jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104151 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SAINT GEORGES CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés le 13 avril 2021 et le 23 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Gruwez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 3 novembre 2020 contre la décision du préfet de l'Essonne du 11 septembre 2020 ayant rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article 27 du code civil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il lui est reproché d'anciennes relations d'enfance, avec lesquelles il n'entretient cependant plus aucun contact ; il fait preuve d'une parfaite intégration républicaine, aucun défaut de loyalisme ne peut lui être reproché et il est intégré d'un point de vue professionnel et familial en France ; le ministre a repris le motif de rejet opposé par le préfet de l'Essonne ;
- il conteste le contenu de la note blanche ; les communications téléphoniques et le procès-verbal d'audition évoqués aux termes de cette dernière n'étant pas versés au dossier, l'administration n'établit pas la preuve de son argumentation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées à l'encontre sa décision explicite du 12 mai 2021 ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 11 septembre 2020, le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de naturalisation présentée par M. A B, ressortissant marocain. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé le 3 novembre 2020 et parvenu le 5 novembre suivant auprès des services compétents, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 12 mai 2021, qui s'est substituée à la décision du préfet de l'Essonne et à sa propre décision implicite de rejet, rejeté ce recours et confirmé le rejet de la demande de naturalisation formulée par l'intéressé. M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur :
2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le ministre doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 12 mai 2021, par laquelle le ministre a explicitement rejeté sa demande de naturalisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 12 mai 2021 du ministre de l'intérieur :
4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.
5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 12 mai 2021, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a récemment entretenu des liens étroits avec un velléitaire franco-marocain ayant rejoint les rangs de l'organisation " Etat islamique " en zone de conflit irako-syrienne, son loyalisme envers la France n'étant, par conséquent, pas garanti. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, pour étayer le motif exposé au point 5, le ministre de l'intérieur produit une note blanche de la direction générale de la sécurité intérieure du 1er avril 2022. Il indique que cette note vient préciser des éléments évoqués dans une note de ce même service du 7 mai 2021, laquelle ne peut être communiquée au requérant en application des dispositions du d) du 2° de l'article L.'311-5 du code des relations entre le public et l'administration en vertu desquelles ne sont pas communicables les documents administratifs dont la communication porterait atteinte à la sûreté de l'État, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations.
7. Il ressort des termes de cette note blanche, d'une part, que M. B entretient des liens avec un jihadiste franco-marocain ayant rejoint la zone de conflit irako-syrienne afin de combattre dans les rangs de l'organisation Etat islamique (EI) au mois de janvier 2015 et, d'autre part, que si, au cours d'un entretien réalisé le 4 juin 2020, M. B a déclaré ne plus avoir de lien avec cet individu, l'enquête avait mis en évidence ses contacts répétés, notamment téléphoniques, avec ce dernier. En se bornant à soutenir qu'il n'entretient plus de contacts avec ses relations d'enfance, dont il n'est, au demeurant, pas établi qu'y figurerait la personne visée dans la note blanche, le requérant n'apporte aucun élément précis et circonstancié de nature à remettre en cause la valeur probante de la note du ministre de l'intérieur. Par ailleurs, le contenu de cette note, compte tenu de la nature de ce document et alors même qu'il n'est pas accompagné du procès-verbal de l'entretien et des communications téléphoniques auquel il fait référence, est suffisamment précis pour étayer la position du ministre de l'intérieur. Dans ces conditions, en prenant en compte les liens de M. B avec un jihadiste franco-marocain ayant rejoint la zone de conflit irako-syrienne afin de combattre dans les rangs de l'organisation Etat islamique (EI), le ministre, qui pouvait reprendre le motif retenu par le préfet de l'Essonne, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation du requérant.
8. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles M. B serait inséré dans la société française, bien intégré professionnellement et d'un point de vue familial sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, compte tenu du motif qui la fonde.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et sa demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
A. BAUFUMÉ
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice
à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026