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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104189

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104189

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 avril 2021 et le 24 aout 2023, Madame B D, représentée par Me Louise Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de Madame C A, sa fille ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, de faire droit à sa demande d'admission au séjour au titre du regroupement familial ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Madame D soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée, notamment :

° quant au détail des ressources prises en compte et au mode de calcul utilisé ;

° sans expliquer en quoi le lien de filiation ne serait pas établi ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné l'ensemble de sa situation et s'est senti en situation de compétence liée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et d'erreurs de fait ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 aout 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

'

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Madame D n'est fondé.

Par décision du 16 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis Madame D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 16 aout 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 28'aout 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du

20 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B D, ressortissante camerounaise née le 15 juillet 1980, est arrivée en France, avec deux de ses filles, dans le cadre d'une procédure de réunification familiale, pour rejoindre son époux, bénéficiaire de la qualité de réfugié. Par jugement du 21 juin 2011, le juge aux affaires familiales de Nantes a avalisé la séparation des époux et a fixé la résidence des enfants au domicile du père. Le 16 juillet 2018, Madame D a demandé le bénéfice du regroupement familial pour une autre de ses filles, Madame C A née le 19 octobre 2000 d'un autre père, et restée au Cameroun. Sa demande a été rejetée par le préfet de la

Loire-Atlantique par une décision du 29'juin 2020. L'intéressée demande l'annulation de cette décision par sa requête.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée donne la règle fixée par l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puis énonce que les revenus de Madame D sont inférieurs à ceux prescrits par ce texte pour pouvoir accorder le regroupement familial sollicité. Dès lors, cette décision comporte les considérations de droit et de fait permettant sa compréhension à sa seule lecture. La circonstance que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ne soient pas citées est sans incidence sur ce point. Enfin, si le préfet n'a pas explicité pourquoi il considérait que le lien de filiation entre Madame D et Madame C A n'était pas établi, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, ne constitue pas un défaut de motivation dès lors qu'il ne s'agit pas du motif qu'il a opposé mais d'une simple incise. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation devra être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 411-5 de ce code dans cette même version : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L.'441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ; / () ". Enfin, aux termes de l'article

R. 411-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () "

5. Pour rejeter la demande de regroupement familial, le préfet s'est fondé sur le motif tiré de ce que la moyenne mensuelle des ressources de Madame D sur la période des douze mois précédant sa demande était insuffisante dès lors qu'elle s'élevait à 444 euros nets. La requérante soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que ses revenus sont supérieurs. Il ressort en effet des pièces du dossier et notamment des bulletins de paie qu'elle a produits ainsi que de l'attestation de versement d'allocations d'aide au retour à l'emploi du 24 juillet 2018, que les revenus nets mensuels de la requérante s'élevaient à 827,23 euros. Par suite, Madame D est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur de fait.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de fait.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de faire état des autres moyens soulevés, que Madame D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique seulement, eu égard à ses motifs, que le préfet de la Loire-Atlantique réexamine la demande de regroupement familial de Madame D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Madame D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Louise Guilbaud sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 juin 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de regroupement familial de Madame D au profit de Madame C A, sa fille, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de Madame D, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Louise Guilbaud une somme de 1'200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Madame D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Madame B D, à Me Louise Guilbaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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