mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LUCIANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mars 2021 et le 10 mai 2022, M. F C, M. H C, Mme G J veuve C et M. A C, représentés par Me Luciano, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2015, par lequel le maire de Saint-Nazaire a accordé un permis de construire à M. B et Mme E, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux du 30 novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nazaire la somme de 2 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable, les délais de recours n'étant pas opposable en cas de fraude ;
- ils ont intérêt à agir ;
- les pièces jointes au dossier de demande de permis de construire sont insuffisantes et fallacieuses, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R 431-9 du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire est entaché d'illégalité en raison d'une fraude ;
- l'arrêté du 23 novembre 2015 méconnaît les dispositions de l'article UB2 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Nazaire et de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 avril 2022 et le 12 mai 2022, la commune de Saint-Nazaire conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête, et à ce qu'il soit fait application le cas échéant des dispositions des articles L 600-5 et L 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas de la notification de leur recours contentieux au pétitionnaire et à la commune de Saint-Nazaire ;
-la décision du 30 novembre 2020 est insusceptible de recours ;
-les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2022, M. D B, représenté par Me Salmon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Luciano, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et M. B ont déposé le 31 août 2015 une demande de permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle au 27 bis route de la Courance à Saint-Nazaire, sur les parcelles nouvellement cadastrées YI n°s 147, 148 et 178. Par un arrêté du 23 novembre 2015, le maire de Saint-Nazaire a délivré le permis de construire demandé au bénéfice de Mme E. M. B est devenu seul propriétaire du bien en litige à la suite d'un partage d'indivision conventionnelle le 22 août 2018. Par courrier du 30 novembre 2020, réceptionné par la maire de Saint Nazaire le 2 décembre 2020, M. C a demandé le retrait de cet arrêté de permis de construire sur le fondement de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il aurait été obtenu par fraude. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite le 2 février 2021. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2015 ainsi que la décision de rejet du recours gracieux formé le 30 novembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire :
2. Aux termes de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme : " " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ;/ f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. () Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. "
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Si les requérants soutiennent d'une part que la notice descriptive du projet se contente d'indiquer que l'accès se fait par la parcelle 784 avec un droit d'accès par la copropriété, et de faire état de la présence d'un chemin d'accès carrossable de deux mètres de largueur, il ressort des pièces du dossier que la notice indique que la parcelle est enclavée et ne borde pas une voie publique. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la notice jointe au dossier de demande serait incomplète concernant les accès au terrain d'assiette du projet, en méconnaissance de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme, et que cela aurait faussé l'appréciation du service instructeur sur ce point.
5. D'autre part, si les requérants soutiennent que le plan de masse joint au dossier de permis de construire ne fait pas apparaître que le chemin d'accès emprunte pour une large part leur parcelle sur laquelle aucune servitude n'a été constituée, il ressort des pièces du dossier que le plan de masse est cohérent avec la notice descriptive, qui mentionne, comme indiqué au point 4, un accès par la parcelle 784. En outre, l'empiètement allégué est inférieur à 50 centimètres. Dans ces conditions, l'imprécision du dossier de demande sur ce point n'a pas été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par ailleurs, si les requérants soutiennent également que le pétitionnaire devait fournir dans le dossier un titre créant la servitude de passage, afin de permettre à l'administration d'en vérifier l'existence et s'assurer ainsi de la réalité d'un accès suffisant, les dispositions de l'article R 431-9 du code de l'urbanisme n'imposent pas la présentation d'une telle pièce dans le dossier de demande d'un permis de construire.
6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les pièces jointes au dossier de demande de permis de construire sont insuffisantes et fallacieuses, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R 431-9 du code de l'urbanisme.
S'agissant de la fraude :
7. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
8. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
9. Les requérants soutiennent que les mesures de 2,00 mètres et 2,15 mètres représentées sur le plan de masse entre le mur pignon sud de la construction existante, implantée sur la parcelle 784, devenue YI 149, et la limite de propriété avec la parcelle cadastrée YI 177, devenue Y 146, sont mensongères, la distance à cet endroit étant selon eux respectivement de 1,58 mètres et 1,66 mètres, et traduisent par conséquent l'intention de tromper des pétitionnaires. Ils allèguent également que le pétitionnaire ne pouvait pas sérieusement prétendre ignorer, compte tenu du litige qu'il y avait eu entre l'indivision C et le propriétaire précédent, dont il a acquis les parcelles et pour lesquelles il a été convoqué aux opérations de bornage qui ont suivi cette procédure judiciaire, l'existence de l'empiètement sur la parcelle des consorts C. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le procès-verbal de bornage du 11 juillet 2007 ne mentionne pas le chemin d'accès en litige, le bornage ayant eu uniquement pour but de fixer les limites de propriété et de déterminer les surfaces des parcelles. En outre, le plan de rétablissement des limites établi par un géomètre expert en 2018 et l'ordonnance judiciaire du 6 avril 2021 reconnaissant une atteinte au droit de propriété des consorts C sur la parcelle Y 146 sont postérieurs à l'arrêté attaqué. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait eu, à la date de la décision attaquée, connaissance que le chemin d'accès à sa propriété empiétait sur leur parcelle, ni qu'il aurait intentionnellement indiqué des dimensions erronées de ce chemin d'accès dans le dossier de permis de construire dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Dès lors, les consorts C ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire attaqué serait entaché d'une fraude.
S'agissant des dispositions de l'article UB2 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Nazaire et de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme :
10. Aux termes de l'article R 111-5 du code de l'urbanisme : " " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. ". Aux termes de l'article UB2 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Nazaire : " Les conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public / accès / Les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte, en ce qui concerne la défense contre l'incendie, la protection civile, la commodité de circulation. L'autorisation de construire peut-être refusée si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies ouvertes à la circulation ou pour celle des personnes utilisant ces accès. La sécurité des accès est appréciée selon leur configuration et en fonction de la nature et de l'intensité du trafic ".
11. Si les requérants soutiennent que l'étroitesse du passage d'1,66 mètres dans sa partie la plus large ne permet manifestement pas la desserte de la parcelle et de la construction par les véhicules de lutte contre l'incendie et de secours, et que la parcelle 147 est enclavée et située à 30 mètres de la voie publique, il ressort des pièces du dossier que la largeur matérielle du chemin d'accès est au minimum de deux mètres, la largeur de 1,66 mètres correspondant aux limites parcellaires. Eu égard à la faible importance de la construction autorisée, les requérants n'établissent pas que la largeur de cet accès ne satisferait pas aux règles minimales de desserte concernant la défense contre l'incendie, aucune largeur minimale n'étant par ailleurs prévue à ce titre par les dispositions des articles UB2 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint Nazaire et R. 111-5 du code de l'urbanisme précités. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UB2 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Nazaire et de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Nazaire, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2015 attaqué, ni de la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le maire de Saint-Nazaire a rejeté leur demande de retrait du permis de construire attaqué.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants soit mise à la charge de la commune de Saint-Nazaire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu en revanche de mettre à la charge des consorts C la somme de 1 000 euros à verser à M. B à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et autres est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront la somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, représentant unique des requérants, à la commune de Saint-Nazaire, à M. D B et à Mme I E.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026