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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103288

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103288

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGOUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2021, Mme A B, par Me Chloé Gouillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de la munir dans l'attente d'un récépissé de demande de carte de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de celles-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas produit la décision attaquée et qu'au surplus il a abrogé cette dernière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 28 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante gabonaise née en juin 2001 est entrée en France le 2 septembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a demandé la régularisation de son séjour, qui lui a été refusée par une décision du préfet de la Sarthe le 4 aout 2020. Par un courrier reçu par les services préfectoraux le 24 septembre 2020, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 24 janvier 2021, dont Mme B demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions de la requête et l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son endroit, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le préfet de la Sarthe Loire-Atlantique fait valoir en défense avoir abrogé la décision attaquée en édictant un nouvel arrêté refusant un titre de séjour à Mme B le

5 aout 2021, décision qui lui a été notifiée le lendemain. Cette dernière décision, qui répond expressément à la demande de titre de séjour de la requérante s'est substituée à la décision implicite de rejet attaqué. Il en résulte, d'une part que les conclusions et moyens de la requête de

Mme B doivent être regardés comme étant dirigés contre l'arrêté du 5 aout 2021, et d'autre part que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet doit être rejetée.

Sur la fin de non-recevoir :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".

5. Le préfet de la Sarthe fait valoir que la requête de Mme B est irrecevable en l'absence de production de la décision attaquée. Toutefois, ainsi que cela a été exposé au point 1, la décision initialement attaquée était une décision implicite. Mme B a produit à l'instance sa demande de titre ainsi que l'accusé de réception par la préfecture l'informant qu'à défaut de réponse dans un délai de quatre mois sa demande devait être considérée comme implicitement rejetée. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3, le préfet de la Sarthe a substitué à la décision implicite de rejet initial un arrêté du 5 aout 2021 portant refus de titre de séjour, et l'a communiqué à l'instance. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, aux termes de l'article 12 de la convention franco gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme B, âgée de 20 ans à de la décision attaquée, est entrée en France à l'âge de 15 ans. Elle a été confiée à son oncle, délégataire de l'autorité parentale en vertu d'un jugement du tribunal de première instance de Libreville (Gabon) du 17 mai 2018. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est prise en charge par cet oncle, lequel travaille sous couvert d'un contrat à durée indéterminée et perçoit à ce titre une rémunération de 2 900 euros bruts par mois et n'a pas d'autres personnes à sa charge. Depuis son arrivée en 2016, Mme B a suivi toute sa scolarité en France et, après avoir obtenu son diplôme national du brevet et son baccalauréat avec mention " assez bien ", Mme B s'est inscrite comme étudiante à l'université du Maine (Sarthe). Par suite, au regard de la durée et des conditions du séjour de l'intéressée en France, qui y a vécu des années déterminantes dans son parcours personnel, le préfet de la Sarthe a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point 7.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 aout 2021 du préfet de la Sarthe rejetant sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Sarthe délivre à Mme B un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. En l'absence de demande d'aide juridictionnelle, les conclusions formulées par Mme B pour le compte de son avocate sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 aout 2021 du préfet de la Sarthe pris à l'égard de Mme B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme B un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chloé Gouillon et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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