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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103621

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103621

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, M. A D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile depuis la suspension des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui verser le montant correspondant, dans un délai de deux mois dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence et son signataire n'est pas identifiable ;

- l'OFII devra démontrer qu'il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin, conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas établi qu'il ait été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 7 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant tchadien, déclarant être entré en France le 28 juin 2018, a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique le 31 juillet 2018 et a bénéficié le même jour des conditions matérielles d'accueil. Le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de son transfert vers l'Italie, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. M. D a été réacheminé vers l'Italie le 22 mars 2019 et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile a cessé à la fin du mois. M. D a déclaré être rentré en France quelques jours plus tard, a séjourné sur le territoire français dans des conditions irrégulières et a présenté une demande d'asile qui a été placée en " procédure Dublin " le 29 juillet 2019. Par un courrier du 29 Juillet 2019, l'OFII a informé M. D de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 17 octobre 2019, l'OFII a suspendu à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. D a formé le 11 février 2020 un recours gracieux tardif contre cette décision de suspension puis a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le requérant a fait l'objet d'un réexamen de sa situation de vulnérabilité le 22 juin 2020. Par une décision du 13 août 2020, notifiée une seconde fois le 1er mars 2021, l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision du 13 août 2020.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et n'a pas répondu aux demandes d'informations. La décision attaquée indiquant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". D'une part, la décision attaquée comporte la signature de son auteure et mentionne en caractères lisibles qu'elle a été prise par Mme B C, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes. D'autre part, par une décision du 1er janvier 2016, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n°2016-2 du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné à cette dernière délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte attaqué doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il en a attesté, M. D a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 29 juillet 2019 puis le 22 juin 2020 dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation a été évaluée et sa situation de vulnérabilité a été réexaminée le 22 juin 2020. Aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur le compte-rendu de l'entretien d'évaluation, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé dès le 31 juillet 2018 des modalités de retrait, de suspension et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme manquant en fait.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

8. Si les termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

9. D'une part, la décision initiale octroyant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil date du 4 octobre 2018. Dès lors, la décision en litige reste régie par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. D'autre part, si M. D soutient qu'il a respecté ses obligations de présentation aux autorités, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile dès lors qu'après avoir été réacheminé le 2 mars 2019 vers l'Italie, pays responsable du traitement de sa demande d'asile, il est revenu en France où il a séjourné sans disposer d'une attestation de demande d'asile jusqu'à l'expiration du délai de transfert. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile en Italie ou de faire valoir devant les autorités de ce pays les craintes qu'il éprouverait en cas de retour dans son pays d'origine. Les conditions de son séjour en France ne suffisent pas à le regarder comme se trouvant dans une situation de particulière vulnérabilité. En particulier, lors du réexamen de sa situation de vulnérabilité, l'avis rendu par le médecin coordonnateur de zone de l'OFII le 11 juillet 2020 l'a déclaré en niveau 0 de vulnérabilité correspondant à aucune priorité d'hébergement pour raisons de santé. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation refuser de rétablir le bénéfice à M. D des conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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