jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 8 avril 2021 sous le numéro 2103974, M. E B, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de naturalisation ainsi que cette dernière décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre sa décision expresse du 26 octobre 2021 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 février 2022, la demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée au motif de sa caducité.
II - Par une requête enregistrée le 3 janvier 2022 sous le numéro 2200023, M. E B, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de naturalisation ainsi que cette dernière décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre sa décision expresse du 26 octobre 2021 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 30 mars 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Un mémoire et des pièces ont été enregistrés pour le requérant le 5 février 2024 et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les observations de M. B.
Des pièces ont été enregistrées pour le requérant le 9 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. B, ressortissant togolais né en 1981, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de naturalisation ainsi que cette dernière décision.
2. D'une part, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 26 octobre 2021, le ministre de l'intérieur a statué sur le recours hiérarchique de M. B. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation des deux requêtes doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision expresse du 26 octobre 2021.
3. En deuxième lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du 20 mai 2021, M. A a été nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité. Par une décision du 1er juillet 2021, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 4 juillet 2021, M. A a accordé à Mme C D, adjointe au chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux ainsi que signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant.
5. Pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement du postulant est sujet à caution ainsi que sur le caractère incomplet de son intégration professionnelle en l'absence de ressources stables.
6. S'agissant du premier motif de rejet, tiré du comportement de M. B au regard de l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une procédure pour détention de faux documents administratifs, obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation le 19 mars 2014 à Grenoble ainsi que d'une procédure pour violence suivie d'incapacité n'excédant par huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité du 1er septembre 2013 au 7 août 2020 à Grenoble, cette seconde procédure ayant donné lieu à un rappel à la loi le 22 avril 2021. M. B soutient qu'il a été relaxé des faits ayant donné lieu à la première procédure mentionnée et le ministre de l'intérieur, s'il établit par les pièces versées au dossier que le requérant a fait l'objet d'une convocation en justice pour avoir circulé sous le couvert d'un faux permis de conduire togolais, ne précise pas la suite réservée à cette procédure et n'établit ainsi pas que M. B n'aurait pas été relaxé des faits reprochés. Toutefois, le requérant ne conteste pas les faits de violence sur conjoint et se borne à en minimiser la gravité au motif qu'ils ont fait l'objet d'un rappel à la loi. Cependant, ces faits ne sont pas dépourvus de gravité, quand bien même ils n'ont pas donné lieu à une condamnation pénale, et présentaient un caractère récent à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de M. B en raison de la commission de ces seuls faits sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
7. S'agissant du second motif de rejet, tiré de l'insuffisante intégration professionnelle de M. B, dont celui-ci ne conteste pas le bien-fondé, il ressort des pièces du dossier que le requérant était, à la date de la décision attaquée, dépourvu d'emploi et percevait l'allocation d'aide au retour à l'emploi depuis l'année 2020. S'il avait procédé à l'enregistrement d'une société en qualité de gérant, il ressort des déclarations de M. B que cette société n'a jamais enregistré de résultat positif. Ainsi, le ministre de l'intérieur, en confirmant le rejet de la demande de naturalisation de l'intéressé au motif de l'insuffisance de son intégration professionnelle, n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2103974 et 2200023 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELONLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2103974, 2200023
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026