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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103868

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103868

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2021 et le 6 mai 2021, M. B A, représenté par Me Alain Ifrah, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 aout 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, dans ce cas, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11 6° du CESEDA ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de humains et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au non-lieu à statuer sur la requête présentée par M. A.

Il fait valoir que le préfet de l'Orne a abrogé sa décision le 22 septembre 2022.

Par décision du 7 septembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal

judiciaire de Nantes a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 23 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa

proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 20 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guyanien né en 1984, déclare être entré en France en 2011. Il a sollicité le 26 juin 2019 un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français. Par une décision du 11 aout 2020, le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Sarthe :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère

définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition

rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à

procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé contre lui, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le préfet de la Sarthe soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. A dès lors que, par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet de l'Orne a de nouveau rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Toutefois, cet arrêté, pris par une autorité différente, même s'il vise la décision du préfet de la Sarthe du 11 aout 2020, n'a ni pour objet ni pour effet d'abroger cette dernière décision, qui a reçu exécution. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du 22 janvier 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Baron à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour opposé à M. A. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article

L. 423-7 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article

L. 313-2 soit exigée ; / () "

8. Il ressort de la fiche pénale de l'intéressé que M. A a été condamné le 25 juin 2012 à une peine de trois mois de prison pour des faits de violences conjugales. Il ressort de plus du bulletin n° 2 de son casier judiciaire, qu'il a également été condamné le 28 avril 2014 par le tribunal correctionnel du Mans à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits similaires s'étant déroulés du 17 aout 2013 au 18 aout 2013. Par suite, en se fondant sur la menace à l'ordre public que représente M. A pour refuser le titre sollicité, le préfet de la Sarthe n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

9. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

11. M. A soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations reproduites aux points n° 9 et 10. À l'appui de son moyen, l'intéressé produit un diplôme d'études en langue française, niveau B2, un acte de mariage et l'acte de naissance de son fils né le 18 mai 2019. Toutefois, en l'absence de démonstration d'une quelconque atteinte aux droits reconnus par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et compte tenu des infractions dont l'intéressé a été l'auteur et pour lesquelles il a été condamné, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée aux droits garantis par ces stipulations. Par suite le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Alain Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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