mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2021, Mme E D, représentée par Me Solène Le Floch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet au 6 juillet 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme D soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice d'incompétence ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié de l'entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation de vulnérabilité ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.
Par décision du 11 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.
Par un courrier du 7 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de la base légale, les dispositions en vigueur étant celles applicables au 19 juillet 2011.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Directive Européenne n° 2003-9 du 27 janvier 2003 du Conseil relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres,
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2024 :
- le rapport de M. Jégard,
- et les observations de Me Le Roy substituant Me Le Floch, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E D, ressortissante mongole née en 1985, déclare être entrée en France pour la première fois en octobre 2008. Elle a accepté l'offre de prise en charge des demandeurs d'asile le 19 juillet 2011. Sa demande d'asile a été rejetée et son recours a été rejeté par une décision du 1er mars 2013 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme D a de nouveau sollicité l'asile le 6 juillet 2020. Le 6 juillet 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, Mme D sollicite l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique :
2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / () / Sans préjudice de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, en cas de refus ou d'abandon de l'hébergement proposé en application du premier alinéa du présent article, le demandeur d'asile ne peut être hébergé dans un établissement mentionné au 8° du I de l'article L. 312-1 du même code et à l'article L. 322-1 dudit code ou bénéficier de l'application de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. / () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () "
3. Si les termes des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, d'une part il est constant que Mme D a demandé l'asile avant 2018 et, d'autre part, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie par l'OFII le 6 juillet 2020 qu'elle a accepté les conditions matérielles d'accueil le 19 juillet 2011. Dans ces conditions, la situation de l'intéressée au regard du droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être appréciée au regard des dispositions en vigueur à la date de l'enregistrement de sa première acceptation de l'offre de prise en charge.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 6 juillet 2020 :
5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
6. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 4, les dispositions de l'article L. 744-7 dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, sur lesquelles est fondée la décision litigieuse, n'étaient pas applicables au présent litige. Il convient d'appliquer les dispositions relatives aux conditions matérielles d'accueil en vigueur à la date du 19 juillet 2011.
7. D'une part, aux termes de l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction en vigueur à la date du 19 juillet 2011 : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillis dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile les étrangers en possession d'un des documents de séjour mentionnés à l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Ce dernier article dispose : " Lorsqu'il est admis à séjourner en France en application des dispositions du chapitre Ier du présent titre, l'étranger qui demande à bénéficier de l'asile se voit remettre un document provisoire de séjour lui permettant de déposer une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'office ne peut être saisi qu'après la remise de ce document au demandeur. Après le dépôt de sa demande d'asile, le demandeur se voit délivrer un nouveau document provisoire de séjour. Ce document est renouvelé jusqu'à ce que l'office statue et, si un recours est formé devant la Cour nationale du droit d'asile, jusqu'à ce que la cour statue ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 5423-8 du code du travail, dans les mêmes conditions d'applicabilité : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 5423-9, peuvent bénéficier d'une allocation temporaire d'attente : / 1° Les ressortissants étrangers dont le titre de séjour ou le récépissé de demande de titre de séjour mentionne qu'ils ont sollicité l'asile en France et qui ont présenté une demande tendant à bénéficier du statut de réfugié, s'ils satisfont à des conditions d'âge et de ressources ; / () " et l'article L. 5423-9 du même code énonce : " Ne peuvent bénéficier de l'allocation temporaire d'attente : / 1° Les demandeurs d'asile qui, à la suite d'une décision de rejet devenue définitive, présentent une demande de réexamen à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, à l'exception des cas humanitaires signalés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans les conditions prévues par voie réglementaire ; / () ".
9. En premier lieu, par une décision du 7 janvier 2020, publiée sur le site Internet de l'OFII, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné à Mme A B, directrice territoriale, délégation pour signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
10. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme D a sollicité une demande de réexamen de sa demande d'asile. La décision attaquée indiquant ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté comme manquant en fait, nonobstant la circonstance que cette motivation soit erronée.
11. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, lesquelles n'étaient pas applicables à la date du 19 juillet 2011, est inopérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à cet entretien de vulnérabilité le 6 juillet 2020.
12. En quatrième lieu, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du
6 juillet 2020, mentionnée au point précédent, que la situation de la requérante a été examinée par l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
13. En cinquième et dernier lieu, l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile n'était pas entré en vigueur le 19 juillet 2011. Par suite, le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant. Il ressort par ailleurs de la fiche d'évaluation de vulnérabilité de Mme D mentionnée au point 11, que si cette dernière a mentionné avoir des problèmes de santé, elle a indiqué ne pas suivre de traitement et n'a pas souhaité bénéficier d'un avis médical, dit " C ". En se bornant à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sans davantage de précision sur sa situation médicale ou sur d'autres facteurs de vulnérabilité distincts que celle inhérente à la situation d'une demanderesse d'asile, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, en tout état de cause, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à Me Solène Le Floch et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats St Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026