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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103840

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103840

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 avril 2021, le 6 mai 2021 et le

5 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

9 septembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né en 2002, est entré en France en 2018 et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 22 juillet 2020, confirmée par une décision du 2 décembre 2020, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer le titre demandé au motif que les documents d'états civils produits n'étaient pas recevables. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article

L. 313-2 soit exigée ; / () ". Aux termes de l'article L. 111-6 de ce code : " " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. / () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " out acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Pour justifier de son identité, M. A produit un jugement supplétif n° 30168 du tribunal de première instance de Dixinn, Conakry II, du 21 décembre 2018, l'extrait du registre de l'état civil de la commune de Ratoma n° 3841 du 12 avril 2019 portant transcription du jugement supplétif et une carte d'identité consulaire.

5. Pour renverser la présomption de validité qui s'attache aux actes d'état civil établis à l'étranger et affirmer qu'en raison de leur caractère inauthentique, l'intéressé ne justifiait pas de son identité, le préfet de la Sarthe se borne à soutenir que le rapport de la police aux frontières, établi le 9 juin 2020, a considéré que le jugement supplétif n'était pas recevable en raison d'irrégularités formelles au regard du droit guinéen, tenant à la formule exécutoire, au droit de timbre et à la législation requise des autorités françaises basées en Guinée. Toutefois, ces seules formalités, dont la méconnaissance n'est pas démontrée par le préfet, ne suffisent pas à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif et donc à remettre en cause la force probante des mentions servant de base à l'établissement de l'acte d'état civil de M. A, également reprises dans la carte d'identité consulaire. Dans ces conditions, l'identité de M. A est établie par les pièces produites et, M. A est fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, le préfet de la Sarthe fait valoir que la décision pouvait également être fondée sur le motif, dont il demande implicitement la substitution, tiré de ce que le requérant ne démontre pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant français né le

7 août 2019. Si cet enfant a été placé dans une famille d'accueil depuis le 9 septembre 2019, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet de la Sarthe que son père bénéficie d'un droit de visite d'une heure hebdomadaire et que les visites permettent le développement d'un lien affectif entre M. A et son fils. Par suite, M. A était fondé à solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et la demande de substitution de motif présentée par le préfet ne peut être accueillie.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du 22 juillet 2020 et du 2 décembre 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer un titre de séjour à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ifrah renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 22 juillet 2020 et du 2 décembre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au le préfet de la Sarthe de délirer un titre de séjour à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux-cents) euros à Me Ifrah au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteuse,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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