kuy Ngolawi demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus opposée à cette demande. Ayant été admis le 7 avril 2021 à l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 25 février 2020, édictée avant la survenance d'une décision implicite, l'OFII a refusé de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. N'Kuy Ngolawi. Les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre cette décision du 25 février 2020.

3. La décision du 25 février 2020 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi motivée et ce, suffisamment, de sorte que le moyen tiré de l'absence de motivation et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. N'Kuy Ngolawi a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile lors d'un entretien réalisé par un agent formé spécifiquement et dans une langue que le requérant comprenait, ainsi que d'un examen de vulnérabilité préalablement à la décision litigieuse sur la base d'une nouvelle évaluation, sur pièces et notamment au vu de l'avis du médecin coordonnateur de zone, sollicité par le requérant, antérieur au refus qui lui a été opposé, qui a conclu qu'il ne présentait pas de conditions de vulnérabilité particulière. L'intéressé n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 rappelées.

6. Le requérant soutient qu'il n'a pas pu se rendre aux convocations en préfecture mentionnées au point 1 en raison d'une lombosciatalgie. S'il ressort des pièces du dossier que M. N'Kuy Ngolawi a passé un examen d'IRM le 13 mai 2019, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet examen aurait présenté un caractère urgent, ni qu'il n'aurait pu être programmé un autre jour, M. N'Kuy Ngolawi ayant eu connaissance de sa convocation préfecture dès le 9 avril 2019. S'agissant de la convocation du 6 mai 2019, le requérant n'apporte aucun élément, de nature médicale ou autre, susceptible de justifier sa carence. Par ailleurs, la seule circonstance que M. N'Kuy Ngolawi, qui ne justifie pas de problèmes de santé contemporains de la décision attaquée, serait sans domicile fixe, ne caractérise pas une situation de vulnérabilité. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Enfin, M. N'Kuy Ngolawi, qui n'apporte aucune précision sur ses conditions de vie passées et actuelles, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée l'exposerait à un risque de traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle porterait atteinte à sa dignité humaine au sens de l'article 1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. N'Kuy Ngolawi doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. N'Kuy Ngolawi est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. N'Kuy Ngolawi, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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