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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103630

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103630

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2021, M. B C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de OFII, à titre principal, de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours suivant le prononcé de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la directrice territoriale de l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'ayant pas examiné sa situation personnelle et en n'ayant pas tenu compte de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, celles-ci sont privées d'objet dès lors que la dernière attestation de demandeur d'asile du requérant a expiré de sorte qu'il n'est plus éligible aux conditions matérielles d'accueil depuis le 30 avril 2021.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 aout 2024 à 9 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant soudanais, né le 8 aout 1995, entré en France irrégulièrement, y a sollicité l'asile, le 9 juillet 2020, auprès du guichet unique de la préfecture de la Loire-Atlantique. Il a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Placé en procédure Dublin, il a fait l'objet d'une décision de transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile mais ne s'est pas présenté le jour de son transfert, le 15 janvier 2021, au poste de la police aux frontières de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Par un courrier du 10 février 2021, la directrice territoriale de l'OFII l'a informé de son intention de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 2 mars 2021 dont M. C demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII a suspendu le bénéfice desdites conditions.

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ".

3. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a estimé que ces dispositions, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, étaient partiellement incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il a prononcé en conséquence l'annulation des dispositions des 12° et 14° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018, pris pour l'application des dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code. Le Conseil d'Etat a cependant considéré que cette incompatibilité n'avait pas, par elle-même, pour effet de faire rétroactivement disparaître ces dispositions. Il a alors fixé le cadre juridique d'examen par les autorités compétentes de la situation des personnes ayant demandé l'asile et bénéficié des conditions matérielles d'accueil dans l'attente de la modification des dispositions devant résulter de l'annulation prononcée. Ainsi, par le point 18 de sa décision précitée, le Conseil d'Etat a précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes peuvent tirer des conséquences, sur ce bénéfice, du comportement de personnes ayant sollicité l'asile qui, après l'avoir obtenu, ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment celles de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Il a indiqué qu'il reste possible à l'OFII, après examen de la situation particulière de l'intéressé, de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, au motif notamment qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se présenter aux autorités. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, l'intéressé peut en demander le rétablissement à l'OFII, qui devra apprécier sa situation particulière à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles les obligations auxquelles il avait été consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil n'ont pas été respectées.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a informé M. C de son intention de suspendre le bénéfice des ses conditions matérielles d'accueil par un courrier daté du 10 février 2021 et lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu ce courrier, adressé en recommandé, le 19 février 2021. Or, la décision attaquée a été prise le 2 mars 2021, avant le terme du délai dont disposait M. C pour présenter ses observations. Celles-ci, formulées par son avocat dans un courrier daté du 1er mars 2021, posté le 5 mars suivant et reçu par l'OFII le 8 mars, ont ainsi été privées de portée utile. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui a privé le requérant d'une garantie, et qu'elle doit, dès lors, être annulée.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 2 mars 2021 de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées à M. C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Il résulte de l'instruction que, comme l'OFII le fait valoir, le requérant n'a plus bénéficié d'une attestation de demandeur d'asile à compter du 29 avril 2021. Il ne pouvait, dès lors, plus prétendre aux conditions matérielles d'accueil. Ainsi, eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'OFII réexamine la situation de M. C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Kaddouri sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'OFII du 2 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Kaddouri une somme de 1200 euros (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 28 aout 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

N°2103630

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