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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103790

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103790

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 avril 2021, le 2 mai 2022 et le 7 juin 2022, M. B C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 15 décembre 2020 rejetant sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10'juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, les faits reprochés ayant été commis alors que le couple était séparé, sans communauté de vie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les faits reprochés à la conjointe du requérant ayant été pris en compte dans l'analyse de sa demande.

Par des mémoires en défense enregistrés le 4 avril 2022 et le 20 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M C, ressortissant algérien, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet du Rhône, rejetée par une décision du 13 mai 2020, au motif qu'il ne pouvait ignorer les faits de fausse déclaration imputés à son épouse. M. C a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Par une décision du 15 décembre 2020, dont M. C demande l'annulation, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours et a maintenu le rejet de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

2. En premier lieu, la décision attaquée énumère les faits de fausse déclaration imputés à Mme A, conjointe et mère des enfants de M. C, pour une période allant du 21 septembre 2012 au 31 mars 2015, et conclut que M. C, s'il n'en est pas l'auteur, ne pouvait les ignorer. Si le requérant soutient avoir été séparé de Mme A pendant cette période, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de travail et des bulletins de salaire de M. C, du titre de séjour délivré en 2014 à Mme A et de sa première demande de naturalisation en 2015, que le couple résidait à une adresse commune 12 avenue de Grenoble à Meyzieu depuis septembre 2013. De plus, les faits de fausse déclaration, qui ont donné lieu à une condamnation par le tribunal correctionnel de Lyon le 31 mars 2016, concernent le versement de prestations par une caisse d'allocations familiales, dont M. C a nécessairement bénéficié. Dans ces conditions, le requérant ne pouvait ignorer les faits reprochés à sa conjointe. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

3. En deuxième lieu, comme indiqué au point précédent, il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme A sont parents de quatre enfants et résident à une adresse commune depuis septembre 2013, ce qui révèle l'existence d'une communauté de vie matérielle et affective. Dans ces conditions, en présumant que le requérant ne pouvait ignorer les agissements de sa conjointe, le ministre n'a pas commis d'erreur de droit. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables sur le postulant. Dès lors que la communauté de vie est effective entre les époux, des faits, justifiant un refus de naturalisation, imputables à l'un, peuvent légalement fonder une décision de refus opposée à l'autre

5. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que celui-ci, pour rejeter le recours formé par M. C et confirmer le rejet de sa demande de naturalisation, s'est fondé sur le motif que celui-ci ne pouvait ignorer les agissements de sa compagne et mère de ses enfants, et a nécessairement profité des sommes alors indûment versées par la caisse d'allocations familiales.

6. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie entre M. C et Mme A était effective depuis septembre 2013, comme indiqué au point 3, et que les faits de fausse déclaration imputables à Mme A justifient un refus de naturalisation. Dans ces conditions, même si M. C n'est pas l'auteur de ces faits, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation du requérant pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre une erreur d'appréciation qui présenterait un caractère manifeste.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lantheaume.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP de BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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