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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103657

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103657

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mars 2021 et le 1er février 2024, Mme C B, représentée par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de décembre 2020 ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et aurait dû être écrite ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte aux principes de proportionnalité et de dignité humaine et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la décision a été prise sur le fondement de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier,

- et les observations de Me Arnal, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante érythréenne née en 1992, a sollicité l'asile en France. Sa demande d'asile a été enregistrée le 9 septembre 2020 et elle a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 novembre 2020, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande comme irrecevable au motif qu'elle bénéficiait d'une protection effective dans un autre Etat. Mme B a cessé de percevoir l'allocation pour demandeuse d'asile à compter du mois de novembre 2020. Par sa requête, Mme B demande d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ".

3. Aux termes de l'article L. 744-9 de ce code : " () / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du rejet de la demande d'asile de Mme B, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de l'intéressée sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Dès lors, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 744-8 relatives au retrait des conditions matérielles d'accueil, qui ne constituent pas le fondement de la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition que la décision par laquelle il est mis fin au versement de l'allocation pour demandeuse d'asile en application de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doive être écrite et motivée, ni qu'elle soit précédée d'une procédure contradictoire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de Mme B.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. (). ". Aux termes de l'article L. 743-3 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 743-1, (), le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque : / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision d'irrecevabilité en application des 1° ou 2° de l'article L. 723-11 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 4 novembre 2020, l'OFRPA a déclaré la demande de protection de Mme B irrecevable au motif qu'elle bénéficiait d'une protection effective dans un autre Etat membre. Dès lors, le droit de se maintenir sur le territoire français de Mme B a pris fin à compter de la notification de la décision de l'OFPRA le

20 novembre 2020, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle a exercé un recours devant la cour nationale du droit d'asile. Par suite, l'OFII était fondé à interrompre le versement de l'allocation pour demandeuse d'asile à compter du mois de décembre 2020 et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, outre sa qualité de demandeuse d'asile, Mme B n'apporte aucun élément relatif à sa situation qui permettrait de la regarder comme présentant une vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des principes de proportionnalité et dignité humaine et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Arnal et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteuse,

M. D

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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