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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103945

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103945

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, M. A B, représenté par Me Akuesson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la décision du 24 août 2020 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- elle méconnaît l'article 21-23 du code civil ;

- elle méconnaît l'article 21-24 du code civil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant bangladais, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de police de Paris qui, par une décision du 24 août 2020, a rejeté sa demande. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a implicitement rejeté sa demande. Par sa requête, M. A B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B aurait demandé communication des motifs de la décision ministérielle rejetant implicitement son recours préalable obligatoire. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, () 21-24 () du code civil ne sont pas remplies ". Selon l'article 48 du même décret : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose () la naturalisation (). Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre () estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai () ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la demande. Il appartient à cette autorité, lorsqu'elle exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-24 du code civil, le degré de connaissance, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par les articles 37 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

5. Il ressort du compte-rendu de l'entretien daté 21 août 2020 que si le requérant connaissait notamment le nom du président de la République et de certains de ces prédécesseurs, il ne connaissait pas le nom de l'hymne national, n'a pas su définir ou illustrer la liberté, l'égalité et la laïcité, ni les droits et devoirs liés à la citoyenneté française, ni le nom du fleuve traversant la ville de Paris. De telles lacunes révèlent une connaissance insuffisante, de la part du postulant, des éléments fondamentaux de la culture française. Il ressort également de ce compte-rendu que M. A B s'exprime difficilement en français. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'un défaut d'examen approfondi de la demande de M. A B. Par suite, le ministre, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni de défaut d'examen en rejetant la demande de naturalisation de M. A B pour ce motif.

6. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993, dans le cadre de l'examen d'opportunité que le ministre en charge des naturalisations exerce lorsqu'il est saisi d'une demande de naturalisation, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

7. Il est constant que M. A B a fait l'objet d'un compte-rendu d'enquête après identification, en tant que mis en cause pour travail dissimulé, emploi d'étrangers non muni d'une autorisation de travail, le 21 janvier 2016. Contrairement à ce qu'indique l'intéressé, ces faits n'étaient pas exagérément anciens à la date de la décision attaquée ni dépourvus de toute gravité. Par suite, le ministre n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ce motif.

8. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de naturalisation de M. A B a été rejetée sur le fondement des dispositions des articles 21-23 et 21-24 du code civil. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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