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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103680

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103680

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 31 mars 2021 sous le numéro 2103680, M. B A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait, le préfet n'expliquant pas les motifs l'ayant conduit à décider d'une assignation à résidence d'une durée de six mois ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, l'éloignement n'étant pas envisageable et n'ayant pas été exécuté pendant la première période d'assignation ; les obligations de présentation au commissariat de police tous les jours du lundi au vendredi apparaissent excessives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 septembre 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022 sous le numéro 2205615, M. B A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle puisque le préfet n'a pas pris en compte ses activités professionnelles ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Laplane, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né en septembre 1975, est entré en France en 2015 en compagnie de son épouse et compatriote et de leurs deux enfants ainés. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 mai 2016. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 mars 2017. A la suite du rejet de sa demande d'asile, une mesure d'éloignement a été prononcée à l'encontre de M. A le 17 décembre 2018. L'intéressé ayant été interpellé le 1er octobre 2020 par les services de police lors d'un contrôle routier et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire, le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 2 octobre 2020, a, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, une décision fixant son pays de destination et une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Un arrêté du même jour a également assigné M. A à résidence. Par une décision du 29 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a renouvelé l'assignation à résidence de M. A pour une durée de six mois à compter du 2 avril 2021. Dans la requête n° 2103680, M. A demande l'annulation de la décision du 29 mars 2021.

2. En septembre 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 24 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande de titre de séjour et a rappelé à l'intéressé qu'il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en octobre 2020. Par la seconde requête n° 2205615, M. A demande l'annulation du refus de séjour du 24 novembre 2021.

3. Les requêtes n° 2103680 et 2205615 concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur la décision portant renouvellement de l'assignation à résidence :

4. L'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur dispose que : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / () 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré () / La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée () ".

5. En premier lieu, la décision du 29 mars 2021 renouvelant l'assignation à résidence de M. A pour une période maximale de six mois à compter du 2 avril 2021 comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent, et relève notamment qu'en raison de l'épidémie de Covid-19 et la fermeture des frontières et suspension des liaisons terrestres, maritimes et aériennes, l'intéressé est dans l'impossibilité de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, notamment en fait, de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dont l'exécution était compromise à la date de l'arrêté attaqué par la pandémie de Covid-19 et la restriction des déplacements internationaux qui en résultait, M. A figurait au nombre des étrangers dont l'assignation à résidence était susceptible d'être prononcée et, le cas échéant, d'être renouvelée pour une nouvelle durée de six mois. Il ressort également des pièces du dossier que l'exécution de son éloignement, demeurait, à la date de la décision en cause, une perspective raisonnable. Par conséquent, en décidant de renouveler l'assignation à résidence du requérant, le préfet de la Loire-Atlantique n'a commis aucune erreur de droit, ni aucune erreur d'appréciation, ni n'a pris une mesure injustifiée ou disproportionnée.

7. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'article 2 de l'arrêté attaqué ne l'oblige pas à se présenter quotidiennement auprès des services de la police aux frontières au commissariat de police de police de Nantes, mais uniquement une fois par semaine, le lundi de chaque semaine, à l'exception des jours fériés. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que ces modalités de présentation hebdomadaire présenteraient un caractère excessif. Ce dernier moyen doit donc être écarté.

Sur le refus de séjour du 24 novembre 2021 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

9. Le refus de séjour du 24 novembre 2021 comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A, la seule circonstance que l'autorité administrative n'a pas évoqué les activités professionnelles de l'intéressé, qui avait au demeurant demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale, ne suffisant pas à établir une absence d'examen de la situation particulière de l'intéressé. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de quarante ans après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il n'a résidé régulièrement en France qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 mars 2017. S'il est constant que ses deux enfants ainés sont entrés en France aux âges respectifs de cinq et deux ans et sont scolarisés continument dans ce pays depuis, et que le plus jeune de ses enfants est quant à lui né en France en 2016 et y est également scolarisé, il ressort également des pièces du dossier que l'épouse de M. A est également en situation irrégulière. M. A ne fait état d'aucune circonstance qui s'opposerait à la poursuite de la scolarité en Algérie de ses trois enfants âgés de onze, huit et cinq ans à la date de la décision contestée. Enfin, à la date du refus de séjour attaqué, M. A et sa famille ne résident en France que depuis environ cinq ans et demi. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laplane et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2103680, 2205615

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