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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103583

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103583

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHERICHER-MAZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2021, M. D C, représenté par Me Hericher-Mazel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision la décision du 5 août 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- son comportement n'est pas constitutif d'une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 janvier 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né en 1982, est entré régulièrement sur le territoire français le 2 mai 2019 sous couvert d'un visa long séjour en tant que conjoint d'une ressortissante française et a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité jusqu'au 19 avril 2019. Le 12 février 2020, M. C a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour en qualité de père d'un enfant français, sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un enfant étant né le 3 septembre 2016 de son mariage avec une ressortissante française, de laquelle il s'était séparé. Par une décision du 5 août 2020, le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité puis a, le 9 novembre 2020, rejeté le recours gracieux formé par M. C. Celui-ci demande au tribunal d'annuler les décisions du 5 août 2020 et du 9 novembre 2020.

2. La décision de refus de titre de séjour a été signée par M. Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 4 mai 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, celui-ci a reçu délégation du préfet de la Sarthe à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe à l'exception de certains actes, au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour manque en fait.

3. L'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; () ". Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel du Mans, par un premier jugement du 6 novembre 2019, à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis, lequel sursis a été par la suite partiellement révoqué, pour menace de mort réitérée et violence sans incapacité commises à l'encontre de son épouse, puis, par un second jugement du 3 juillet 2020, à une peine de 18 mois d'emprisonnement dont 10 mois avec sursis pour récidive de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à 8 jours faits pour lesquels il a fait l'objet d'un mandat de dépôt du 30 juin 2020 par le juge des libertés et de la détention. La circonstance que les premiers faits évoqués ont eu lieu dans le contexte d'un conflit conjugal dans lequel M. C était, selon lui, également victime de la violence de son épouse est sans incidence sur la gravité de ces faits, le requérant n'établissant pas en tout état de cause que son épouse aurait été également condamnée à la suite de la plainte pour violences qu'il a déposée contre elle. Les faits en cause, graves et récents, permettaient au préfet de regarder le comportement du requérant comme constituant une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'un enfant français né le 3 septembre 2016. S'il soutient qu'il doit être regardé comme ayant contribué à l'entretien et à l'éducation de cet enfant jusqu'à la séparation conflictuelle d'avec son épouse, intervenue en avril 2019, il ne justifie en tout état de cause depuis cette séparation d'aucune relation avec cet enfant, notamment pas du versement de la pension alimentaire mise à sa charge par le juge aux affaires familiales par une ordonnance de non-conciliation du 19 décembre 2019, mesure dont M. C a demandé la suppression avec effet rétroactif dès le 9 mars 2020, ni de l'exercice de son droit de visite en lieu neutre, octroyé par cette même ordonnance. Si M. C fait valoir que son incarcération fait obstacle à ce qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de l'enfant, son incarcération ne date que du 30 juin 2020 et ne fait pas obstacle au maintien de toute relation, notamment téléphonique, avec son enfant. A l'exception de celui-ci, M. C ne fait état d'aucune attache familiale ou sociale en France et il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. A supposer que le requérant ait entendu soulevé le moyen tiré de ce que la décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision attaquée qui ne porte pas obligation de quitter le territoire à destination du Maroc.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Sarthe et à Me Hericher-Mazel.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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