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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103368

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103368

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée 26 mars 2021 sous le numéro 2103368, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pour raisons de santé ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer récépissé de sa demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire ministérielle du 5 janvier 2012 relative aux conditions de délivrance et à la durée de validité des récépissés et des titres de séjour ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de M. B est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre une mesure ne faisant pas grief à l'intéressé, et n'ayant qu'un caractère préparatoire, la décision de refus de titre de séjour du 24 mars 2021 prise à son encontre lui faisant seule grief ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire ministérielle du 5 janvier 2012 est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 2 août 2021 sous le numéro 2108706, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure : dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence d'un avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII) ; il n'est pas démontré que le médecin rapporteur a rendu son rapport et que les trois médecins du collège des médecins de l'OFII aient été régulièrement nommés ; il n'est pas démontré que l'avis mentionne les éléments de procédure ;

- elle méconnaît l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du huitième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du deuxième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard de ces dispositions ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen, né le 1er janvier 1978, serait entré irrégulièrement en France en juin 1993, selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière en 1996. Il a été condamné en 1996 par le tribunal correctionnel de Blois à 4 mois d'emprisonnement et à une interdiction de retour sur le territoire français de 5 ans pour soustraction à l'exécution d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Le 19 mars 1997, ce même tribunal a condamné le requérant à une interdiction du territoire pour une durée de 10 ans à titre principal, pour une soustraction à l'exécution d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière en date du 18 mars 1997. Il a fait l'objet le 24 mars 1998 d'un refus d'admission au séjour, puis le 2 août 2000, d'un nouvel arrêté de reconduite à la frontière. Il a déposé le 2 août 2013, une demande de titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2014, le préfet de Maine-et-Loire a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Le 29 août 2018, le requérant a fait l'objet d'un nouvel arrêté préfectoral portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'un second arrêté portant assignation à résidence. Il a fait l'objet, en 2019, d'un nouvel arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour. Il a sollicité, le 24 juin 2020, du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Il a été informé, par un courrier du 2 novembre 2020 du service médical de l'immigration et de l'intégration, que son dossier était complet. En réponse à une question formulée le 8 février 2021, par courriel, par un membre d'une association sur les points de savoir si son dossier était toujours en cours d'instruction et comment, dans cette hypothèse, retirer son récépissé, un courriel de la préfecture daté du 9 février 2021 a indiqué à cette personne qu'un récépissé de sa demande de titre de séjour ne pouvait pas être délivré à l'intéressé, dès lors qu'il allait recevoir prochainement la décision le concernant. Par la requête n° 2103368, M. B demande l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour. Par l'arrêté du 24 mars 2021 dont M. B demande l'annulation par la requête n° 2108706, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

2. Les requêtes nos 2103368 et 2108706 sont présentées par la même personne et présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Maine-et-Loire aux conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n° 2103368 :

3. Ainsi que le fait valoir le préfet, le courriel du 9 février 2021 adressé par la préfecture de Maine-et-Loire au membre d'une association suivant la situation administrative du requérant ne constitue pas, par lui-même, une décision faisant grief, dès lors qu'il a pour seul objet de délivrer une information sur l'instruction de la demande de titre de séjour de ce dernier. Toutefois, ce courriel indique que le récépissé de demande de titre ne peut pas être remis à l'intéressé, et révèle, dès lors, l'existence d'une décision de l'administration refusant la délivrance de ce récépissé, contre laquelle les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2103368 doivent être regardées comme dirigées. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité du refus de délivrance d'un récépissé à M. B :

4. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une première demande de titre de séjour ou de renouvellement ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courriel du 9 février 2021 que l'administration a refusé de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à M. B alors que son dossier de demande de titre était complet. Il n'est établi, ni même allégué par l'administration que cette demande de titre de séjour présentait un caractère abusif ou dilatoire. Il n'est pas davantage établi que l'arrêté statuant sur la demande du requérant ait été sur le point de lui être notifié ni qu'en tout état de cause, cette circonstance ait pu justifier légalement le refus de lui délivrer un récépissé de cette demande, alors qu'en l'occurrence, cet arrêté a été pris deux mois et demi après que l'administration a fait connaître au requérant le refus de délivrance de récépissé en litige. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un récépissé de titre de séjour est illégale et à en demander l'annulation.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 24 mars 2021 comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser de délivrer un titre de séjour du requérant. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, aux termes du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. L'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 313-23 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux conformément à la première phrase de l'alinéa () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

9. Le préfet de Maine-et-Loire produit l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à l'état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, comportant les mentions prévues par l'article 6 de cet arrêté. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de trois médecins du service médical de l'OFII a été rendu le 10 novembre 2020 par les trois praticiens, docteurs en médecine, que mentionne cet avis, qui avait été régulièrement nommés par une décision du 15 octobre 2020 du directeur de l'OFII. Il ressort des pièces du dossier, de plus, que cet avis a été rendu sur le rapport d'un autre médecin établi le 1er octobre 2020 et transmis au collège le 4 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du 10 novembre 2020 doit, en toutes ses branches, être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de Maine-et-Loire s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, selon lequel l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.

13. Il ressort des pièces produites par le requérant qu'il souffre de diabète de type 2. Il fait valoir que deux des substances actives qui sont nécessaires au traitement de son affection, la dulaglutide et la gliclazide, ne sont pas disponibles en Guinée. Toutefois, pour étayer cette allégation, il se borne à produire, outre une ordonnance médicale établie au cours du mois de mars 2021, pendant lequel a été édictée la décision contestée, et une liste des médicaments essentiels de ce pays datant de 2012. Ainsi que le fait valoir le préfet, cette liste datait de plus de huit ans à la date de la décision contestée et n'est pas, par nature, exhaustive concernant l'ensemble des médicaments disponibles en Guinée. Ainsi, cet élément ne permet pas d'établir de façon suffisamment probante que le traitement médicamenteux nécessaire au traitement du diabète de type 2 du requérant n'était pas disponible en Guinée à la date de la décision attaquée. En outre, si l'intéressé soutient qu'il ne pourrait pas avoir effectivement accès à un traitement en Guinée, les éléments qu'il verse au dossier, et notamment, un rapport du SIAPS (" System for Improved Access to Pharmaceuticals and Services ") intitulé " Évaluation de la régulation pharmaceutique en Guinée " rédigé en 2013 à la suite à d'une mission conduite de juillet à septembre 2012, qui est ancien et ne comporte pas de données spécifiques sur l'accès au traitement du diabète dans ce pays à la date de la décision contestée ne suffisent pas à l'établir. Par suite, compte tenu de l'avis du collège de médecins de l'OFII et de la valeur probante qui s'y attache, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire se serait livré à une inexacte application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Si le requérant se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, il ressort des pièces du dossier que ce séjour résulte d'un long maintien dans ce pays en situation irrégulière, malgré cinq mesures d'éloignement et quatre interdictions judiciaires ou administratives de séjour sur le territoire français prises à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles, notamment familiales en Guinée, où résident son père et deux frères ou sœurs. Si l'intéressé soutient que sa compagne se trouve en France, il n'est pas établi qu'il s'agirait d'une relation intense, ancienne et stable. De plus, le requérant, sans ressources ni logement, ne justifie pas d'une intégration dans la société française, notamment au plan professionnel. Ainsi, et alors qu'au surplus l'intéressé a sollicité un titre de séjour en se prévalant uniquement de son état de santé, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, et alors qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier en Guinée du traitement médical que son état de santé nécessite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est aussi, en conséquence des dispositions de l'avant-dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ". Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 13 du présent jugement que les dispositions du 10° de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisaient pas obstacle à ce qu'il soit fait obligation à M. B de quitter le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et du défaut d'examen au regard de ces dispositions doivent, dès lors, être écartés.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 15 du présent jugement, l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

21. En second lieu, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Eu égard à la possibilité pour M. B de bénéficier effectivement d'un traitement médical dans son pays d'origine, le fait que ce dernier ait des rendez-vous médicaux programmés à l'issue du délai de départ de volontaire de trente jour qui lui a été accordé ne justifie pas que lui soit consenti, à titre exceptionnel, un délai supérieur. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

22. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

24. Il ressort des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de Maine-et-Loire a pris en compte les quatre critères énoncés par l'alinéa 8 précité du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

25. En deuxième lieu, en dépit d'un long séjour en France, M. B n'a pas noué dans ce pays, à la date de la décision attaquée, des liens personnels intenses, anciens et stables et n'y est pas inséré. Il s'est maintenu sur le territoire en dépit de nombreuses mesures d'éloignement prise à son encontre, dont deux en 2018 et 2019. Dans ces conditions, en lui interdisant de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées du 8ème alinéa de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

26. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 15, les éléments que fait valoir le requérant sur la durée de son séjour en France, ses liens avec ce pays et son état de santé ne constituent pas des circonstances humanitaires de nature à établir que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions du deuxième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de plus de termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas entaché la décision portant interdiction de retour en France d'un défaut d'examen de sa situation au regard de ces dispositions.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

28. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution, dès lors que, s'il annule le refus de délivrer au requérant un récépissé d'une demande de titre de séjour, il rejette ses conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de cette demande.

Sur les frais liés au litige :

29. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit à la demande présentée sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative dans la requête n°2103368. Ces dispositions font en outre obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée sur leur fondement dans la requête n° 2108706, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2103368 et la requête n° 2108706 de M. B sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Smati et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. C

Le président,

S. DEGOMMIER

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2103368, 2108706

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