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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104209

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104209

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantANTON-ROMANKOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, M. A B, représenté par Me Anton-Romankow, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Marne a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre sa décision du 19 avril 2021 par laquelle il a rejeté le recours préalable obligatoire formé par M. B ;

- le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant togolais né le 21 novembre 1968, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été déclarée irrecevable par une décision du 19 novembre 2020 du préfet de la Marne. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, le ministre de l'intérieur a implicitement confirmé cette irrecevabilité puis, par une décision en date du 19 avril 2021, a substitué à la décision d'irrecevabilité une décision de rejet la demande de l'intéressé.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, il résulte des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Il suit de là que les conclusions de M. B dirigées contre la décision préfectorale du 20 janvier 2021 sont irrecevables.

3. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision préfectorale doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a substitué à la décision d'irrecevabilité de sa demande de naturalisation, une décision de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

4. Aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Ces dispositions imposent à tout candidat à l'acquisition de la nationalité française de résider en France et d'y avoir fixé durablement le centre de ses intérêts familiaux et matériels. Pour apprécier si cette dernière condition est remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge, sur la durée comme les perspectives de la présence du postulant sur le territoire français, sur sa situation familiale et sur le caractère suffisant et durable des ressources qui lui permettent de demeurer en France.Le ministre, auquel il appartient de porter une appréciation sur l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, peut légalement, dans le cadre de cet examen d'opportunité, tenir compte de toutes les circonstances de l'affaire, y compris de celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande

5. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas fixé durablement le centre de ses intérêts familiaux en France dès lors que l'un de ses enfants ne résidait pas sur le territoire français.

6. Si M. B soutient qu'il est père de trois enfants, nés en 2006, 2010 et 2011, résidant en France, il ne conteste pas que son fils C, né en 2019 d'une autre union, réside à l'étranger. Si le requérant soutient n'avoir aucun lien avec cet enfant hormis la pension alimentaire qu'il lui verse, il ne produit aucun élément pour en justifier. Il n'a en outre engagé en sa faveur aucune procédure de regroupement familial et n'établit pas avoir été dans l'impossibilité de le faire. Dans ces conditions, quand bien-même M. B est établi en France depuis de nombreuses années, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il n'avait pas fixé de manière stable le centre de ses intérêts familiaux en France à la date de la décision attaquée et rejeter pour ce motif sa demande de naturalisation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquences, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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